login
login
Image header Agence Europe
Bulletin Quotidien Europe N° 11667
Sommaire Publication complète Par article 40 / 40
SUPPLÉMENT HEBDOMADAIRE / Bibliothèque européenne

***   PAUL JORION, BRUNO COLMANT : Penser l’économie autrement. Conversations avec Marc Lambrechts. Arthème F ayard (13 rue de Montparnasse, F-75006 Paris. Tél. : (33-1) 45498200 – Courriel : info-fayard@editions-fayard.fr – Internet : http://www.fayard.fr ). Collection « Pluriel ». 2016, 251 p., 8 €. ISBN 978-2-8185-0516-8.

Stiglitz, Varoufakis, Galbraith… : les grands noms de la science économique qui sonnent sans cesse le tocsin parce que l’Europe et la majorité de ses citoyens seraient chaque jour un peu plus conduits au bord du précipice du fait de politiques inadaptées qui sont imposées au sein de l’Union, de la zone euro en particulier, tiennent le haut du pavé dans le domaine de l’édition. Le fait qu’ils ne soient pas entendus dans les cénacles où le sort de la construction de l’Europe se décide n’a pas empêché Paul Jorion et Bruno Colmant à mêler leurs voix à leurs réquisitoires. Tout, pourtant, aurait dû les conduire à ne pas se rencontrer, en tout cas sur le plan des idées. Professeur de finance après avoir été banquier et directeur d’une Bourse de valeurs, Bruno Colmant a le profil de l’économiste de droite. Anthropologue et sociologue de formation, Paul Jorion a été, pour sa part, le « prophète » qui a annoncé la catastrophe des subprimes et, devenu économiste par accident, au gré de ses pérégrinations dans le monde de la finance, il avoue quelques penchants révolutionnaires et privilégie le regard décalé. Pourtant, dans ce livre d’entretiens réalisés sous la houlette du journaliste Marc Lambrechts, les deux compères belges se complètent beaucoup plus dans les diagnostics qu’ils posent qu’ils ne se déchirent sur le plan des idées.

Les convergences des vues apparaissent au grand jour dès le premier chapitre, intitulé « penseur de gauche contre économiste de droite ». Ces convergences sont assassines pour les médications administrées à l’Europe, par exemple pour ce qui est des dettes publiques, lesquelles sont « une véritable épée de Damoclès au-dessus de nos têtes ». Au départ, Bruno Colmant pensait que ce problème pourrait être résolu par la planche à billets et par une hausse de l’inflation. Paul Jorion lui a rétorqué qu’un… « défaut de paiement généralisé serait nécessaire pour remettre à zéro les compteurs de la dette des pays de la zone euro », et son contradicteur en est arrivé à reconnaître qu’il avait raison, même si les deux hommes peuvent diverger sur les modalités de cet effacement. Et l’économiste « de droite » de fustiger les dirigeants européens qui imposent des « politiques d’austérité mortifères », leur lançant : « Il est impossible – je dis bien strictement impossible – de financer les dettes publiques existantes et différées (pensions, soins de santé) avec des politiques d’austérité » assorties à une « monnaie forte ». Et de les inviter, par conséquent à relire le… « Marx économiste » qui avertissait que, « si la dette ne s’ajuste pas aux réalités de l’économie, l’implosion sociale est inévitable ». Et d’observer que Karl Marx avait sans doute raison sur ce point, ajoutant avec causticité : « c’est peut-être ce que nos instances européennes attendent : l’urgence d’un choc social qui les force à l’action par résignation. Un peu comme pour les emprunts russes… » Par contre, il répugne à suivre son compère « révolutionnaire » lorsque celui-ci observe que le capitalisme, comme tout système, est susceptible de se briser, ce que Jorion pressent quant à lui : « Quand certains disent que le capitalisme s’en sortira toujours, je ne comprends pas ce qu’ils cherchent à dire : le fait que cela ait été le cas jusqu’ici n’est pas une garantie pour l’avenir. Je pourrais tout aussi bien prétendre que je suis immortel puisque je ne suis jamais mort jusqu’à présent ». Imparable !

Les chapitres suivants ont pour titres « Quel modèle économique choisir ? », « Le piège de la dette publique », « Quelle banque centrale pour l’Europe ? », « Spéculation et Bourse, des dérives à combattre », « Travail et emploi : quelles solutions ? », « La finance de demain », « Quel rôle pour les économistes ? », « Quand Friedman rencontre Keynes », le tout étant ponctué par des conclusions elles aussi radicales que bien des « responsables », à n’en pas douter, jugeront iconoclastes. Au fil des pages, il est ainsi notamment question de l’Allemagne qui « pourrait faire sécession monétaire », d’un « grand soir fédéraliste » qui, le temps d’un week-end, pourrait décider un « défaut de la zone euro dans son ensemble, accompagné d’une mutualisation de la dette et d’une unification fiscale de la zone », ce qui permettrait de réparer d’un seul coup « soixante-cinq ans d’unification européenne ratée », de la spéculation qui devrait se voir purement et simplement interdite, comme c’était le cas « en Suisse jusqu’en 1860, en Belgique jusqu’en 1867, et en France jusqu’en 1885 ». Pour la bonne bouche, retenons aussi que Paul Jorion oppose avec mépris, à ceux qui exigent des chômeurs qu’ils retrouvent par eux-mêmes un emploi bien entendu inexistant, l’idée novatrice du… XIXème siècle avancée par le philosophe économiste suisse Jean Charles Léonard Simonde de Sismondi voulant « que tout individu remplacé par une machine reçoive à vie une rente perçue sur la richesse que cette machine crée désormais à la place de celui qu’elle a remplacé ». A l’évidence, il est des idées qui restent par trop révolutionnaires très longtemps après avoir été émises… Michel Theys

