Aussitôt présenté, aussitôt débattu. Les groupes politiques au Parlement européen ont immédiatement profité de la présentation, mercredi 1er mars, du Livre blanc sur « l’avenir de l’Europe » pour se positionner sur les différents scénarios proposés (voir autre nouvelle).
À la question du président de la Commission, Jean-Claude Juncker, « Quo vadis Europa ? », tous les groupes politiques du PE se sont prêtés immédiatement au jeu, avec des réactions de nature diverse au contenu du Livre blanc, lors d'un débat en plénière à Bruxelles. L’appel de M. Juncker à un vaste débat a ainsi été pris au pied de la lettre, certains piochant dans les scénarios proposés, d’autres voulant faire preuve d’une certaine créativité.
Le président du Parlement, Antonio Tajani, a estimé qu'avoir réservé aux députés la primeur des options de la Commission constituait « la bonne façon de procéder ». Il a rappelé que le PE avait lui-aussi approuvé trois textes énonçant sa vision de l'avenir de l'UE (EUROPE 11727). Selon lui, la célébration fin mars à Rome du soixantième anniversaire du traité de Rome ne doit pas être une fête du souvenir, mais doit permettre de « travailler pour l'avenir en essayant de donner des réponses positives à nos concitoyens sur les grands choix que l'Europe doit faire ».
Au nom du groupe PPE, Esteban González Pons (espagnol) a salué la démarche de M. Juncker sans toutefois se positionner sur une des options formulées. D'après lui, pris isolément, aucun des scénarios ne répond aux besoins actuels. D’où son idée d’un sixième scénario, qui combinerait les cinq initiaux, puisque ces derniers ne sont pas, selon lui, mutuellement exclusifs.
Pour le groupe S&D, nul besoin de bricoler, puisque le scénario d’une intégration plus étroite, dans tous les domaines et à vingt-sept (scénario 5), est le seul envisageable. Néanmoins, l'Italien Gianni Pittella, qui préside le groupe, s’est dit « déçu » du choix opéré par la Commission. Cette déception découle de l’absence d’un « plan clair » pour renforcer l’Union. En prenant au mot M. Juncker sur le fait que ce dernier présidait une Commission résolument « politique », M. Pittella a dénoncé une approche digne d’une simple « administration ».
Le groupe CRE a clairement eu un coup de cœur pour le scénario 4, qui consiste à « faire moins mais de manière plus efficace ». Le scénario réduisant l’Union au marché unique n’est pas non plus pour lui déplaire. S’exprimant au nom du groupe, l'Allemande Ulrike Trebesius a affirmé que l’idée de concentrer les efforts au niveau européen sur des domaines d'action choisis, comme la lutte contre le terrorisme ou la protection des frontières, semble être la meilleure, même s’il faudrait insuffler une dose accrue de flexibilité en faveur des États membres.
Pour Guy Verhofstadt, il faut clairement réduire le débat à deux scénarios. Soit les Vingt-sept décident de se concentrer sur des domaines clés (scénario 4), soit ils s’engagent sur la voie d’une intégration large et plus étendue (scénario 5). Nous devons maintenant entamer une réflexion interinstitutionnelle, car nous avons besoin d’une offensive positive en faveur du projet européen, a-t-il plaidé pour le groupe ADLE, jugeant que le problème fondamental est que l’Union est toujours au stade d’une « confédération molle ».
Plaidant également pour un vaste débat, le groupe GUE/NGL voudrait plutôt que celui-ci ait lieu entre les citoyens dans l’objectif de parvenir à un réel changement de cap, selon le Français Patrick Le Hyaric. Un « changement de cap », c’est aussi ce qu’a préconisé, pour le groupe Verts/ALE, le Belge Philippe Lamberts. Estimant que la défiance des citoyens envers l’UE étant plus profonde que ne le laisse croire le Livre blanc, il a jugé qu’il fallait avoir une approche nouvelle et le courage de dire la « vérité historique », c’est-à-dire qu’il n’est pas possible de construire une union monétaire sans union politique, sociale, fiscale et démocratique.
Pour les groupes ELDD et ENL, le Livre blanc n’est que déception. Ils ont fustigé le fait que soient inlassablement resservies les mêmes idées sur la table, sans jamais reconnaître que l’Union est la source de la plupart des maux actuels. (Jan Kordys)