*** JEAN-LUC SAURON : Faites l’Europe, pas la guerre. Réformer la France – Réorienter l’Europe. Gualino éditeur (Lextenso éditions, 70 rue du Gouverneur Général Eboué, F-92131 Issy-les-Moulineaux cedex. Tél. : (33-1) 40934000 – fax : 40518185 – Internet : http://www.lextenso-editions.fr ). 2016, 69 p., 9 €. ISBN 978-2-297-06131-5.
Sous ce titre qui fleure bon les années 60 et Mai 1968, un Français grand connaisseur et amoureux de l’Europe avance des idées qu’il espère voir débattues lors de la campagne pour la présidentielle française, tant il est vrai, à ses yeux, que « la place de la France en Europe » est une « question centrale pour l’avenir du pays ». Il a parfaitement raison, même s’il n’est pas sûr qu’il soit entendu. En tout cas, beaucoup de points qu’il soulève dans ce court essai méritent d’être pris en considération partout dans l’Union, par exemple lorsque cet activiste lui qui enseigne le droit européen à Strasbourg et à Paris Dauphine invite toutes les classes politiques nationales à « arrêter de refiler le mistigri de la crise à Bruxelles » car « cette (im)posture politique » finira en définitive à « multiplier les crises démocratiques nationales et (…) à fragiliser ou détruire le boucler collectif de l’Europe à 27 ».
A 27 et pas à 28, tant il est vrai que Jean-Luc Sauron commence par prendre acte du Brexit et à en tirer quelques leçons. Il y voit moins une faute des Britanniques que la conséquence malheureuse de la volonté de certains de faire de l’Europe le laboratoire régional d’une « mondialisation heureuse », ce processus ayant notamment conduit dirigeants et citoyens à baigner « dans une atmosphère de désengagement politique et de baisse de l’interventionnisme étatique ». Le Brexit a donc eu « le mérite de réveiller le monde européen de son rêve de neutralité politique et de désengagement des affaires du monde », les Britanniques étant d’autant moins à blâmer qu’ils ont aussi dit leur « refus d’un développement économique qui marginalise la poursuite du bien-être social de tous comme objectif majeur de la politique publique ». Comme les dirigeants politiques des Etats membres ne cessent de prétendre, à tort, que tout ce qui arrive de mal à pour origine « Bruxelles » qui « impose ses décisions au mépris des demandes gouvernementales », les citoyens britanniques en ont conclu, à tort aussi, que la seule solution était de quitter l’Europe. Comme c’est aussi « ce que veulent exprimer les votes populistes dans le reste de l’Europe », il est urgent, pour les partisans de la construction européenne, de rectifier le tir, tant il est vrai que saborder l’Union équivaudrait, pour les Etats membres et leurs citoyens, à un suicide. Il faut donc, entre autres, regagner la bataille de l’opinion pour asseoir la crédibilité de l’Union dans le monde, ce qui ne sera pas mince affaire sachant qu’il ne reste à Bruxelles, observe-t-il, « qu’une seule lettre d’information confidentielle sur les affaires européennes en français », à savoir l’Agence Europe, alors que « les autorités russes y installent une équipe de Russia Today » et que le « site d’information américain Politico » y a établi une antenne…
Pour aborder le monde changeant et menaçant qui s’ouvre devant les Européens sans risquer de voir l’Europe devenir un acteur marginal, il importe dès lors de se ressaisir. De quelle manière ? Pour l’auteur, il convient d’abord de « reconstruire la démocratie nationale pour redonner au peuple le contrôle de sa destinée européenne ». Parmi les idées qu’il avance à cette fin, il y a notamment celle visant à nationaliser les questions européennes, ce qui est une manière de dire que le prétendu déficit démocratique dont pâtit l’Union procède, dans la plupart des Etats membres, d’une mise à l’écart des parlementaires nationaux par les exécutifs. « Il faut définitivement écarter le mythe du caractère diplomatique des négociations à Bruxelles, sous la seule conduite de l’exécutif, pour y substituer le suivi et la responsabilité politique conjoints des décideurs élus en France », plaide-t-il avec lucidité. Ce serait à l’évidence, en France et dans beaucoup d’autres Etats membres, une bonne entrée en matière pour damer le pion aux populistes et autres nationalistes d’un extrême ou de l’autre. A partir de ce socle national refondé, il formule ensuite des propositions en vue de « mieux associer les Etats membres de l’Union européenne au sein de communautés régionales dans le respect de leur souveraineté nationale » et, enfin, d’engager des « coopérations stratégiques » dans des domaines échappant aux compétences de l’Union. Toutes ces idées sont-elles judicieuses ? Peut-être pas. Toutes sont par contre pertinentes dans la mesure où elles obligent le lecteur à penser à ce qu’il serait possible de mettre en chantier afin que les eurosceptiques et les europhobes ne puissent pas avoir le mot de la fin ! Michel Theys
*** Politique. Revue de débats. ASBL Politique (9 rue du Faucon, B-1000 Bruxelles. Tél. : (32-2) 5386996 – Courriel : secretariat@politique.eu.org – Internet : http://politique.eu.org ). Novembre-décembre 2016, n° 97, 84 p., 9 €. Abonnement : 40 €.