 

***    BERNARD MARIS : L’avenir du capitalisme. Editions Les liens qui libèrent (2 impasse de Conti, F-75006 Paris. Internet : http://www.editionslesliensquiliberent.fr ). 2016, 69 p., 7,80 €. ISBN 979-10-209-0405-8.

Bernard Maris était l’« oncle Bernard » qui parlait d’économie aux lecteurs de Charlie Hebdo. Il en est devenu depuis l’un des martyrs, comptant parmi les victimes de l’attaque terroriste islamiste le 7 janvier de l’année dernière. Ce petit ouvrage – prolongement d’une conférence qu’il avait donnée cinq ans plus tôt à l’Institut Diderot – le voit analyser avec finesse les fondements et l’esprit du capitalisme. Dans sa préface, le philosophe Dominique Lecourt rappelle que cet « esprit libre », cet humaniste « critique », s’intéressait aux « grandes orientations touchant à la place de l’économie dans la société », lui qui, dans un précédent ouvrage (Antimanuel d’économie), s’était déjà adressé « à tous ceux qui n’acceptent pas de voir l’économie réduite aux calculs ». Il poursuit cette réflexion dans ces pages en montrant que le capitalisme est synonyme de rationalisation du monde, emprise du calcul et de la technique, accumulation infinie, substitution du temps linéaire au temps cyclique. Et à la question de savoir si nous sommes irrémédiablement condamnés à incarner le règne de « l’homoeconomicus », il laisse entrevoir la possible arrivée de « l’homo benignus », à savoir de l’homme de l’altruisme et de la gratuité qui, déjà, existe dans le monde capitaliste. (MT)

 

***   STERGIOS BABANATSIS : Comparaison de systèmes sociaux : les sociétés précapitalistes, le capitalisme, le socialisme. Editions Papazisi (2 rue Nikitara, GR-10678 Athènes. Tél. :(30-210) 3822496 – fax : 3809020 – Courriel : papazisi@otenet.gr - Internet : http://www.papazisi.gr ). 2016, 564 p., 33,92 €. ISBN 978-960-02-3221-9.

Dans ce nouveau livre, Stergios Babanasis, professeur à l'Université de Budapest et professeur visiteur à l'Université économique d'Athènes, procède à une analyse comparative des systèmes sociaux. Son introduction consiste en une brève présentation comparative des systèmes sociaux précapitalistes : la société primitive, la société d'esclavage propre au mode de production asiatique, la société féodale. Il analyse ensuite de la même manière les caractéristiques de base du capitalisme et du socialisme en tant que systèmes d'idées et de valeurs. Il s’intéresse notamment très attentivement à la manière dont le mouvement et le système politique et social socialistes ont pris corps et se sont développés en Union soviétique et dans d'autres anciens pays socialistes, ce qui l’amène à étudier entre autres les relations de propriété et les rapports de classe, les formes, l'organisation et la gestion d'entreprise, les systèmes financiers, le rôle de l'Etat face au marché, l'économie pure de marché, l'économie mixte et l’économie planifiée, le rôle assigné au système politique et à la démocratie, les performances économiques, le développement des forces productives, le rôle de l'innovation, la distribution et la redistribution des revenus, l'emploi et le chômage, le niveau de vie, la pauvreté, la place de l'Etat social dans les systèmes capitaliste et socialiste. Il aborde également les questions de concurrence, la coopération, la convergence et la divergence entre les deux systèmes. Tous ces thèmes sont abordés de manière critique au fil d’une analyse se voulant avant tout objective et raisonnée, l’auteur allant au-delà des théories pour s’employer à saisir les effets positifs et négatifs de chacun des systèmes, de nombreuses statistiques rythmant le livre à cette fin. Comme Stergios Babanatsis le relève lui-même, d'innombrables livres ont déjà été consacrés à ces questions, mais l’originalité de son apport réside dans la confrontation et la comparaison directes du capitalisme et du système socialiste à la lumière de leurs interprétations théoriques et des résultats concrets de leur fonctionnement pratique. En tout cas, l’analyse comparative qu’il offre permet de mettre en évidence les principales caractéristiques, les différences et les similitudes, les avantages et les inconvénients, les limites économiques, sociales et environnementales du capitalisme et du système socialiste. L’ouvrage est ponctué par de riches conclusions, lesquelles sont tirées par un qui connaît les deux systèmes, ayant vécu 45 ans au sein du monde capitaliste et 35 ans dans le système communiste. Cette contribution à l'étude de l'évolution historique et du fonctionnement des systèmes sociaux qui ont dominé le XXème siècle enrichit à l’évidence la littérature d'économie comparée, l'économie politique et d'autres sujets encore. (AKa)

