L'UE attend un signal au plus haut niveau politique de la Malaisie, en marge de la réunion des ministres de l'Économie des pays de l'ASEAN, le 10 mars prochain à Manille, à laquelle assistera la commissaire au Commerce, Cecilia Malmström, en vue d'une reprise des négociations pour un accord de libre-échange, mises en pause en 2012, à la veille des élections générales malaisiennes de 2013.
« Depuis la conclusion de l'accord de partenariat transpacifique (TPP), en 2015, et depuis qu'elle a perdu (en 2010, NDLR) son statut de bénéficiaire du SPG (système de préférences généralisées) de l'UE en tant que pays à revenu intermédiaire, la Malaisie est revenue frapper à notre porte pour se réengager dans les pourparlers de libre-échange et voir comment reprendre les discussions », a expliqué le chef adjoint de l'unité Asie du Sud-Est de la DG Commerce de la Commission, Filip Deraedt, devant la commission 'commerce international' du Parlement européen, mardi 28 février. « C'est encore plus le cas depuis que le TPP est dans les limbes. Et la Malaisie redoute la concurrence de notre accord avec le Vietnam et voit avec méfiance qu'on a ouvert des négociations avec d'autres pays concurrents dans la zone ASEAN », a-t-il ajouté.
« Les défis sont les mêmes, en substance, et nous devons voir comment reprendre les pourparlers de manière à ce que nous ne nous retrouvions pas bloqués encore une fois à cause d'attentes différentes », a poursuivi M. Deraedt, soulignant la nécessité que la Malaisie « accepte de bouger au-delà » de ce qui a été laissé sur la table en 2012, de discuter sur de nouveaux sujets - énergie et matières premières, PME, système d'arbitrage des litiges en matière d'investissement - et « d'aller au-delà de ses engagements à l'égard du TPP » en discutant des marchés publics et des indications géographiques.
« Jusqu'à présent, les Malaisiens ont fait part de leur volonté de discuter de ces sujets, mais il n'y a pas de vrai réengagement concret. La Malaisie a dit qu'elle a des limites très claires. Nous verrons le 10 mars si nous obtenons des assurances du ministre malaisien du Commerce, Mustapa Mohamed. Bien sûr, la situation est délicate, il y a des impératifs politiques. Ce qu'il faut, c'est un bon niveau d'ambition, au moins équivalent à ce que nous avons eu avec le Vietnam », a expliqué M. Deraedt, saluant toutefois des « mouvements » de Kuala Lumpur depuis 2012 sur les questions des calendriers de libéralisation tarifaire, la protection des droits de propriété intellectuelle et les marchés publics.
Les questions liées à l'huile de palme, « produit très emblématique » dans lequel la Malaisie a un « fort intérêt offensif », comme les droits à l'exportation, la durabilité et la gestion des forêts « devront faire partie de l'équilibre à trouver », a ajouté M. Deraedt, soulignant les efforts de la Malaisie pour mettre en place un système contraignant de certification et progresser sur le développement durable.
Le rapporteur, Syed Kamall (CRE, britannique) a rappelé que la Malaisie était le troisième partenaire commercial de l'UE dans la zone ASEAN, soulignant que les importations depuis ce pays, la plupart agricoles, avaient augmenté de 16% entre 2014 et 2015, que les investissements directs étrangers de l'UE dans le pays dépassaient les 8 milliards d'euros et que Kuala Lumpur montrait un engagement à libéraliser son marché des services. « Nous devrions essayer de conclure un tel accord », a-t-il insisté, appelant aussi à régler la « question épineuse » de l'huile de palme. « Nous devrions discuter des questions sur le terrain et pas nous baser sur des préjugés. Les superficies de forêt sont en augmentation dans le pays, selon les chiffres de l'ONU », a-t-il ajouté. M. Kamall a aussi appelé à « profiter de la dynamique qui s'est créée », illustrée par la baisse du taux de pauvreté en Malaisie, de 49,3% en 1970 à 5,7% en 2004.
David Martin (S&D, britannique) a plaidé pour l'inclusion d'un « chapitre strict » sur le développement durable, avec des mécanismes contraignants et la prise en compte des droits de l'homme. « L'UE devrait faire un copier-coller du chapitre sur la protection de la vie sauvage et de l'environnement dans l'accord avec le Vietnam et l'étendre à l'huile de palme », a-t-il conclu. (Emmanuel Hagry)