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Bulletin Quotidien Europe N° 11884
Sommaire Publication complète Par article 31 / 31
SUPPLÉMENT HEBDOMADAIRE / Bibliothèque européenne

N° 1195

 *** MICHEL AGLIETTA, NICOLAS LERON : La double démocratie. Une Europe politique pour la croissance. Editions du Seuil (25 bld. Romain-Rolland, F-75993 Paris Cedex 14. Internet : http://www.seuil.com ). 2017, 206 p., 20 €. ISBN 978-2-02-134269-7.

Voici un livre qui réchauffera le cœur et l’esprit de tous ceux qui ne se résignent pas à voir l’Europe telle que les États membres la construisent menée à sa perte. Professeur émérite à l’Université Paris-Ouest et conseiller au Centre d’études prospectives et d’informations internationales, l’économiste Michel Aglietta s’est associé au chercheur Nicolas Leron (Centre d’études européennes de Sciences Po) pour remonter aux sources du malaise européen actuel. Ces sources sont, à les entendre, des « failles structurelles » qui ont pour noms « l’absence de puissance publique au niveau de l’Union européenne et l’incomplétude de l’euro ». De cette expédition intellectuelle, le lecteur sortira armé de la conviction que l’Europe reste plus que jamais « la bonne échelle pour répondre aux grands défis de notre temps », mais qu’il est temps que la chenille devienne papillon, sous peine de rester à jamais une larve dans l’histoire.

Les deux auteurs bâtissent leur analyse sur une conviction : la méthode des petits pas qui étaient chère à Jean Monnet est révolue car dépassée, maintenant que « l’intérêt économique bute sur l’identité politique, les règles européennes sur les souverainetés étatiques ». Partir du politique et de la démocratie pour jauger et comprendre la crise européenne et discerner une voie de sortie par le haut les amène, au fil des pages, à juger impératif de « refondre le pacte politique constitutif européen ». A cette fin, ils développent une analyse systémique et pluridisciplinaire de la crise qui articule les dimensions économique (lien organique entre monnaie et souverain politique, entre dette et société), politique (système politico-institutionnel de l’Union et ses effets sur les systèmes politiques nationaux) et juridique (souveraineté juridique étatique et problème de l’articulation des ordres juridiques de l’Union et des États membres, de la Cour de justice et des cours suprêmes et constitutionnelles nationales). Cette énumération peut naturellement susciter la crainte, chez le lecteur potentiel, que le propos académique se révèle illisible. Il n’en est rien car, tout en restant pleinement fidèles à la rigueur scientifique, Aglietta et Leron ont pour mérite d’appeler un chat un chat et, surtout, de veiller à ce que leur raisonnement économique ne fasse pas abstraction de « la question de la légitimité politique », ce qui est le cas la plupart du temps, par exemple lorsque de beaux esprits créatifs formulent « des propositions d’ingénierie institutionnelle sans grande portée intrinsèque, du type parlement de la zone euro, ministre des Finances de la zone euro ».

Non, ce qu’Aglietta et Leron veulent, c’est attaquer le véritable mal à la racine, à savoir l’éviction de « la question du politique au sein du système politique européen ». Ce mal, c’est « l’anémie du politique » qui, dans l’Union comme au sein de ses États membres, organise aujourd’hui « l’impuissance publique » et dissout le « souverain », tant il est vrai que « toute démocratie, qu’elle soit locale, nationale ou européenne, appelle un parlement doté d’un véritable pouvoir budgétaire, avec le vote des recettes fiscales et des dépenses publiques, c’est-à-dire qui offre aux citoyens la possibilité de se prononcer sur des grandes alternatives macro-économiques et sociétales ». Lorsqu’ils se saisissent de questions telles que le budget ou la dette, c’est ainsi en veillant à ce qu’elles soient prises en compte dans le contexte de « l’appartenance et la participation citoyenne à un ordre politique perçu comme légitime ». En clair, ils dénoncent de manière frontale mais très argumentée « la rupture du lien organique entre le souverain politique et la monnaie » qui prévaut au sein de la zone euro, au « cercle vicieux » qui amène les pays et les citoyens à y perdre plus qu’à y gagner, ce qui « corrode peu à peu la démocratie en Europe ». Voilà pourquoi il est impératif, soutiennent-ils, d’opérer une transformation du pacte constitutif européen en procédant à « l’institution d’un budget européen » de 3,5% du produit intérieur brut, ce budget alimenté par des ressources fiscales propres devant ouvrir « la voie à une fonction d’emprunteur et d’investisseur en dernier ressort européen ». Du coup, le Parlement européen y gagnerait le statut d’« instance démocratique » à part entière car dotée d’un véritable pouvoir budgétaire, ce qui, en fin de compte, « conférerait aux Européens la possibilité de faire société en s’endettant collectivement autour de la production de biens communs pour eux-mêmes et les générations futures ». Pour les auteurs, l’Europe politique et la démocratie européenne seront à ce prix ou ne seront pas. Qui oserait leur donner tort ? Pas grand monde, assurément, hormis sans doute beaucoup de ceux qui fréquentent le Conseil européen et les autres cénacles où les États membres imposent essentiellement la loi de leurs intérêts...  Michel Theys

*** MILENA APOSTOLAKI : La fin de la période d’après la junte. Le temps du redémarrage. Editions Patakis (38 Panayi Tsaldari, GR-10437 Athènes. Tél. : (30-210) 3650000 – fax : 3811940 – Courriel : bookstore@patakis.gr – Internet : http://www.patakis.gr ). Collection « Sciences sociales et politiques ». 2017, 228 p., 9,90 , ISBN 978-960-16-7428-5.

