Les grandes familles politiques au Parlement européen ont apporté leur soutien, lors d'un débat en plénière, mercredi 14 mars à Strasbourg, à l'approche « ferme et proportionnée » de la Commission européenne pour répondre à la possible instauration, dans une dizaine de jours, des droits de douane contre les importations d'acier et d'aluminium aux États-Unis promulgués le 8 mars par le président américain, Donald Trump.
L'Union européenne ne doit pas s'engager dans une guerre commerciale, mais elle doit être prête à défendre ses citoyens, ont souligné les chefs de file des grands groupes politiques, condamnant unanimement l'initiative unilatérale de M. Trump, motivée par des raisons de sécurité nationale.
« Le signal dont nous avons besoin, c’est que le PE soutienne fermement la Commission. Les mesures qu'elle propose sont adéquates, nous ne devons pas avoir une réponse agressive, mais décidée », a souligné l'Allemand Manfred Weber, au nom du groupe PPE. « Si M. Trump veut construire de nouveaux murs, l’UE doit construire de nouveaux ponts », a-t-il ajouté, en référence aux accords de libre-échange.
Dénonçant « des mesures motivées par des seules raisons de politique intérieure », le social-démocrate allemand Bernd Lange a plaidé pour des efforts concertés avec d'autres économies affectées par les mesures américaines - le Canada, le Mexique, le Japon, le Brésil - pour faire respecter les règles du commerce international. « Nous soutenons les mesures de la Commission », a-t-il ajouté.
Au nom du groupe CRE, la Britannique Emma McClarckin a salué la réaction de la Commission. « La hausse des droits de douane américains n’est pas le moyen de régler la question des surcapacités. Il faut éviter d’exacerber la situation », a-t-elle ajouté.
« Nous n’avons pas besoin de guerre commerciale. Nous voulons appuyer des contre-mesures là ou ce sera nécessaire », a assuré Marietje Schaake (ADLE, néerlandaise), critiquant ouvertement les velléités du Royaume-Uni de négocier une dérogation en bilatéral avec Washington.
Au nom du groupe Verts/ALE, le Français Yannick Jadot a dénoncé une « nouvelle tentative de M. Trump de s'exonérer des règles internationales », après le retrait de l'accord climatique international de Paris et le rejet de l'accord sur le nucléaire iranien, qui appelle « une réaction ferme, en ligne avec les règles de l’OMC ». M. Jadot a toutefois estimé que la décision « inacceptable » de M. Trump renvoyait l'UE à ses insuffisances : l'absence d'une diplomatie commerciale commune et de politique industrielle commune, qui permettrait d'envisager une taxe carbone aux frontières.
Pour le groupe GUE/NGL, l'Allemand Helmut Scholz a plaidé pour « des solutions communes qui prennent en compte les problèmes sociaux et environnementaux sur tous les continents ».
Faisant valoir que les mesures de M. Trump visaient à protéger des communautés et des villes industrielles dévastées par la concurrence largement inéquitable, le Britannique William Dartmouth a fait valoir, au nom du groupe ELDD, que l'union douanière pouvait, elle aussi, être « un véritable mur », avec des droits de douane parfois « astronomiques » pouvant atteindre 67 % sur des produits agro-alimentaires.
Au nom du groupe ENL, le Français Nicolas Bay a estimé que les mesures promulguées par M. Trump étaient « légitimes ». « Notre continent ne cesse de se désindustrialiser. Toutes les grandes puissances mondiales protègent leur économie », a-t-il insisté, dénonçant « le libre-échangisme forcené » de l'UE.
Dans la suite du débat, de nombreux intervenants ont plaidé pour une solution 'pacifique' avec les États-Unis, reposant sur le combat commun contre les causes sous-jacentes des surcapacités mondiales dans le secteur de l'acier et les pratiques commerciales déloyales de certains pays.
Les eurodéputés ont néanmoins suggéré de maintenir toutes les options sur la table, exprimant leur soutien aux contre-mesures préparées par la Commission - incluant un recours à l'OMC, des mesures de sauvegarde et des mesures de rétorsion pour un montant de 2,8 milliards d'euros (EUROPE 11976) - en cas d'échec du dialogue avec Washington, pourvu qu'elles soient en ligne avec les règles de l'OMC.
Le Français Édouard Martin (S&D), dénonçant la fuite en avant libre-échangiste aveugle, a plaidé pour un examen des règles internationales, afin de vérifier si celles-ci sont effectivement adaptées aux défis actuels du commerce mondial. (Emmanuel Hagry)