Le deuxième rapport sur l'état d'avancement du projet d'Union de l'énergie, dévoilé par la Commission mercredi 1er février, montre que la modernisation de l'économie de l'UE et la transition vers un système énergétique à faible intensité de carbone sont en bonne voie.
Ce document, qui dresse un état des lieux de l'Union de l'énergie, le vaste projet d'intégration européenne dans le domaine de l'énergie lancé début 2014 par la Commission Juncker pour renforcer l'indépendance énergétique de l'UE et soutenir sa transition durable, met en exergue de nouveaux progrès dans la mise en œuvre des objectifs énergétiques et climatiques du bloc à l'horizon 2020, depuis le premier rapport de progrès, en novembre 2015 (EUROPE 11433).
Il souligne en premier lieu que l'UE a clairement dissocié la croissance de son PIB, qui a crû de 50% entre 1990 et 2015, de celle de ses émissions de carbone, qui ont diminué de 22% sur la période.
L'UE est aussi sur la bonne voie dans le secteur des énergies renouvelables, dont la part dans le bouquet énergétique de l'UE a progressé de 16% en 2014 à 16,5% en 2015, selon des premiers chiffres, mettant l'UE dans son ensemble sur la bonne voie pour atteindre son objectif de 20% d'ici 2020. En outre, les renouvelables généraient 27,5% de l'électricité produite en 2014 contre 21,7% en 2011, une part qui devrait atteindre 50% d'ici 2030. Selon le rapport, les efforts initiaux de l'UE pour promouvoir le recours aux renouvelables ont dynamisé cette croissance continue qui a entraîné une baisse des coûts des énergies vertes, les rendant rentables et parfois moins chères que les combustibles fossiles. Le secteur joue un rôle clé pour l'économie de l'UE, avec un chiffre d'affaires de près de 144 milliards € en 2014 et plus d'un million de personnes employées. En revanche, les investissements européens dans le secteur ont chuté de plus de 50% depuis 2011 pour atteindre 44 milliards € en 2016 à contresens de la tendance mondiale (plus de 260 milliards € d'investissement à l'échelle mondiale l'an dernier).
La Commission est aussi confiante que l'UE est sur la bonne voie pour atteindre son objectif de 20% d'amélioration de l'efficacité énergétique d'ici 2020. En ce qui concerne la consommation finale d'énergie (énergie utilisée par les utilisateurs finaux - les consommateurs résidentiels, l'industrie et les services), l'Europe a déjà atteint son objectif de 2020 : en 2014, elle a consommé 1062 millions de tonnes équivalent pétrole (Mtep), soit 2,2% de moins que l'objectif indicatif de 1086 Mtep pour 2020, et la consommation finale d'énergie a chuté de 11% entre 2005 et 2014. En ce qui concerne la consommation d'énergie primaire (qui inclut la consommation finale d'énergie, les secteurs de production ainsi que les pertes de distribution), l'Europe n'a pas encore atteint son objectif de 2020 : elle a utilisé 1507 Mtep en 2014, un chiffre de 1,6% supérieur à l'objectif de 1483 Mtep pour 2020. Néanmoins, l'UE est sur la bonne voie puisque sa consommation d'énergie primaire a chuté de 12% entre 2005 et 2014, même si la consommation d'énergie primaire a légèrement augmenté de 2014 à 2015.
Dans la lignée du leadership de l'UE en matière de diplomatie climatique (la ratification rapide par l'UE de l'accord international sur le climat de 2015 a permis son entrée en vigueur fin 2016), l'UE progresse dans sa diplomatie en matière d'énergie, qui vise à renforcer la sécurité de l'approvisionnement énergétique de l'UE grâce à une diversification accrue, à accroître ses exportations de technologies propres et à stimuler la compétitivité industrielle de l'Europe, souligne la Commission.
L'année 2016 a permis d'étoffer le cadre stratégique de l'Union de l'énergie posé en 2014 avec deux paquets de mesures (incluant des initiatives législatives et non législatives) : le paquet sur la sécurité gazière, mis sur la table en février (EUROPE 11491), et le paquet pour l'énergie propre, présenté en novembre (EUROPE 11679). En outre, la Commission a présenté une stratégie européenne pour une mobilité à faibles émissions avec pour ambition de réduire les émissions de gaz à effet de serre du secteur des transports d'au moins 60%, à leur niveau de 1990, et tendre résolument vers un taux zéro, a rappelé mercredi le vice-président de la Commission en charge de l'Union de l'énergie, Maroš Šefčovič.
M. Šefčovič a en revanche souligné plusieurs points négatifs : - le niveau d'interconnexion électrique insuffisant entre les États membres, 11 d'entre eux n'ayant toujours pas atteint le seuil de 10% et 7 États membres étant encore confrontés à des problèmes de goulets d'étranglement ; - l'évolution des prix de détail ne suit pas la tendance à la baisse des prix de gros, participant à la hausse de la pauvreté énergétique constatée depuis 2005.
Cet état des lieux sera suivi d'une nouvelle analyse approfondie des politiques des États membres par le biais d'une nouvelle tournée de M. Šefčovič à travers l'Europe, tout au long de l'année 2017, pour faire campagne pour stimuler la mise en œuvre rapide de l'Union de l'énergie à plusieurs niveaux. Au niveau des États membres M. Šefčovič discutera des plans nationaux sur l'énergie et le climat et veillera à ce que ces instruments soient présentés « avant fin 2017 ». Au niveau local, cette tournée lui permettra de présenter les projets locaux les plus prometteurs et les plus novateurs aux niveaux urbain et régional pour stimuler leur financement, un dossier sur lequel la Commission travaille activement en coopération avec le Comité des régions. (Emmanuel Hagry)