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Bulletin Quotidien Europe N° 11775
PLÉNIÈRE DU PARLEMENT EUROPÉEN / Hongrie

Viktor Orbán défend son action et rappelle son désir d'appartenance à l'UE

Critiqué comme il l’avait déjà été en 2011 et 2012 au plus fort de la crise entre l’UE et Budapest pour de nombreuses réformes controversées, l’homme fort du Fidesz et dirigeant du gouvernement hongrois, Viktor Orbán, est venu défendre mercredi son action devant le Parlement européen et expliquer le principe de certaines nouvelles lois à nouveau décriées.

L’enfant terrible du PPE, qui fera d’ailleurs l’objet d’une discussion samedi matin au congrès du PPE en amont du Sommet spécial Brexit, est venu plus précisément justifier sa nouvelle loi sur les universités étrangères et le principe de la consultation 'Stop Bruxelles' sur les politiques européennes, notamment d’immigration, lancée le 1er avril.

Devant les députés, Viktor Orbán s’est d’abord réjoui que le dialogue soit possible et a même estimé qu’il était sain de dialoguer dans et sur l’UE plutôt que d’imposer des « déclarations unilatérales ». Il a essayé de convaincre les députés du bien-fondé de sa démarche, par exemple, sur l’Université d’Europe centrale du milliardaire Georges Soros, un « spéculateur », « ennemi de l’euro » qui a « détruit des milliers d’emplois d’Européens ».

La loi en question ne vise pas l’Université Georges Soros en tant que telle, mais les 28 universités étrangères de ce type et il convient de mettre un terme aux privilèges des universités étrangères par rapport aux universités européennes, a-t-il martelé. Il a d’ailleurs réfuté le fait que l'existence de cette Université d’Europe centrale soit menacée. Il a ainsi contesté les propos du recteur de cette université, Michael Ignatieff, présent à Bruxelles ces deux derniers jours pour expliquer la situation.

Quant à la consultation ‘Stop Bruxelles’, elle s’inscrit dans une pratique régulière de consultation pour préparer les positions du gouvernement à Bruxelles, a expliqué M.Orbán. La Hongrie et son gouvernement sont aussi « tout à fait engagés dans l’UE, c’est indéniable ». « C’est pour cela que j’ai signé la déclaration de Rome, je suis tout à fait d’accord, y compris avec le programme du PPE adopté à Malte ».

Mais « on est mécontent du fonctionnement du l’UE et quand on la critique c’est parce qu’on veut la réformer ». M. Orbán reste fermement opposé aux politiques de relocalisation des demandeurs d’asile. « Et on est assez irrité par le fait de ne pas pouvoir appeler un chat un chat ».

Face à lui, le Hongrois a dû faire face à des eurodéputés plutôt choqués par ses initiatives. Même le chef de file du PPE au PE, l’Allemand Manfred Weber, a dit ne pas comprendre la loi sur les universités étrangères. L'Université d’Europe centrale a toujours très bien fonctionné en « dispensant des diplômes nationaux et des diplômes américains ». L’Allemand a toutefois estimé que personne n’avait à donner de leçon au PPE sur qui doit ou qui ne doit pas être dans la famille politique. 

Du côté du groupe CRE, on s’est aussi agacé de ces « stigmatisations de pays » et demandé un débat plus large sur l’état des universités dans l’UE.

Mais les coups sont venus, sans surprise, des libéraux et des groupes de Gauche. Pour Guy Verhofstadt, chef de file de l’ADLE, Viktor Orbán a tout simplement renié tous ses principes, lui qui était pourtant si progressiste, même aux côtés de Georges Soros, quand il l’a rencontré pour la première fois, comme l’a relaté le Belge. « Vous étiez le Emmanuel Macron hongrois en 1989 », a même plaisanté Guy Verhofstadt. Mais « jusqu’où irez-vous maintenant ? ».  « Vous avez abandonné vos principes, vous voulez aller vers un État illibéral ».

Philippe Lamberts (belge) non plus ne reconnaît plus Viktor Orbán. « Je ne reconnais plus cette défense des droits et de la démocratie » qui avait amené Viktor Orbán en politique au lendemain de la chute du Rideau de fer. Le co-président des Verts/ALE a estimé qu’il était, au contraire, vital pour la Hongrie de rester ouverte, d’accepter la diversité, d’accepter une presse forte et indépendante, alors que le pays se ferme et refuse, par exemple, la relocalisation des réfugiés.

Le chef de file des S&D, l’Italien Gianni Pittella, a, lui, réitéré ses appels au PPE pour qu’il agisse et condamne Viktor Orbán. Pour lui, il s’agit d’une « obligation morale » de condamner cette situation hongroise. (Solenn Paulic)

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