Le sommet de la zone euro, qui s’est tenu vendredi 23 mars, a donné l’occasion aux chefs d’État et de gouvernement des Dix-neuf d’échanger sur l’avenir de l’Union économique et monétaire (UEM), sans que des décisions aient été prises ni que des conclusions écrites aient été publiées.
Le sommet de la zone euro fut un « point d’étape pour identifier les blocages et les voies de passage », a déclaré Emmanuel Macron, le président de la République française, lors d’une conférence de presse commune avec Angela Merkel, la chancelière allemande, à l'issue de la réunion.
Les leaders ont présenté leur vision de la zone euro à long terme, en particulier sur la création d’une capacité budgétaire. Celle-ci « prête à controverse », comme l’a reconnu Donald Tusk, le président du Conseil européen.
D’un côté, un groupe d’États, autour de la France, se positionne en faveur de la création d’une capacité budgétaire propre à la zone euro, visant notamment à soutenir les investissements et à stimuler la croissance.
De l'autre, un autre groupe de pays, majoritairement nordiques, soutient une capacité budgétaire servant à appuyer les réformes structurelles et la compétitivité.
D’après une source européenne, la chancelière allemande, Angela Merkel, serait prête à accepter une capacité budgétaire limitée pour la zone euro, en dehors du budget européen, afin de soutenir des politiques spécifiques, dont elle n’a cependant pas précisé le contenu. Cette capacité ne devrait néanmoins pas à avoir pour fonction, d’après elle, d'absorber les chocs économiques asymétriques.
Union bancaire. Mário Centeno, le président de l’Eurogroupe, avait présenté la veille aux Vingt-huit les travaux en cours à l’Eurogroupe concernant le parachèvement de l’Union bancaire en zone euro et la transformation du Mécanisme européen de stabilité (MES) en Fonds monétaire européen (FME) que la Commission a proposé d'intégrer dans le champ de l’Union européenne.
« Nous avons besoin de progrès très rapides sur l’Union bancaire », a affirmé à ce titre Mme Merkel.
D’après la même source, la chancelière a soulevé deux difficultés sur la transformation de l’actuel MES en FME. En effet, cette transformation supposerait de réviser les traités, ce qui nécessiterait une majorité des deux tiers en faveur de cette proposition au Bundestag. La chancelière ne disposerait pas actuellement d'une telle majorité. D’autre part, la Cour constitutionnelle de Karlsruhe pourrait se montrer réticente à accepter un transfert de souveraineté pour la mise sur pied d’un FME.
Le président faisant fonction du Conseil italien, Paolo Gentiloni, a souligné l'importance d'avancer en parallèle en matière de réduction et de partage des risques bancaires dans les travaux menant au parachèvement de l'union bancaire.
Intensification des travaux franco-allemands. Afin de surmonter les divergences actuelles et d’être en mesure de présenter une feuille de route sur l’avenir de l’UEM en vue de décisions en juin (EUROPE 11927), des réunions interministérielles franco-allemandes préparatoires se tiendront en avril et mai.
M. Macron se rendra à Berlin dans les prochaines semaines. « J’attache beaucoup d’importance à ce travail conjoint », a-t-il déclaré, convaincu de la volonté des deux principales économies de la zone euro « d’y arriver pour le mois de juin ». (Lucas Tripoteau avec la rédaction)