La crise ne cesse de s’approfondir en Grèce, ce qui met en évidence les maux et les problèmes du système politique national, de la construction européenne et de la société grecque. Les forces politiques appelées en 2015 à gérer la crise ont cherché à introduire les réformes nécessaires, mais en étant incapables de reconnaître leurs propres responsabilités et de finaliser un plan de développement stratégique national qui permette de sortir de la crise par le haut. C’est ce que constate l’avocate Milena Apostolaki, plusieurs fois ministre au sein de gouvernements du Pasok. Aujourd’hui éditorialiste, elle n’épargne pas l'Europe qui lui paraît avoir été défaillante car pas préparée sur les plans politique et institutionnel, ce qui l’a amené à beaucoup trop travailler de manière punitive et, partant, improductive. Quant à la société grecque, elle poursuit son angoissante descente aux enfers, ce qui la plonge dans une anxiété douloureuse face à l'avenir et l’amène à se laisser prendre aux pièges du culte national et de la division ethnique. Aujourd'hui, l'effondrement du discours démagogique anti-mémorandum et la fin des illusions sont le douloureux substrat de la fin de l’époque qui a suivi la chute de la junte des colonels. Le nouveau cycle historique qui est à écrire passe, selon l’auteure, par un indispensable consensus social et le changement du modèle dominant dans la conduite de la politique, de sorte que la responsabilité et la vérité deviennent les maîtres-mots dans la vie politique. Est-ce le signe d’une entrée de la Grèce dans l’apolitisme ? Milena Apostolaki n’en croit rien, elle pour qui la protection d'un grand nombre de ceux qui travaillent durement et la création d'opportunités pour tous, en particulier les plus faibles, resteront des cartes maîtresses pour ceux qui veulent faire entrer le pays dans une nouvelle ère. (AKa) 

*** THIERRY RONSE : Les compétences de l’Union européenne. Editions de l'Université de Bruxelles (26 av. Paul Héger, B-1000 Bruxelles. Tél. : (32-2) 6503799 – fax : 6503794 – Courriel : editions@ulb.ac.be – Internet : http://www.editions-universite-bruxelles.be/ ). Collection « Commentaire J. Mégret – Ordre juridique de l’Union et contentieux européen ». 2017, 362 p., 60 €. ISBN 978-2-8004-1612-0.

Membre associé du Centre de droit européen de l’Université libre de Bruxelles et premier auditeur honoraire à la Cour des comptes de Belgique, Thierry Ronse s’emploie, dans cet ouvrage qui en est à sa 3ème édition, à retracer l’histoire des compétences de l’Union européenne, certaines ayant été politiquement voulues par les États membres, d’autres ayant été obtenues du fait de l’action des institutions européennes, la Cour de justice tout particulièrement. Cette histoire est aussi marquée par le souci des États membres – certains plus que d’autres... – de préserver autant que faire se peut leur souveraineté et, partant, de freiner le développement de la construction européenne. C’est cette tension permanente qui se voit méticuleusement étudiée dans ces pages, en particulier à la lumière de la jurisprudence de la Cour de justice. Un premier chapitre voit l’auteur présenter la dynamique issue de la déclaration Schuman : après une analyse comparative de la notion de souveraineté en droit international public et dans le droit de l’Union, il illustre le partage de souveraineté qui caractérise la construction européenne par quatre thématiques, à savoir l’appartenance à l’Union, l’extensibilité ou la réversibilité du transfert de droits souverains, la méthode communautaire et les sanctions financières. Il étudie dans le deuxième chapitre le principe d’attribution de compétences et la délimitation de celles-ci entre l’Union et ses États membres, s’attachant à en dégager la portée à la lumière d’autres principes institutionnels fondamentaux tels que le respect de l’identité nationale ou le principe de coopération loyale. Les principes qui gouvernent l’exercice des compétences attribuées sont également abordés. Enfin, dans le troisième chapitre, Thierry Ronse s’emploie à dégager une typologie des diverses compétences attribuées afin de déterminer en quoi elles contribuent à la réalisation du processus d’intégration amorcé par la déclaration Schuman et de voir quelle est l’étendue du dessaisissement de compétences dans le chef des États membres. Les caractéristiques spécifiques intrinsèques des compétences de l’Union sont également analysées. (MT)

*** TAKIS THEODOROPOULOS : Dans le pays de l’à peu près. A peu près moderne, à peu près européen, à peu près riche. Editions Metaixmio (118 rue Ippokratous, GR-11472 Athènes. Tél. : (30-211) 3003500 – fax : 3003562 – Courriel : metaixmio@metaixmio.gr – Internet : http://www.metaixmio.gr ). 2016, 208 p., 14, 40 €. ISBN 978-618-03-0728-3.

