Bruxelles, 27/06/2016 (Agence Europe) - Utiliser la capacité des forêts à absorber le CO2 pour compenser les émissions de gaz à effet de serre du transport ou des bâtiments serait contre-productif, a prévenu le 22 juin, l'ONG FERN 'pour une UE au service des peuples et des forêts'.
C'est la raison pour laquelle cette ONG attend avec beaucoup de circonspection la proposition que la Commission européenne devrait présenter le 20 juillet sur la contribution de l'agriculture et des forêts à la lutte contre le changement climatique, élément clé de son 'paquet législatif d'été' pour le climat. Cette proposition dite 'Lulucf' (sigle anglais désignant l'utilisation des sols, le changement d'affectation des sols et la foresterie) sera soumise en même temps qu'une proposition sur le partage de l'effort dans les secteurs non couverts par l'ETS (l'agriculture, les transports, les bâtiments, les déchets et l'industrie légère), et une communication sur la décarbonisation des transports (EUROPE 11578).
L'annonce faite par le commissaire européen à l'Action pour le climat, Miguel Arias Canete, du projet de la Commission de laisser la possibilité pour le secteur 'Lulucf' de restituer des crédits carbone aux autres secteurs hors ETS ne les rassure pas (EUROPE 11577).
FERN met en garde contre le risque que la Commission décide que la restauration et la création de forêts soient utilisées pour compenser les émissions de combustibles fossiles, plutôt que d'avoir à réduire les émissions de ces combustibles. Si le secteur 'Lulucf' a son propre objectif, comme le promet le commissaire, et si ses règles de comptabilisation sont améliorées, l'UE pourrait pénaliser la déforestation, encourager la restauration des forêts et des terres humides et encourager l'utilisation matérielle du bois plutôt que son incinération, ce qui serait une très bonne chose dont il ne faudrait pas perdre le bénéfice, estime FERN.
« L'UE ne doit pas céder aux exigences de l'industrie de pouvoir compenser ses émissions pour pas cher », prévient l'ONG en affirmant que chaque tonne de crédits Lulucf utilisée pour compenser les émissions dans d'autres secteurs conduira à une tonne supplémentaire d'émissions dans l'atmosphère. « L'introduction de 100 millions de crédits 'Lulucf', cela équivaut à 50 millions de maisons dont l'isolation n'est pas faite ou à des normes d'émission des voitures qui continueront à rester au niveau où elles sont aujourd'hui », affirme l'ONG.
Conscient de cet écueil qui pourrait être fatal aux objectifs climatiques de l'UE pour 2030 et de l'Accord de Paris, un collectif d'ONG environnementales avait récemment cité, parmi les échappatoires à éviter dans le partage de l'effort pour les secteurs hors ETS, le fait que certains pays veulent utiliser le secteur 'Lulucf' réputé être 'un puits de carbone' grâce à la capacité des forêts à absorber le CO2, pour minorer leur effort dans des secteurs comme l'agriculture et les transports. (EUROPE 11572) (Aminata Niang)