Neuf Juifs européens sur dix estiment que l’antisémitisme a augmenté dans l’UE au cours des cinq dernières années. C’est ce que révèle une nouvelle enquête de l’Agence des droits fondamentaux de l’UE (FRA), publiée lundi 10 décembre, qui vise à rendre compte de l'expérience et de la perception de l'antisémitisme en Europe par la communauté juive (EUROPE 12018).
Devant la presse, le premier vice-président de la Commission européenne, Frans Timmermans, et la commissaire européenne à la Justice, Věra Jourová, ont estimé que ces résultats étaient extrêmement préoccupants et invité les États membres à intensifier leurs efforts dans la lutte contre ce phénomène.
« Le XXe siècle a connu de nombreuses maladies. La seule qui est restée incurable est l'antisémitisme », a regretté M. Timmermans.
Entre mai et juin 2018, la FRA a interrogé plus de 16 300 personnes, par le biais d’un questionnaire en ligne, dans les 12 pays (Allemagne, Autriche, Belgique, Danemark, Espagne, France, Hongrie, Italie, Pays-Bas, Pologne, Royaume-Uni, Suède).
L’enquête révèle que 85 % des Juifs européens considèrent l'antisémitisme comme le plus grand problème social ou politique dans leur pays d'origine. La France, la Belgique, l’Allemagne et les Pays-Bas figurent parmi les pays où le phénomène est jugé particulièrement important.
Selon l’étude, 38 % ont envisagé d'émigrer parce qu'ils ne se sentaient pas en sécurité en tant que Juifs en Europe. 70 % d’entre eux estiment que les efforts déployés par les États membres pour lutter contre l'antisémitisme ne sont pas efficaces.
Pour la commissaire Jourová, la déclaration adoptée la semaine dernière par les États membres sur les moyens de mieux protéger la communauté juive dans l’UE (EUROPE 12155) envoie un « signal fort ».
Interrogé sur les dérives antisémites en Honrgie, Frans Timmermans s’est refusé à « montrer du doigt » et a appelé à une prise de conscience générale.
« Étant donné que le Premier ministre Orbán dit qu'il veut lutter contre l'antisémitisme et qu'il veut s'assurer que notre 'héritage judéo-chrétien' soit préservé en Europe, je l'invite à éviter [...] toute forme de campagne qui pourrait être considérée comme implicitement antisémite », a-t-il néanmoins ajouté.
La Commission européenne complètera ces résultats par une enquête Eurobaromètre en janvier 2019 sur la perception de l’antisémitisme par l’opinion publique. Le rapport de la FRA peut être consulté à l’adresse suivante : https://bit.ly/2Qovhjh. (Marion Fontana)