Les pourparlers de paix ont beau piétiner, la Haute Représentante de l'UE pour les Affaires étrangères et le Politique de sécurité et la Commission européenne pensent déjà à la Syrie post-conflit.
Ainsi, dans leur communication conjointe de 18 pages proposant une stratégie européenne tournée vers l'avenir pour la Syrie, adoptée mardi 14 mars, la Haute Représentante et la Commission détaillent les « engagements de l’UE dans une planification précoce pour la transition et la reconstruction ». « Pour être prêts à agir rapidement et efficacement au moment opportun, les préparatifs doivent commencer à l'avance. Les besoins en investissements seront extrêmement importants et un effort global sera nécessaire », explique la communication conjointe.
Mais cet engagement ne se fera pas sans condition : l’UE ne contribuera pas à la reconstruction du pays avant qu'une « transition politique globale, authentique et inclusive soit en cours », prévient le document. Pas question non plus d’aligner les zéros. « Les acteurs extérieurs qui ont alimenté le conflit devraient assumer une responsabilité particulière pour les coûts de la reconstruction », ajoute-t-il. Selon la communication, en préparation d’une phase successive à un accord politique pour la paix, l'UE s'engagera avec les pays voisins de la Syrie, les institutions financières internationales arabes et d'autres parties concernées pour discuter des moyens par lesquels les voisins et les acteurs régionaux syriens peuvent contribuer à la reconstruction syrienne et au retour des réfugiés et personnes déplacées.
Une fois que la transition politique, en accord avec la résolution 2254 du Conseil de sécurité des Nations Unies et du Communiqué de Genève, aura commencé, l’UE pourrait, « de manière progressive et uniquement en réponse à des progrès concrets et mesurables », lever ses mesures restrictives à l’encontre de la Syrie, reprendre sa coopération et mobiliser des financements, notamment avec le Fonds fiduciaire pour la Syrie.
De même, « sans préjuger » des priorités de reconstruction définies par les Syriens, l’UE pourrait apporter son soutien dans le domaine de la sécurité, notamment à travers le financement du déminage et l'enlèvement des munitions non explosées, et l’élimination des agents chimiques et des armes légères et de petit calibre. L’appui des mécanismes locaux ou internationaux pour surveiller la cessation des hostilités pourrait être un autre secteur d’action. L'UE pourrait aussi soutenir la réforme du secteur de la sécurité et la démilitarisation, la démobilisation et la réintégration des anciens combattants dans la vie civile ou des services de sécurité réformés.
Immédiatement après l’accord de transition, l’UE pourrait aider au rétablissement rapide des prestations des services de base au niveau local (éducation, santé, eau, électricité, etc.) et accroître son soutien concernant les moyens de subsistance de la population. Les Européens pourraient aussi soutenir des processus inclusifs de réconciliation au niveau local et aider les autorités de transition à faire face aux problèmes les plus urgents tels que la situation des ex-détenus ou les personnes portées disparues, et concernant le retour des réfugiés et personnes déplacées.
À plus long terme, les Européens pourraient soutenir la réforme des institutions étatiques. La communication souligne aussi l’importance de la coordination internationale concernant la relance de l’économie syrienne. Une assistance macrofinancière de l'UE pourrait être mise à la disposition de la Syrie, et la Banque européenne d'investissement (BEI) ainsi que la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) pourraient aussi être mobilisées.
Cette communication commune de la Commission et de la Haute Représentante va désormais être présentée aux ministres des Affaires étrangères lors de leur Conseil du 3 avril et servira de contribution pour la conférence internationale sur la Syrie, prévue le 5 avril à Bruxelles (EUROPE 11740). (Camille-Cerise Gessant)