Alors qu’ils redoutent de nouvelles arrivées sur les côtes italiennes au printemps, les leaders européens vont tenter de s’accorder, vendredi 3 février lors d’un sommet européen informel à La Valette, sur les mesures pour limiter les départs de migrants depuis les côtes libyennes.
« Après avoir stabilisé la situation en Méditerranée orientale, nous nous concentrerons cette fois sur des mesures opérationnelles pour relever le défi des flux massifs de migrants irréguliers dans la région de la Méditerranée centrale », a indiqué Donald Tusk, mardi 31 janvier dans sa lettre d’invitation aux leaders européens. « Nous poursuivrons notre action à long terme avec les partenaires africains dans le cadre du Partenariat et du Plan d'action de La Valette. Mais la situation sur le terrain nécessite une action immédiate et urgente, avec et autour de la Libye, où la grande majorité des migrants irréguliers partent », a-t-il ajouté.
Dix jours après la présentation par la Commission européenne d’un ensemble d’actions spécifiques (EUROPE 11711), les Vingt-huit devraient donc reprendre ce plan à leur compte et insister à la fois sur l’aide à la formation des gardes-côtes libyens et sur l’aide au développement socio-économique des pays d'origine et de transit des candidats au départ. Devraient aussi être soutenus les projets de l’Organisation internationale pour la migration (OIM) ou du Haut-commissariat de l'ONU aux réfugiés destiné à améliorer les conditions de vies des migrants en Libye ou bien dans les pays voisins.
Ces mesures risquent de ne pas permettre d’éviter les nouveaux flux que les Vingt-huit redoutent au printemps, a concédé mardi 31 janvier une source diplomatique nationale.
181 000 personnes sont arrivées en Italie en 2016. Par rapport à 2015, les arrivées de migrants provenant de Libye ont augmenté de +18% en 2016, 90% de ces arrivées ayant lieu en Italie. « Combien de temps l'Italie pourra-t-elle tenir ? », s'est interrogé un diplomate national, mercredi 1er février.
Le problème central : l'État libyen défaillant
Les Européens font face à un obstacle majeur, à savoir l’absence d'un État viable en Libye et de véritables interlocuteurs. Le commissaire européen à la Migration, Dimitris Avramopoulos, a déjà pointé du doigt ce problème devant la commission 'libertés civiles' du PE.
Le Premier ministre du gouvernement d'unité nationale libyen, Fayez al-Sarraj, est à Bruxelles depuis mercredi. Il s’entretiendra, jeudi, avec le président du Conseil européen, Donald Tusk, et la Haute Représentante pour la Politique de sécurité et les Affaires étrangères, Federica Mogherini.
Pas de parallèle avec l'accord migratoire avec la Turquie
Aucun accord spécifique, basé notamment sur le renvoi de migrants vers la Libye, ne devrait en tout cas être marqué lors de cette réunion. Les États membres estiment majoritairement que les situations de la Libye et de la Turquie ne peuvent être comparées et recevoir la même réponse (EUROPE 11515). Les discussions se concentreront donc sur le degré d’intensité de l’assistance à fournir aux autorités libyennes, l’Italie et Malte étant particulièrement concernées.
D’autres pays, a dit cette source diplomatique, pourraient aussi demander à ce que la Grèce et la route de la Mer Egée ne soit pas oubliées des discussions. C’est le souhait de certaines délégations qui ne veulent pas que soit mis sur la table le sujet plus clivant de l’asile, à savoir la concrétisation du principe de solidarité entre les États membres (EUROPE 11712). (Solenn Paulic)