Les ministres des Affaires étrangères des États membres de l'UE ont insisté, à la fois, sur le besoin de continuer d’investir dans le partenariat transatlantique, et sur la nécessité de renforcer les politiques et actions européennes de manière indépendante, lors d'un dîner informel, dimanche 13 novembre, consacré aux conséquences de l'élection de Donald Trump à la présidence américaine.
« Il y a une unité des Vingt-huit quant à la nécessité, tout d'abord, de continuer à travailler sur la force de la relation transatlantique », a déclaré la Haute Représentante de l'UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Federica Mogherini, à l'issue du dîner. Elle a rappelé la nécessité de travailler sur le maintien d'un système multilatéral au niveau international, que ce soit pour la mise en œuvre de l’accord sur le changement climatique, la sauvegarde de l’accord sur le nucléaire iranien, les questions commerciales ou encore les crises sur lesquelles l'UE et les États-Unis ont travaillé sous l’administration américaine du président Barack Obama.
Mme Mogherini a ajouté que les ministres avaient « également discuté de la nécessité de renforcer l'unité européenne autour de quelques questions clés, qui seront encore plus importantes dans les mois à venir ». Même son de cloche chez le Belge Didier Reynders. Selon lui, les Européens doivent renforcer leur voix sur la scène internationale, notamment au sujet de la défense, de la sécurité, du changement climatique, du commerce ou encore de la migration. « Ce sont des sujets importants où on doit peut-être prendre une place plus forte », a-t-il ajouté.
La Haute Représentante et les ministres ont aussi annoncé qu’ils allaient discuter avec l’équipe de transition de M. Trump afin de mieux cerner les futures orientations de sa présidence. Pour l’instant, les Européens restent dans l'incertitude. « Tout le monde a dit qu’il fallait attendre, car de façon rationnelle, il est difficile de savoir ce que l’administration Trump veut faire. Mais, en attendant, il faut être actifs à Washington », a résumé le ministre luxembourgeois, Jean Asselborn. « Il y a toujours une distance entre un candidat et un président élu », a jugé son homologue slovaque, Miroslav Lajcak. Il a ajouté qu’il ne fallait pas spéculer sur la politique que va adopter M. Trump, mais voir les mesures pratiques qui seront prises. « Nous devons lui communiquer nos attentes à propos de ce partenariat, nous avons un héritage à protéger », a-t-il ajouté. Mme Mogherini a annoncé qu’elle inviterait le nouveau secrétaire d’État américain, dont le nom n’est pas encore connu, lors d’un prochain Conseil Affaires étrangères.
Et si les Européens auraient préféré voir Hillary Clinton à la Maison blanche, plusieurs ministres ont refusé de qualifier le dîner de réunion de crise. Selon eux, alors que le monde entier commente le résultat des élections, il aurait été étrange que les chefs de la diplomatie européens ne se réunissent pas pour en parler. Le dîner a été marqué par l'absence des ministres des deux États qui siègent au Conseil de sécurité des Nations unies, le Royaume-Uni et la France. Ces derniers ont été représentés par leur ambassadeur respectif auprès de l’UE lors du dîner. Le ministre hongrois, dont le gouvernement s’est réjoui de l’élection de Donald Trump, a également été absent.
De son côté, le président américain sortant, Barack Obama, a souligné, dans un entretien accordé au quotidien grec Ekathimerini le 12 novembre, que la meilleure chance de progrès face aux défis transnationaux étaient « de résister à l’envie de se replier sur soi et de redynamiser (les) valeurs communes (entre Européens et Américains) et de travailler ensemble pour que (les) institutions politiques et économiques garantissent la sécurité et la prospérité ». (Camille-Cerise Gessant)