 

***   GIORGOS KARABELIAS : Le dépassement : au-delà de la gauche et de la droite. Editions Enallaktikes ekdoseis (37 rue Themistokleous, GR-10683 Athènes.  Tél. :  (30-210) 3826319 – fax : 3839930 – Courriel : ardin@hol.gr – Internet : http://www.enalekdoseis.net ). 2016, 240 p., 15 €. ISBN 978-960-427-174-0.

Le libéralisme politique et économique a comme complément nécessaire le libéralisme culturel. Selon l’économiste Giorgos Karabelias, la droite néolibérale et la gauche multiculturelle sont les sœurs jumelles de l'économie qui se développe dans le "Nouvel Ordre Mondial", ce dernier ayant été préparé idéologiquement par la gauche et mis en œuvre par la droite. En Grèce, depuis l’arrivée au pouvoir de Syriza, la gauche assumerait seule ces deux « devoirs ». D’après l’auteur, le libéralisme culturel –qui est synonyme, explique-t-il, de multiculturalisme migratoire, de démolition de l’identité nationale dans l'éducation, etc. – complète la cession de l'économie nationale, la décomposition des droits du travail, la transformation du pays en une colonie. C’est la raison pour laquelle le rôle historique de la gauche est désormais épuisé en Grèce aussi. Pour survivre en cette période de transition mondiale où l'Est et l'Ouest sont en conflit et campent farouchement sur leurs positions géographiques, l'objectif principal pour un pays qui est un pont entre les deux est de résister, de ne pas succomber aux tentations du djihadisme qui fleurissent à l’Est ou de sombrer dans la perte généralisée de sens qui menace en Occident. D’après Giorgos Karabelias, la Grèce est porteuse d’une tradition spirituelle synthétique la rendant capable de formuler une proposition universelle qui, par-delà les dimensions de gauche et de droite, permette de s’attaquer aux parasites de la modernisation. Grâce à elle, il serait possible, assure-t-il, d’éviter le piège de la tradition passéiste tout en concevant une modernisation basée sur notre tradition. (AKa)

 

***    YANIS VAROUFAKIS : L'enlèvement de l'Europe. Les racines de la gestion désastreuse d'une crise inévitable. Editions Patakis (38 Panayi Tsaldari, GR-10437 Athènes. Tél. : (30-210) 3650000 – fax : 3811940 – Courriel : bookstore@patakis.gr – Internet : http://www.patakis.gr ). Collection « Sciences sociales et politiques ». 2016, 480 p., 17,90 €. ISBN 978-960-166743-0.

Dans ce nouveau livre, le Pr. Yanis Varoufakis (Université d’Austin aux Etats-Unis et Université d'économie d'Athènes) explique que le déni systématique des causes véritables de la crise en Europe a donné naissance à une bataille titanesque ayant comme victimes l'intégrité et l'âme de l'Europe. Dans cette bataille quotidienne, les principes de raison et d'humanité ont été vaincus, tandis que triomphaient l’autoritarisme, les inégalités et une forme d’austérité sapant sa propre logique. En conséquence, les forces centrifuges ont le vent en poupe au sein de l’Union européenne, le Brexit donnant juste un avant-goût du fiasco qui pourrait suivre. Le résultat final de ce conflit titanesque déterminera non seulement l'avenir de notre continent, mais il se révélera aussi crucial pour le monde, tant il est vrai que la manière dont l’Europe relèvera les défis posés à la rationalité, à la liberté, à la démocratie et à l'humanisme sera la voie suivie au plan mondial. Dans ces pages, celui qui fut ministre des Finances du gouvernement d’Alexis Tsipras six mois durant raconte une nouvelle fois la création de la zone euro sur les ruines du système de Bretton Woods qui avait été bâti comme une extension du New Deal par les descendants du président Roosevelt. Contrairement à ce système, la zone euro a, elle, été construite en vrac, de sorte que la dette s’est rapidement transformée en pyramide de Ponzi dans des pays comme la Grèce, l'Irlande, le Portugal et l'Espagne, devenus insolvables. Yanis Varoufakis avance des solutions possibles pour éviter une version postmoderne des années 1930, laquelle sera inéluctable si l'erreur est faite de croire que les seules options possibles sont la soumission à diverses troïkas ou la dissolution de l'Union européenne. Le livre est ponctué par une vaste bibliographie.  (AKa)

Sommaire

ACTION EXTÉRIEURE
POLITIQUES SECTORIELLES
ÉCONOMIE - FINANCES - ENTREPRISES
INSTITUTIONNEL
BRÈVES
SUPPLÉMENT HEBDOMADAIRE