Les ministres européens des Affaires étrangères ont appelé les États-Unis à continuer de respecter l’accord sur le nucléaire iranien, lundi 16 octobre dans une déclaration commune adoptée à Luxembourg.
Vendredi 13 octobre, le président américain avait refusé de certifier le plan d’action commun (JCPOA), renvoyant la balle au Congrès qui doit décider des suites à donner à cette non-certification (EUROPE 11883).
« L'UE encourage les États-Unis à maintenir leur engagement à l'égard du plan d'action global commun et, avant d'adopter toute nouvelle mesure, à prendre en considération ses implications sur leur sécurité nationale, celle de leurs partenaires et celle de la région », soulignent les ministres, prévenant que l’UE est « déterminée à ce que toutes les parties du plan d'action global commun continuent d'être intégralement et effectivement mises en œuvre ».
« Nous devons tout faire pour continuer l’accord, ne pas revenir à la confrontation et à des dangers militaires », a expliqué le ministre allemand Sigmar Gabriel à son arrivée au Conseil. Selon le Français Jean-Yves le Drian, si l’accord n’est pas respecté, il y a un « risque de relance d'une course à l’armement nucléaire ». « Cet accord est très important et ce serait une grande erreur si un de nos partenaires allait dans une autre direction », a estimé le Néerlandais Bert Koenders, souhaitant que le Congrès américain prenne « la bonne décision ».
Plusieurs ministres ont appelé à faire pression sur le Congrès américain. « Nous souhaitons vraiment que l’UE fasse pression sur le Congrès pour qu'il ne remette pas en cause cet accord », a souligné M. Le Drian, estimant qu’un « acte de rupture serait extrêmement dommageable ». « Il faut essayer de convaincre à Washington – on va faire ce travail en commun –auprès de l’administration américaine et du Congrès. On va continuer de plaider pour que les États-Unis participent à cette logique internationale », a renchéri le Belge Didier Reynders, précisant qu’il irait aux États-Unis dans « quelques semaines ».
Mme Mogherini à Washington début novembre. Interrogée par EUROPE, la Haute Représentante de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Federica Mogherini, a annoncé qu’elle se rendrait à Washington, « début novembre » soit « dans les prochaines trois semaines » pour discuter, entre autres, de cette question.
Les ministres ont aussi rappelé, dans leur déclaration, leurs préoccupations concernant les missiles balistiques et les tensions croissantes dans la région. Mais selon eux, ces questions doivent être traitées « en dehors du JCPOA, au sein des formations et enceintes appropriées ». Mais, selon Mme Mogherini, la communauté internationale ne sera, en aucune façon, dans une meilleure position pour discuter de ces questions sans que l'accord nucléaire ne soit en place.
Impact sur l'agenda de lutte contre la prolifération. De plus, les ministres ont rappelé que le JCPOA était un « pilier essentiel de l'architecture internationale de non-prolifération ». Plusieurs d’entre eux ont ainsi estimé que la remise en cause de l’accord était un mauvais exemple pour la Corée du Nord (voir autre nouvelle), avec qui la communauté internationale souhaiterait discuter pour mettre fin à ses programmes nucléaires et balistiques.
« Les ministres s’inquiètent que des messages sur le JCPOA puissent affecter négativement la possibilité de négocier, et même d’ouvrir l’espace pour négocier avec la Corée du Nord », a expliqué Mme Mogherini. Plus tôt dans la journée, elle avait estimé que toute mesure qui fragiliserait l’architecture mondiale de non-prolifération nucléaire, où que ce soit, rendrait le travail plus difficile sur la Corée du Nord.
« Si on ne respecte plus cet engagement (avec l’Iran), comment voulez-vous que l’on persuade la Corée du Nord » de négocier ?, a résumé le ministre luxembourgeois Jean Asselborn. Pour M. Reynders, « on doit respecter les accords conclus si l’on veut un jour (…) ouvrir un dialogue avec la Corée du Nord ». « Il faut démontrer que, quand un accord est conclu, on le respecte (...) si on veut obtenir la confiance de nos partenaires à l’avenir », a-t-il ajouté. (Camille-Cerise Gessant)