Les ministres européens de l’Environnement et du Climat, réunis vendredi 14 juillet à Tallin, ont appelé l’UE à encourager les villes, les régions, la société civile et les pays tiers de bonne volonté à aller de l’avant dans la mise en œuvre de l’Accord de Paris sur le climat.
C’est le principal message qu’ils ont exprimé au deuxième jour de leur réunion informelle à laquelle les avait conviés Siim Kiisler, le ministre estonien de l’Environnement qui préside le Conseil 'Environnement'.
La discussion était axée sur les opportunités et les défis liés à la promotion des objectifs de l’Accord de Paris et à la nécessité de promouvoir l’engagement des acteurs non étatiques (EUROPE 11827). Elle a été enrichie par les contributions de représentants éminents de la société civile européenne, américaine et africaine, tous désireux d’aller de l’avant : Laurence Tubiana, directrice générale de la Fondation européenne pour le climat, Charles O. Holliday, président de Royal Duch Shell et Seyni Nafo, président du groupe des négociateurs africains dans les négociations internationales sur le climat (qui fut porte-parole de l’Afrique à la COP 21) et ambassadeur pour le climat du Mali. Le partage de leur expérience et de leur vision de la coopération avec la société civile, le secteur privé et les pays en développement ont été très appréciés.
Comme la Présidence estonienne, qui a fait du climat une priorité de son mandat, les ministres des Vingt-huit considèrent qu’intensifier la coopération avec les acteurs locaux – villes et régions – et non étatiques – société civile et secteur privé – est à la fois une nécessité et le gage d’une action climatique efficace pour la mise en œuvre de l’Accord de Paris sur le climat après l'annonce du retrait des États-Unis. Les ministres ont également insisté sur la nécessité de financements pour faciliter le passage des énergies fossiles aux énergies renouvelables.
« C’est une contribution importante pour élaborer la position de l’UE pour la COP 23 à Bonn » (6-17 novembre, Bonn, sous la présidence de Fidji), a estimé Sim Kiisler. Les résultats de ces échanges informels permettront en effet au Conseil 'Environnement' d’adopter des conclusions formelles en octobre.
À la veille de cette session ministérielle informelle, le président américain, Donald Trump et le président français, Emmanuel Macron, avaient confirmé, dans une conférence de presse commune à Paris leurs divergences de vues sur l’Accord de Paris. M. Macron avait néanmoins rappelé « les engagements pris » et exprimé le souhait de « continuer à discuter avec les États-Unis ». Énigmatique, Donald Trump, n’avait pas exclu que « quelque chose puisse se passer ».
« L’Accord de Paris restera en vigueur et l’Europe demeurera le leader de la lutte contre le changement climatique, mais les gouvernements des pays de l’UE ne peuvent pas y réussir seuls. Nous devons coopérer étroitement avec notre secteur privé, avec notre société civile, et nous devons aussi coopérer étroitement avec nos partenaires extérieurs à l’Europe », a expliqué Siim Kiisler.
Rappelant que l'UE et ses États membres ont fourni en 2015 17,6 milliards d'euros pour soutenir les efforts d'adaptation et d'atténuation des pays en développement, il a assuré que l'UE continuera d'investir dans la coopération internationale au nom de la solidarité mondiale. Selon lui, « l'UE est du bon côté de l'histoire » par son rôle assumé de chef de file, mais aussi parce que « 40 % des brevets pour les renouvelables sont détenus par des entreprises européennes».
De l'avis du commissaire européen à l'Action climatique et à l'Energie, Miguel Arias Cañete, il faut « être attentif » aux acteurs non-étatiques, dont « le rôle sera absolument crucial ». Soulignant que le retrait annoncé des États-Unis de l'Accord de Paris a « galvanisé » l'engagement du monde à agir, il s'est réjoui que le gouverneur californien Brown compte organiser en septembre 2018, en Californie, un sommet des États fédérés qui réunira acteurs gouvernementaux et non étatiques sur les engagements de Paris.
Le commissaire a également appelé à parachever « le plus rapidement possible » le cadre législatif de l'UE Climat/Énergie Horizon 2030, ce à quoi la Présidence estonienne va s'employer d'ici au mois d'octobre.
La société civile américaine s'implique. Au nom de la société civile américaine, Charles O. Holliday a insisté sur l’importance du rôle des villes et des ONG américaines. « Nous sommes plus engagés que jamais », a-t-il déclaré. Ce seront les acteurs principaux de la lutte contre le changement climatique et elles seront présentes à la COP 23.
Le représentant de Royal Duch Shell a souligné le rôle de l’innovation et des investissements dans les énergies propres – les renouvelables – mais aussi dans le gaz en tant qu’étape intermédiaire indispensable vers le zéro émission. Et d'insister également sur l'importance de la coopération technologique au service de la mobilité électrifiée.
Mme Tubiana pour un réseau de diplomatie européenne. Laurence Tubiana, qui fut ambassadrice climat et négociatrice pour la France tout au long de la COP 21, avant de rejoindre le monde des ONG, a appelé à mettre en place un réseau de diplomatie climatique européenne capable de former une coalition d'acteurs des sphères publique et privée pour donner un élan à l'action.
Pas de misérabilisme en Afrique. L’ambassadeur Seyni Nafo, soulignant le potentiel énorme des renouvelables dont l’Afrique est dotée, a appelé à ne pas faire de misérabilisme mais à élargir les partenariats UE/Afrique à des partenaires tiers comme la Chine et l’Inde – pour des partenariats financiers générant des investissements dans les énergies propres.
Vendredi, les autorités régionales et locales européennes ont annoncé leur volonté de déployer au moins 2000 bus à zéro émission d’ici à 2019 et à porter la part des bus propres dans la flotte européenne des bus à 25% d’ici à 2025, contre 10-12% actuellement (voir autre nouvelle). (Aminata Niang)