Face au relèvement unilatéral des droits de douane contre les importations d'acier et d'aluminium aux États-Unis, décidé par le président américain, Donald Trump, mais dont l'UE est provisoirement exemptée (voir autre nouvelle), les chefs d'État et de gouvernement de l'UE ont affirmé leur unité et leur fermeté vis-à-vis de M. Trump, lors du Conseil européen, vendredi 23 mars, se montrant disposés à dialoguer pour résoudre les frictions commerciales transatlantiques, mais exigeant une exemption permanente des taxes américaines pour l'UE dans son ensemble.
Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a salué cette unité des Vingt-huit qui a pesé dans la décision américaine d'exempter provisoirement l'UE. « Les États-Unis reconnaissent que l'UE est une entité que l’on ne peut pas diviser. C’est une bonne nouvelle », a fait valoir M. Juncker.
« La mauvaise nouvelle, c’est que les États-Unis demandent des négociations à boucler d’ici le 1er mai. Ce n'est pas réaliste, vu l’ampleur des questions que nous avons à régler. Nous demandons une exemption permanente et pas temporaire », a-t-il ajouté.
« On ne parle de rien, en principe, lorsque c’est avec un fusil sur la tempe », a renchéri le président français, Emmanuel Macron. « Naturellement, nous dialoguons avec les États-Unis, mais nous n'avons aucun intérêt à ce que l’on nous fasse chanter », a prévenu le chancelier autrichien, Sebastian Kurz.
Dans ses conclusions, le Conseil européen déplore la décision américaine d'imposer des droits de douane sur l'acier et l'aluminium, qui « ne peuvent être justifiés par des raisons de sécurité nationale ». « La protection sectorielle aux États-Unis est un remède inapproprié aux problèmes réels de surcapacité, pour lesquels l'UE a déjà offert aux États-Unis sa pleine coopération », ajoute-t-il.
Prenant note de l'exemption temporaire pour l'UE de ces mesures, le Conseil européen demande qu'elle devienne « permanente ». Il apporte aussi son « ferme soutien » aux contre-mesures préparées par la Commission pour réagir de manière « appropriée et proportionnée » à des mesures américaines, dans le respect des règles de l'OMC.
Enfin, il souligne son « attachement à des relations transatlantiques fortes », soutenant « un dialogue sur les questions commerciales d'intérêt commun ».
M. Macron a salué la « souveraineté européenne » affirmée par le Conseil européen. « L'UE ne cherche pas la guerre commerciale, mais entretient le dialogue. Elle agira dans le cadre des règles de l’OMC. Elle doit être unie et prête à réagir sans faiblesse », a-t-il ajouté, qualifiant la décision américaine de « mauvaise stratégie pour répondre au vrai problème du dumping commercial et des surcapacités ».
« L’exemption est provisoire, mais nous voulons éviter la spirale qui conduirait à ce que le libre-échange soit perdu », a commenté la chancelière allemande, Angela Merkel.
« Nous avons discuté pour faire en sorte que l'exemption soit permanente. L'industrie sidérurgique est importante pour le Royaume-Uni et je veux m'assurer que ce secteur et ses travailleurs soient protégés », a commenté le Premier ministre britannique, Theresa May.
Devant leurs pairs, M. Macron et le Premier ministre néerlandais, Mark Rutte, ont insisté sur la nécessité que l'UE, si elle dialogue avec Washington, « ne rentre pas dans une logique de négociation de type TTIP, dans laquelle M. Trump essayerait d’entrainer l’UE à faire des concessions », a confié un diplomate.
Utiliser les négociations sur le TTIP pour avancer dans les discussions avec Washington « serait le mauvais chemin à prendre », a estimé M. Kurz.
Plus globalement, le Conseil européen a réaffirmé l'engagement de l'UE en faveur d'un système commercial multilatéral ouvert et basé sur des règles, avec l'OMC en son centre.
Les dirigeants européens ont soutenu une politique commerciale de l'UE ouverte, en appelant à la poursuite des négociations de libre-échange avec le Mercosur et le Mexique, et robuste contre le commerce déloyal, en appelant les colégislateurs à avancer leurs travaux sur le mécanisme européen de filtrage des investissements étrangers et sur le mécanisme de réciprocité dans l'accès aux marchés publics des pays tiers.
Enfin, ils ont demandé à la Commission d'examiner comment s'assurer de la bonne mise en œuvre des accords de libre-échange et des engagements pris par les pays tiers. (Emmanuel Hagry, avec la rédaction)