Ce numéro de la revue progressiste de Belgique francophone est le dernier d’une longue série : à l’approche de son vingtième anniversaire et de son centième numéro, Politique revêtira des atours nouveaux dès le premier numéro à paraître en 2017, ce qui entraînera aussi un changement des formules d’abonnement. En attendant, ce numéro fin de série comporte un dossier très complet et pédagogique sur la franc-maçonnerie et des articles consacrés entre autres à la mort de Shimon Pérès (qui, une fois de plus, a rendu « les vivants amnésiques »), aux océans, « patrimoine commun oublié de la COP21 », au Nicaragua passé « du sandinisme à l’orteguisme » et aux « balafres » du Burundi. Tandis que l’éditorial dénonce « l’ADN » et la « logique d’airain du capitalisme financier » qui imposent de trouver un « chemin alternatif », Jérôme Jamin dépeint en termes fort sombres l’état de l’Union européenne à la lumière du parcours de José Manuel Barroso, mais aussi de Jean-Claude Juncker qui se trouve accusé d’avoir « utilisé son expertise en matière d’évasion fiscale pour faire accepter le modèle de son pays natal à toute l’Europe ». L’accusation paraît excessive, autant que l’affirmation selon laquelle le Luxembourgeois serait arrivé à la tête de la Commission « contre l’opinion » alors qu’il est le premier à avoir été imposé aux chefs d’Etat et de gouvernement par les citoyens européens lors d’un scrutin européen… (MT)
*** LEANDROS BOLARIS, KOSTAS PITTAS (sous la dir.de) : Crise dans l'UE et alternative anticapitaliste. Editions Librairie Marxiste (14-16 rue Fidiou, GR-10678 Athènes. Tél. : (30- 210) 5247584 – fax : 5227177 – Courriel : marxistiko@yahoo.fr – Internet : http://www.marxistiko.gr ). 2016, 156 p., 10,60 €. ISBN 978-960-7967-99-2.
Mars 2017 marquera le 60ème anniversaire du traité de Rome ayant donné naissance à la Communauté économique européenne, précurseur de l'Union européenne d’aujourd’hui. Beaucoup de fêtes seront organisées pour marquer l’événement, mais aucune ne parviendra à cacher la réalité actuelle : le grand projet européen est en crise. L’Union affiche des fissures qui sont aussi évidentes que profondes, tant sur le plan économique que sur le plan politique. Aujourd'hui, l’Europe qui se voulait terre promise pour toutes les populations, dans et autour d'elle, en arrive à imposer une austérité brutale aux franges les plus faibles du peuple, mais aussi à élever des clôtures pour contenir les réfugiés, ce qui la rend responsable de la conversion de la Méditerranée en tombe maritime pour des milliers d’âmes, alors qu’enflent aussi la terreur raciste et l'islamophobie. Pour les auteurs, journalistes actifs dans des journaux marxistes, l’Union révèle ainsi au grand jour sa vraie nature, à savoir celle d’une organisation ancrée dans les besoins du capitalisme. Les documents sur lesquels s’appuie cet ouvrage tendent à montrer que le regard anticapitaliste aurait été plus judicieux pour analyser de manière réaliste le cours de l'Union européenne et pour susciter une résistance ouvrière efficace. (AKa)
*** LOUDOVIKOS KOTSONOPOULOS : Le consensus perdu. L'Etat social, le capitalisme, la démocratie. Editions Sakis Karagiorgas (16 rue Marathonodromon, GR-17671 Athènes. Tél. : (30-210) 9560807 – fax : 9560807 – Courriel : idrymask@gmail.com – Internet : http://www.karagiorgas-foundation.gr ). 2016, 248 p., 15 €. ISBN 978-960-7087-38-6.
Comment est-il possible que beaucoup de sociétés occidentales soient nettement plus riches qu'elles ne l’étaient dans les années 70 et que l’Etat social y soit beaucoup plus faible que par le passé, alors que toutes sont aujourd’hui confrontées au drame d'une constante austérité ? La réponse se trouve dans la forme de consensus qui se forme à chaque période de l’histoire entre le capitalisme et la démocratie. C’est ce que rappelle dans ces pages Loudovikos Kotsonopoulos qui, après avoir enseigné l'histoire de la politique sociale, anime notamment au département de sciences politiques de l’Université Panteion un séminaire intitulé « l'État social et le capitalisme : transformations institutionnelles, de la fin du consensus keynésien à la crise actuelle ». Dans ce livre, il aborde les différentes formes qu’a pu prendre cette relation dans la période de l'après-guerre en se référant aux théories relatives à l'Etat social. Il met l'accent sur les itinéraires qui ont rendu ce dernier légitime jusqu'à la dernière crise capitaliste. (AKa)