Le Parti populaire européen (PPE) a ouvert, mercredi 7 novembre à Helsinki, son congrès annuel destiné à désigner son candidat tête de liste (Spitzenkandidat) en vue des élections européennes de mai 2019 et qui, en cas de victoire, pourrait succéder au président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker (EUROPE 12131).
Dans cette compétition qui oppose l’Allemand Manfred Weber, chef de file du PPE au Parlement européen, au Finlandais Alexander Stubb, actuel vice-président de la BEI, le membre de la CSU bavaroise partait largement favori mardi à la veille du vote.
Les dés semblent déjà jetés, certaines mauvaises langues évoquant même un pourcentage de 90 % de votes en faveur de l’Allemand contre 10 % pour le Finlandais. Ce dernier est soutenu en Suède et en Finlande, mais même en Finlande, le vice-président de la BEI ne ferait pas l’unanimité, selon une source du groupe PPE.
Jeudi matin, 734 délégués de quelque 49 partis issus d'États membres ainsi que 6 associations membres du PPE - comme le groupe EPP women - départageront les deux hommes. Le parti compte certes 758 délégués, mais ceux issus de pays non membres de l’UE ne peuvent pas prendre part au vote.
Selon Michel Dantin, eurodéputé français qui rencontrait jeudi après-midi quelques journalistes, Alexander Stubb pouvait encore, il y a quelques semaines, faire figure de rival sérieux et recueillir le soutien de ceux qu’une certaine ‘hégémonie’ allemande peut lasser.
Mais ses récentes interventions ont « déçu », a dit le député français, Alexander Stubb n’ayant pas su montrer qu’il avait la sensibilité médiane au sein du PPE. Ses idées libérales, « nordiques », ont heurté certains membres, a expliqué le Français.
Selon un autre eurodéputé, ce sont aussi d’éventuelles lacunes sur les questions de migration et les relations avec les pays du Sud qui ont pu convaincre les indécis de se ranger vers le Bavarois, qui, à 46 ans, ne dispose pourtant d’aucune expérience gouvernementale.
Le fait que le Finlandais ait multiplié les opérations médiatiques et les interviews en a aussi décontenancé certains, voire « irrité » le parti finlandais Kokoomus dont il est issu, observe une autre source.
Manfred Weber, lui, est soutenu en Allemagne (72 voix pour la CDU, 16 pour la CSU), en Espagne (42 pour le Partido popular), en Italie (31 pour Forza Italia), en Pologne (49 voix pour la Plateforme civique). Le chef de Les Républicains, le Français Laurent Wauquiez (45 voix pour le parti français), ainsi que le Premier ministre hongrois, Viktor Orbán (29 voix pour le Fidesz), ont apporté leur soutien au Bavarois.
M. Barnier en tant que recours ? Même si M. Weber est nommé Spitzenkandidat de la famille chrétienne-démocrate jeudi, bon nombre de votants, notamment du côté français, restent persuadés que le négociateur en chef de l’UE sur le Brexit, le Français Michel Barnier, peut revenir dans la course à la présidence de la Commission européenne après les élections européennes, lorsque le Conseil européen sera appelé à proposer une personnalité au Parlement européen (EUROPE 12106).
Selon une source française, l'ancien commissaire européen aurait même le soutien de certains Allemands. « Ce n’est pas seulement une obsession française », a glissé cet observateur.
Mais, pour un autre familier des discussions, « c’est fini » pour Michel Barnier, car le processus des Spitzenkandidaten sera respecté. Il pourra en revanche briguer d’autres postes, à la Commission, voire la présidence du Parlement européen.
Le PPE adopte sa résolution sur les ‘Valeurs’
Les délégués ont adopté jeudi en fin d’après-midi - à l'unanimité - une résolution sur les 'Valeurs' et la sauvegarde de la démocratie (EUROPE 12131).
Le PPE y rappelle son attachement aux valeurs fondamentales telles que l’État de droit, la liberté des médias, le multipartisme ainsi que la liberté académique et des ONG, un message en direction de Viktor Orbán, dont le pays est visé par une procédure 'article 7' du PE sur le respect de l'État de droit (EUROPE 12118).
Les membres du Fidesz ont voté en faveur de cette résolution. Cela pourrait avoir comme effet d'apaiser les tensions avec la direction du Parti sur les récentes lois restreignant les activités des universités et des ONG étrangères. (Solenn Paulic)