L’UE se prépare à une autre crise sur le Brexit alors que les négociateurs entament la dernière ligne droite. Mais cette fois, ce n’est pas l’accord sur la frontière irlandaise qui semble compromis, mais bien le traité de retrait lui-même.
La frustration se fait sentir à Bruxelles, comme l’atteste une désormais tristement célèbre déclaration officieuse dans laquelle un haut responsable de l’UE a qualifié l’approche du Royaume-Uni de « fantaisiste ».
Selon les négociateurs de l’UE, le Premier ministre britannique, Mme Theresa May, traîne délibérément des pieds sur le sujet du filet de sécurité irlandais – et sur un futur partenariat douanier – afin de ne laisser aucune marge de manœuvre à son parti et aux députés unionistes démocrates qui la soutiennent. Le Royaume-Uni tergiverse également sur le rôle à accorder à la Cour de justice de l’UE après le Brexit, ce que les Européens considèrent comme une autre tactique de négociation qui pourrait finalement mener les deux parties au bord du précipice.
Alors qu’il existe une volonté d’aider Mme May à réaliser des progrès en juin, les dirigeants de l’UE n’accepteront pas un mauvais accord sur le Brexit à n’importe quel prix.
« Nous n’allons pas la jeter dans la fosse aux lions », a déclaré un haut fonctionnaire de l’UE proche des négociations, « mais nous n’allons pas non plus lui faire de cadeaux. C’est la personne la plus sensée du parti conservateur avec qui traiter en ce moment, mais si un problème survient avec Mme May, ce ne sera pas à cause de l’Europe ».
L’UE attend toujours une proposition élaborée pour le filet de sécurité irlandais, l’annexe controversée du traité de retrait qui, dans sa forme actuelle, conserve l’Irlande du Nord dans l’union douanière et dans certaines parties du marché unique (pour l’agriculture, l’électricité et d’autres domaines choisis).
Le journal The Sun a rapporté cette semaine que le secrétaire en charge du Brexit, David Davis, préparerait un scénario alternatif qui verrait l’Irlande du Nord appliquer les réglementations européenne et britannique, et l’instauration d’une nouvelle « zone tampon » à la frontière pour les agriculteurs et entreprises de la région exempte de barrière commerciale.
« Des propositions sur le papier : c’est ce que tout le monde attend », a déclaré un responsable de l’UE. « Je ne vois pas comment nous pouvons avancer en pensant à l’avenir si nous ne sommes nulle part sur la question de l’Irlande. »
L’UE a également prévenu le Royaume-Uni que la future coopération ne répondrait pas à ses attentes en matière de sécurité interne, notamment en ce qui concerne sa demande de continuer à accéder aux informations chiffrées du satellite Galileo (EUROPE 12027) et à faire partie du mandat d’arrêt européen.
« Dans quelle mesure peut-on traiter le Royaume-Uni comme un pays spécial sans que cela perturbe l’équilibre avec les autres pays tout en préservant l’autonomie institutionnelle de l'UE ? », a déclaré la source de l’UE. « Le monde doit changer, même si la coopération se poursuivra. »
L’UE se trouve « essentiellement sur la même longueur d’onde » en matière de politique étrangère, selon certaines sources, mais aucune avancée n’a été réalisée sur le commerce.
Pour l’instant, tout ce qui se trouve sur la table est un accord de libre-échange, dont la négociation prendra des années, en particulier parce que les pays de l’UE chercheront de solides garanties que le Royaume-Uni n’utilise pas le Brexit pour entamer les règles de l’UE en matière de fiscalité, de santé et de sécurité ou de climat, ce que l’on appelle « les règles de jeu équitables ».
« S’il s’agit d’un accord de libre-échange, vous devez tout reprendre à zéro, mais le plus gros problème réside dans ces règles de jeu équitables. Ce sera le plus grand obstacle à surmonter et cela prendra du temps », a rapporté la source de l’UE.
La perspective d’une guerre commerciale entre l’UE et les États-Unis n’a pas arrangé la situation et distraira les dirigeants européens lors du sommet de juin, qui sera également terni par les craintes d’une nouvelle crise de la dette souveraine italienne. Les dirigeants de l’UE ne pensent pas en arriver là.
« Les Britanniques découvrent en ce moment que la relation soi-disant spéciale [avec les États-Unis] ne signifie rien », ajoute la source de l’UE. « Voilà ce vieil homme sénile qui rejette les règles, et les Européens ne savent pas quoi faire ».
Les responsables européens et britanniques se réuniront la semaine prochaine pour un nouveau tour de négociations qui se poursuivra au cours des deux semaines suivantes avant le sommet de juin. (Version originale anglaise par Sarah Collins)