Le groupe PPE au Parlement européen était réuni jeudi 12 avril jusqu’au 13 avril à Lyon pour entamer la réflexion sur les grands thèmes que la famille du PPE abordera lors de la campagne des élections européennes : la sécurité, face au terrorisme, mais aussi face à la migration, devrait en être un thème dominant. C’était d’ailleurs le sujet retenu pour ce séminaire lyonnais.
Cette réunion a déjà permis d’identifier des requêtes immédiates très claires, a résumé Manfred Weber, président du groupe, lors d’une conférence de presse : pour la menace terroriste, l’échange d’informations entre États membres doit être encore renforcé, car il ne marche pas encore parfaitement ; il faut aussi « plus d’efforts européens » aux frontières extérieures de l’UE et envoyer au moins 10 000 officiers à l’Agence européenne de gardes-frontières, ex-Frontex, pour lutter contre les mafias et l’immigration irrégulière. Le président du Parti populaire européen, Joseph Daul, est aussi convaincu qu’assurer « la sécurité de nos concitoyens » sera l’un des enjeux de la campagne de 2019.
Le président du parti a résumé les menaces qui pèsent sur l’UE : le terrorisme, la radicalisation islamiste, mais aussi la menace russe « qu’on ne doit pas oublier ». L’un des moyens de protéger les Européens est ainsi de renforcer les frontières extérieures, ce qui contribuera d’ailleurs à renforcer le sentiment « d’appartenance » et de « frontières communes », mais d’avoir également une politique en matière de défense, et de migration et d’asile véritablement commune. « À terme, il faudra une armée européenne », a redit le Français. Il faut aussi « adapter les politiques de sécurité aux défis actuels comme la cybersécurité, les fake news ».
La sécurité des Européens, c’est aussi la priorité de Laurent Wauquiez, le président des Républicains français et de la région Rhône-Alpes Auvergne, qui accueillait ses homologues. « On est convaincu que l’élection se jouera sur les sujets régaliens », a-t-il dit en introduction, dont les enjeux des attentats terroristes et le défi migratoire qui « doivent être parmi nos priorités dans la campagne qui s’ouvre ».
Le président des Républicains a voulu placer la future campagne sur le thème de l’ « Europe qui protège », car, si « la construction européenne n’assure pas la protection de nos compatriotes, on sera emporté par un vent de scepticisme ».
La campagne n'est pas encore lancée
La campagne du PPE s’est-elle donc lancée à Lyon dès ce 11 avril ? Et sera-t-elle focalisée sur le seul sujet de la sécurité face au terrorisme et à la migration ? « C’est encore trop tôt », a nuancé l’Irlandais Dara Murphy, l’homme que le PPE a désigné pour justement faire le lien entre toutes les idées et sensibilités - entre les fédéralistes et ceux qui veulent moins d’intégration - qui parcourent les partis nationaux membres du PPE. C’est cet Irlandais qui sera chargé en quelque sorte de faire la synthèse des idées et priorités, d’ici à septembre et octobre quand le parti PPE entamera la sélection de son ‘Spitzenkandidat’.
Pour Dara Murphy, il n’y a en tout cas pas forcément besoin d’identifier de nouvelles sphères de compétences pour l’UE ; approfondir ce qui se fait déjà « n’est pas forcément une mauvaise chose », mais, sur la migration ou sur la défense, les coopérations peuvent en effet être développées. Le projet du PPE devra en tout cas se concentrer sur des choses très « concrètes » pour améliorer la vie des Européens. Mais il ne devra pas uniquement parler de sécurité face au terrorisme.
Car la sécurité englobe bien d’autres choses, estiment d’autres membres du groupe PPE, dont le chef de file de la délégation française du PPE au PE, Frank Proust, pour qui cela recouvre aussi la question de la sécurité des investissements étrangers, thème sur lequel il travaille d’ailleurs dans un rapport.
L’un des défis du PPE sera aussi de proposer une autre offre que celle d’Emmanuel Macron, le président français, qui cherche à proposer une vitrine européenne à son parti En Marche et s’est associé samedi dernier aux libéraux du Belge Guy Verhofstadt pour un évènement à Bruxelles. Mardi prochain, le président français sera par ailleurs à Strasbourg pour livrer un discours sur l’avenir de l’Europe. Un moment que certains eurodéputés du PPE attendent au tournant, à l'enseigne du Français Geoffroy Didier, qui estime qu’à l’heure actuelle, Emmanuel Macron est loin d’avoir fait ses preuves sur l’Europe et a même avancé des initiatives ‘coquilles’ vides comme les consultations citoyennes. Un « gadget » qu’il voit d’ailleurs comme un possible moyen pour M. Macron de lancer la campagne européenne d’En Marche, modifiant son objet de départ.
L’écueil à éviter pour le PPE, a repris une source parlementaire, c’est justement de chercher à tout prix un moyen de se démarquer du discours du président Macron alors que « c’est lui qui a, au contraire, puisé une grande partie de ses idées européennes au PPE », comme celle de l’Europe à plusieurs vitesses. Il faudra, en ce sens, impérativement éviter « le piège à cons » de se profiler uniquement sur l’immigration ou le terrorisme dans cette future campagne. (Solenn Paulic)