Les libéraux l’espéraient, le parti français La République en Marche! (LREM) l’a enfin officiellement annoncé, à l’occasion du Congrès du parti ALDE à Madrid. Si la présence d'Astrid Panosyan, déléguée à l'Action internationale de LREM, était un signe, son discours a confirmé l’intention du parti du président français Emmanuel Macron de créer une coalition avec les libéraux.
« Nous devons travailler à une nouvelle coalition pour une nouvelle Europe, qui est absolument essentielle, une coalition qui nous permette d'embrasser les partis, les sociétés civiles, les citoyens et tous ceux qui veulent y adhérer (...). Nous pouvons travailler ensemble vers un objectif commun (...). L'ADLE est le noyau avec lequel En marche veut construire cette coalition », a-t-elle annoncé lors de son discours en ouverture du Congrès, longuement applaudie. Elle a rappelé que La République en Marche! n'aurait pas été possible sans les libéraux qui ont « cru » au projet et « donné la crédibilité » nécessaire.
Mme Panosyan a aussi expliqué que LREM rejoindrait l’ALDE dans un même groupe au Parlement européen. « Les partis qui font campagne ensemble doivent travailler ensemble », a-t-elle expliqué. Et pas question non plus de dupliquer le modèle LREM en Europe, a-t-elle voulu rassurer.
Pour le député français de la LREM Pieyre-Alexandre Anglade, cette annonce est une « étape de plus dans la relation » de longue date « qui existe entre LREM et l’ADLE et les partis du groupe ».
Selon le président du groupe ADLE au PE, Guy Verhofstadt, une résolution proposée par les partis Ciudadanos, D66, FDP, NEOS, VVD, Nowoczesna er Radikale Venstre sera votée samedi 10 novembre sur la future coopération avec La République en Marche!.
En marche pour une grande coalition ?
La République en Marche! voit plus grand et compte ouvrir cette coalition à d’autres partis, de tous bords.
« Cette coalition peut aider à agréger un groupe plus large (que ceux présents au Congrès), pendant la campagne, mais aussi après les élections. (...) Nous sommes dans la course au changement, nous devons aller au-delà de ce noyau et tendre la main aux partis qui ne sont pas ici aujourd'hui et nous pourrions nous joindre à eux si nous sommes prêts à leur montrer la voie », a mis en avant Mme Panosyan.
Le président français souhaiterait un groupe très ouvert (EUROPE 12105). Selon M. Anglade, l’objectif est de pouvoir peser. « C’est une coopération avec l’ALDE, mais pas seulement. Si c’est pour un ALDE++ avec LREM, ce sera nouveau, mais on ne sera pas en capacité de renverser le rapport de force au Parlement européen », a-t-il expliqué à EUROPE et aux quotisien Le Soir et Le Monde, tout en reconnaissant que l’alliance était encore brumeuse. « La confiance en politique prend du temps (…) on prend le temps de faire les choses bien », a-t-il précisé.
Selon lui, la coalition pourrait accrocher des partis qui s’étaient alliés avec le PPE ou les socialistes en raison de leur pouvoir plus que pour le partage des idées. La coalition pourrait se créer à la fois en amont des élections, puis à l’issue de celles-ci en fonction des résultats. Et si des différences divisent encore LREM et certains partis membres de l’ALDE, l’objectif sera de se mettre d’accord sur 5 ou 6 priorités.
L'ouverture du parti est une position partagée par le parti espagnol Ciudadanos. « L'ALDE doit être au cœur de cette alliance. Elle doit être généreuse. Nous devrions savoir que nous devons ouvrir nos bras à d'autres mouvements et dirigeants comme La République en Marche! et le président Macron », a expliqué Albert Ribera, de Ciudadanos.
Cette diversité n’effraie pas Věra Jourová. Selon la commissaire européenne à la Justice, la diversité d’opinions est typique de l’ALDE, qui a une capacité d’absorption « sans perdre le reste ». Elle a ajouté que l'important était le « facteur mathématique », le nombre d'élus aux élections européennes.
De même, pour Guy Verhofstadt, pour gagner face au PPE et au S&D, « nous avons besoin de toutes les forces pro-européennes, des démocrates, des libéraux, des réformistes, des centristes, des progressistes - appelez-les comme vous voulez... Nous avons les mêmes idées, les mêmes ambitions pour l'Europe (...) - réunies dans une plateforme, une équipe qui peut préparer le futur du continent ».
Il a notamment salué la présence de l'Italienne Emma Bonino qui a lancé le parti '+Europa'.
Une équipe plutôt qu’un Spitzenkandidat unique
Comme envisagé (EUROPE 12123), le parti ALDE a décidé non pas de mettre en avant un candidat pour le poste de président de la Commission européenne, mais une équipe.
« Nous avons décidé de ne pas nommer un homme d’un certain âge, comme Franz Timmermans (PSE) ou Manfred Weber (PPE), mais de venir avec une équipe qui représente nos idées, de jeunes hommes et femmes de toute l’Europe », a annoncé le président du parti ALDE, Hans van Baalen. « Nous allons faire campagne sur le contenu, sur nos idées pour une UE meilleure et plus forte », a-t-il ajouté. Il a aussi tendu la main à LREM, précisant que cette « équipe de l’Europe pouvait inclure un nouvel ami, La République en Marche! ». Une main que le parti devrait saisir, selon M. Anglade.
Interrogée par EUROPE et Le Soir, la commissaire Věra Jourová a expliqué que le nombre de membres de l’équipe n’était pas encore défini. « L’équipe Europe signifie une bonne sélection de personnes, qui couvrent l’Europe, que ce soit en termes de genre, d’âge, de région ». Elle s’est opposée au principe d’un seul candidat. « Je ne pense pas qu’une personne puisse s’adresser à l’Europe » tout entière, a-t-elle expliqué. D’où une équipe, avec plus de personnes, capables d’atteindre toute l’Europe.
Même son de cloche chez M. Anglade. « Il est beaucoup plus intéressant de proposer une équipe, plutôt qu’une personnalité », a-t-il expliqué, expliquant même que l’équipe pourrait ne pas être composée que de politiques, mais aussi de membres de la société civile, par exemple. Il a précisé qu’une équipe permettait de sortir de la seule logique du président de la Commission européenne, rappelant que d’autres postes étaient à pourvoir. Le Premier ministre slovène, Marjan Sarec, a estimé lui aussi que les libéraux devraient occuper « au moins un 'top job' » au niveau européen fin 2019.
La commissaire aux Transports, Violeta Bulc, pour sa part, s’est, entre les lignes, portée candidate. « Oui, je crois qu’il est temps pour une femme libérale de diriger notre union. Qu’en pensez-vous ? », a-t-elle demandé aux représentants présents à Madrid. De son côté, interrogée par EUROPE, Mme Jourová n’a pas voulu répondre. (Camille-Cerise Gessant)