La première réunion conjointe des ministres européens des Transports et de l'Environnement, qui s'est achevée mardi 30 octobre à Graz (Autriche), pourrait marquer un tournant dans la transition vers une mobilité européenne propre, sûre et abordable, fondée sur l'innovation et une transformation profonde d'un secteur qui doit agir beaucoup plus résolument en faveur du climat, conformément aux objectifs de l'Accord de Paris.
C'est du moins l'ambition affichée dans 'La déclaration de Graz' adoptée par les ministres et censée ouvrir « une nouvelle ère » dans laquelle toutes les parties - Commission, États membres, autorités régionales et locales - travailleront à un 'contrat vert' pour une nouvelle mobilité répondant à ces exigences. Cette déclaration constitue une profession de foi dans une mobilité durable, visant zéro émission de carbone à l'horizon 2050, assortie d'orientations pour des solutions communes pouvant guider les États membres dans l'action et encourager aussi des changements de comportements de tout un chacun.
Une stratégie holistique européenne d'ici à 2021. Les ministres européens invitent la Commission européenne à se fonder sur cette déclaration pour présenter une stratégie holistique avec toute la législation nécessaire d'ici à 2021.
« Le moteur à combustion classique n’est pas fini, mais il faudra des biocarburants. Les batteries au lithium rendront les véhicules électriques plus compétitifs, plus abordables », a expliqué le ministre autrichien des Transports, de l'Innovation et des Technologies, Norbert Hofer.
« Notre approche générale est d'arriver à zéro émission. Nous savons déjà comment réduire 60 % des émissions ; il reste 40 %. C'est pourquoi il est indispensable d'avoir de nouvelles solutions, de nouveaux 'business models' » a souligné la commissaire européenne aux Transports, Violetta Bulc. Celle-ci est satisfaite que le soutien aux véhicules propres soit mentionné. Et d'ajouter « 2018 reste l’année du multimodal. Il faudra faire en sorte que tous les modes de transport se conjuguent. Nous devons aussi exploiter les opportunités offertes par la numérisation et le big data. Les ministres appellent de leurs vœux une approche holistique ».
L'enjeu est très important, car « les transports sont le seul secteur clé à n'avoir pas réussi à réduire ses émissions de gaz à effet de serre. Au contraire, elles augmentent », a insisté le commissaire européen à l'Action pour le Climat et à l'Énergie, Miguel Arias Cañete. Sur la même ligne, la ministre autrichienne de la Durabilité et du Tourisme, Elisabeth Köstinger, a également insisté sur les effets nocifs des transports sur la santé. « Les transports sont l'un des premiers contributeurs aux substances qui polluent l'air. Tous les États membres ont le même problème. Il faut trouver des solutions communes d'avenir », a-t-elle déclaré.
La déclaration de Graz s'articule autour des cinq axes suivants :
- Les véhicules propres. Le texte contient la promesse d'introduire rapidement sur le marché des véhicules à faibles émissions et à émission nulle et des carburants décarbonés et de développer les infrastructures de recharge adéquates.
- Une stratégie pour la gestion et la planification d'une mobilité durable qui guidera et soutiendra les choix et les options de mobilité durable dans l'UE, les États membres, ainsi qu'aux niveaux régional, local et des entreprises. Celle-ci devra notamment inclure la numérisation et les véhicules automatisés, identifier les incitants et des programmes de soutien pour la gestion de la mobilité multimodale, propre, sûre et inclusive et la planification des villes, des régions, des entreprises du tourisme, des écoles et de la jeunesse.
- Une mobilité active pour promouvoir la santé et la durabilité, ce qui suppose notamment d'inclure les bénéfices pour la santé d'une mobilité active dans les analyses coûts/bénéfices pour les projets qui seront financés par la facilité TEN-T 'Connecting Europe' dans le budget de l'UE post-2020.
- Une mobilité sûre et inclusive qui promeuve notamment la formation et la sensibilisation de tous les usagers de la route, l'harmonisation et l'application de nouvelles technologies pour la sécurité.
- Le multimodal et l'infrastructure.
Un pas dans la bonne direction. « Pour le Luxembourg, les transports, l'environnement et la protection du climat sont d'une importance capitale. 64 % de nos émissions de CO2 proviennent du secteur des transports », a souligné la ministre de l'Environnement du Luxembourg, Carole Dieschbourg en marge de la session.
La déclaration de Graz n’est pas contraignante, certes, mais « son grand mérite est d'être orientée vers la multimodalité et de thématiser aussi la mobilité active - faire du vélo, marcher - ce que l'on oublie souvent avec l’électrification. Il faut travailler sur tous les volets », a-t-elle estimé. Selon elle, c'est « un pas dans la bonne direction » et « le fait que différents domaines soient couverts peut en faire un instrument de travail ». (Aminata Niang)