Les engagements sur la table pour réduire les émissions mondiales de gaz à effet de serre à l’horizon 2030 ne suffisent pas, loin s’en faut, pour respecter les objectifs de l’Accord de Paris sur le climat, selon le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE)
Publié jeudi 3 novembre, à la veille de l’entrée en vigueur de l’Accord de Paris sur le climat, le rapport 2016 sur l’écart à combler ('Emissions Gap Report 2016') sonne l’alerte. Il souligne en effet que le monde doit d’urgence accroître de 25% son effort de réduction des émissions à l’horizon 2030. Cela, pour une raison simple : avec les engagements souscrits à Paris, le monde s’achemine vers un réchauffement moyen compris entre 2,9 et 3,4 degrés pendant ce siècle. Les émissions de 2030 dépasseront de 12 à 14 gigatonnes les niveaux requis pour limiter le réchauffement à 2 degrés Celsius par rapport aux niveaux préindustriels, souligne le rapport. Il montre aussi qu’il convient de renforcer l’action avant 2020.
Ce rapport annuel du PNUE a vocation à informer les gouvernements et l’ensemble de la communauté internationale des progrès accomplis au cours des douze derniers mois dans la réponse apportée au changement climatique pour savoir si le monde est en voie d’atteindre ses objectifs.
L’UE aussi doit faire plus. Le parti des Verts européens a aussitôt saisi la balle au bond pour pousser l’Union européenne à prendre le leadership des efforts supplémentaires à consentir. « La communauté internationale doit commencer à faire ce qu’elle a promis l’an dernier : engager énergiquement une course pour rattraper son retard et rediriger son développement économique vers des paramètres durables et résilients. Pour l’UE, la grande question sera de savoir si nous voulons trouver la force d’être parmi les leaders de ce marathon. Ce n’est pas seulement une question de responsabilité, C’est aussi une question d’opportunité économique. L’UE pour le moment est indécise : elle promet moins que ce qui est nécessaire et n’affiche pas la volonté claire de tenir même ses promesses les plus modestes », a déclaré le parti dans un communiqué.
Les attentes sont les mêmes chez les ONG, préoccupées. « Ce rapport tire la sonnette d’alarme en soulignant la nécessité pour l’UE de rehausser son ambition climatique pour 2030. Ce rapport adresse le signal fort et clair que l’Accord de Paris exige une augmentation sensible de tous les engagements actuels. Il serait arrogant et inconsidéré de considérer que cela vaut pour tous les pays sauf pour l’UE », a souligné Wendel Trio, directeur de CAN Europe (Climate Action Network Europe).
Le rapport montre aussi clairement que l’action avant 2020 sera essentielle pour garder la possibilité ouverte d’une limitation du réchauffement en dessous de 1,5 degrés Celsius, comme convenu à Paris l’an dernier. L’ONG considère que l’Europe a un rôle clé à jouer à cet égard et demande donc à l’UE d’annuler les 3 milliards de quotas excédentaires qui seront accumulés d’ici à 2020 sur le marché européen du carbone. CAN Europe rappelle que, pour l’heure, le projet de réforme à long terme du système d’échange de quotas d’émission (ETS) permet de les utiliser après 2020.
Pour Greenpeace, l’Accord de Paris a marqué l’avènement de la transition irréversible vers l’élimination des combustibles fossiles à l’échelle mondiale. L’ONG attend donc des gouvernements qu’ils « commencent, à Marrakech, à s’attaquer à combler cet écart dangereux avec l’urgence requise par la planète », souligne Jennifer Morgan, directrice exécutive de Greenpeace International. « Si nous manquons cette occasion parce que nous sommes coincés dans des objectifs nationaux trop faibles, la fenêtre d’opportunité se refermera et nous laissera face à des coûts énormes, de grands risques et de grands points d’interrogation. Le seul choix est d’agir maintenant », prévient-elle.
Friends of the Earth International (FoEI) réitère ses vives préoccupations à l'idée que, même si les gouvernements respectaient leurs engagements de contribution nationale, le monde serait sur une trajectoire de réchauffement mondial de 3,5 degrés. « Ce serait catastrophique pour des millions de personnes dans le monde », estime Dipti Bhatnagar, coordonnateur de FoEI pour la justice climatique et l’Énergie. Partant, sans relèvement de l’ambition, l’Accord de Paris échouera à livrer l’action drastique requise pour empêcher un changement climatique dangereux, avertit FoEI. (Aminata Niang)