Les ambassadeurs des États membres auprès de l'UE (Coreper) ont approuvé sans débat, mercredi 24 octobre, la prolongation pour un an des sanctions européennes adoptées à l'encontre de dix-huit Vénézuéliens proches du régime Maduro, faute d'amélioration de la situation politique au Venezuela.
Ces sanctions, qui reposent sur un cadre règlementaire arrêté en novembre 2017 et prévoient aussi un embargo sur la vente d'armes (EUROPE 11903), ont été adoptées en deux temps.
En janvier 2018, sept responsables avaient été sanctionnés en raison de leur rôle dans des violations de principes démocratiques et de libertés fondamentales (EUROPE 11944). En juin, onze personnes avaient été ajoutées à cette liste après que l'Union européenne eut constaté que les élections présidentielles et locales de mai, ayant notamment abouti à la réélection du président Maduro, n'avaient été ni libres ni justes (EUROPE 12048).
La prolongation des sanctions sera officiellement actée au niveau du Conseil avant le 13 novembre.
« C'est la première fois que nous imposons des mesures de ce type en Amérique latine. [...] Nous les avons prises à cause de la détérioration de la situation. Aujourd'hui, la situation ne s'est pas améliorée - au contraire », a regretté la Haute Représentante de l'UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, mardi, lors d'un débat au Parlement européen.
Et Federica Mogherini d'ajouter : « Nous maintenons notre décision et les sanctions demeureront aussi longtemps que les droits humains sont violés et les principes démocratiques bafoués. Nous n'avons pas l'intention d'adoucir notre position en l'absence de progrès substantiels sur le terrain. »
La Haute Représentante a exhorté le gouvernement Maduro à agir pour apaiser les tensions en libérant « les prisonniers politiques », en enquêtant sur la mort en détention de l'opposant Fernando Albán, en restaurant les pouvoirs de l'Assemblée nationale et en organisant de nouvelles élections libres.
Mme Mogherini a également évoqué la volonté de l'Union européenne d'explorer la faisabilité d'établir, avec les pays de la région et d'autres partenaires internationaux, un « groupe de contact » destiné à favoriser la reprise du dialogue politique. Mais, d'après elle, toute solution politique doit venir des Vénézuéliens eux-mêmes (EUROPE 12117).
Saisine de la Cour pénale internationale. Le Parlement européen adoptera, jeudi, une nouvelle résolution sur la crise politique et humanitaire au Venezuela qui a provoqué la fuite de 2 millions de Vénézuéliens.
Dans son projet de résolution, le groupe PPE « soutient pleinement » la démarche de pays latino-américains (Argentine, Chili, Colombie, Costa Rica, Paraguay, Pérou) plus la France et le Canada, qui ont demandé, fin septembre, à la Cour pénale internationale (CPI) d'enquêter sur des crimes potentiels ayant eu lieu au Venezuela. Il demande à l'UE de se joindre à cette initiative.
Le groupe ADLE est sur cette ligne, tandis que le groupe S&D souligne l'importance de respecter « l'indépendance » du Procureur de la CPI en matière d'ouverture d'une enquête visant la répression politique au Venezuela.
Le projet de résolution du groupe Verts/ALE ne fait pas référence à cette initiative, mais celui-ci est d'avis que la situation dans le pays « ne saurait justifier une quelconque impunité des homicides, des formes de répression, des interventions militaires disproportionnées ou des exactions des forces de police ».
En revanche, le groupe GUE/NGL demande à l'UE de ne pas interférer dans les affaires intérieures vénézuéliennes, faisant confiance à la justice du pays, et il réitère sa « solidarité » à l'égard du président Maduro et de « la démocratie vénézuélienne ». (Mathieu Bion)