Pourquoi la Grèce est-elle devenue, en 200 ans d’existence, le pays de l’à peu près, celui qui s’est révélé incapable de traiter de façon créative sa relation avec l'antiquité classique ? Pourquoi l’identité grecque est-elle confuse, faisant des citoyens des à peu près Grecs, à peu près Européens, à peu près Orientaux, à peu près balkaniques, à peu près Méditerranéens ? Pour apporter des réponses à ces questions, Takis Theodoropoulos convie dans ces pages à une visite dans l'inconscient collectif de la société grecque, à mille lieues des analyses économiques et des stéréotypes politiques traditionnels. Ecrivain reconnu et chroniqueur dans le quotidien athénien « I Kathimerini », il décrit un psychodrame collectif à coup d’aphorismes moralisateurs, y mettant parfois, selon ses dires, « plus d'ironie que nécessaire », mais y prenant aussi parfois « les choses trop au sérieux ». Les textes de Takis Theodoropoulos parlent de la ville, des réfugiés, de la langue, de l'éducation, du grec ancien, soit ses sujets favoris qui permettent une observation kaléidoscopique de la réalité grecque et la mise à nu d’une société pleine de contradictions. (AKa)

*** DIMITRIS EVANGELIDIS : Les néo-gauchistes du nouveau régime après la dictature en Grèce (1974). Editions Infognomon (14 rue Filellinon, GR-10557 Athènes. Tél. : (30-210) 3316036 – fax : 3250421 – Courriel : info@infognomon.gr – Internet : http://www.infognomon.gr ). Collection « Alternance politique ».  2017, 177 p., 16 €. ISBN 978-618-5219-21-5.

Après la chute de la junte des colonels en 1974, la Grèce a vu émerger un nouveau type d’électorat de « gauche ». C’est à sa rencontre que va, dans ce livre, l’ethnologue Dimitris Evangelidis en observant qu’il s’est agrégé dans un réel climat de confiance et de sécurité. Même s’il n’a pas eu à faire face à des difficultés ou à de la persécution, il n’en a pas moins incarné un idéal qui a suscité l’admiration et suscité de nouvelles vocations. Ces gens, comme l’explique l’auteur, ont alors commencé à s'identifier, dans leurs déclarations, comme étant les « gauchistes », auréolés par leur « résistance » contre la « junte ». Ils ont par la suite revendiqué leur contribution aux « combats des affiches » ou leur participation aux réunions des partis politiques de la gauche clandestine. D’où cette question qui sert de fil conducteur à l’auteur dans ces pages : « (...) quelle relation peut avoir un communiste des années 30 ou 40, qui avait sa vie en danger, qui vivait tous les jours sous la menace de l'emprisonnement, de l'exil, de l’exécution, etc., avec un communiste de la période d’après la junte, qui tourne d'un panneau de télévision à l’autre et vend des idées dépassées comme des idées nouvelles en les présentant comme les siennes » ? (AKa) 

*** ANDREAS ANDREOU, GEORGIOS KOKKINOS (sous la dir.de) : L'histoire publique en Grèce. Les utilisations et les abus de l'histoire. Editions Epikentro (9 rue Kamvounion, GR-54621 Thessalonique. Tél. : (30-231) 0256146 – fax : 0256148 – Internet : http://www.epikentro.gr ). 2016, 392 p., 22 €. ISBN 978-960-458-531-1.

En Grèce, la crise du moment et l'incertitude quant à l’avenir suscitent des questions pressantes à propos du passé. Il en résulte une demande forte sur l'histoire au moment même où l'historiographie universitaire a perdu son monopole du fait de l’apparition d’outils qui, tels la culture historique, les sensibilités cognitives et les outils de recherche, prolifèrent, se démocratisent et se radicalisent. Ainsi, l'écart entre l'histoire académique et la vision que le grand public a du passé ne cesse de se creuser. La bouée qui subsiste est celle de l'histoire publique. Fruit des recherches d’une dizaine des chercheurs placés sous la houlette des Pr. Andreas Andreou (Université Aristote de Thessalonique) et Georgios Kokkinos (Université de la mer Egée), ce livre vise à familiariser le grand public avec ce qui fonde cette discipline et les résultats scientifiques qui en découlent. De la sorte, ils invitent le lecteur à revisiter le passé afin de consolider la mémoire et de marier l’identité à la véritable histoire qui en a été la matrice. (AKa)

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