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Bulletin Quotidien Europe N° 11568
PLÉNIÈRE DU PARLEMENT EUROPÉEN / (ae) Économie

La valeur ajoutée du plan 'Juncker' remise en question au PE

Bruxelles, 08/06/2016 (Agence Europe) - De nombreux députés européens de tous bords politiques se sont interrogés, mercredi 8 juin, lors d'un débat en séance plénière du Parlement européen, sur la capacité du plan 'Juncker' à financer des investissements qui ne verraient pas le jour via des outils financiers classiques, alors que la Commission européenne souhaite prolonger l'expérience au-delà de 2018 (EUROPE 11563).

De l'avis de José Manuel Fernandes (PPE, portugais), Jean Arthuis (ADLE, français), Bas Eickhout (Verts/ALE, belge), la révision à mi-parcours du plan 'Juncker' doit être l'occasion d'analyser si les projets bénéficiant d'une garantie publique constituent véritablement des investissements additionnels. Or, « 90% des projets financés semblent très semblables à ceux financés habituellement par les fonds structurels ou la BEI », a indiqué Pavel Telicka (ADLE, tchèque). Au nom du groupe S&D, l'Italien Gianni Pittella a estimé que les financements accordés au titre du plan 'Juncker' devaient être « supplémentaires et pas de remplacement ». Selon lui, la BEI doit assumer des risques plus élevés, sa notation financière optimale AAA n'étant « pas un dogme ».

Lors de la mise sur pied du plan 'Juncker', en 2015, le législateur européen avait insisté sur le fait que les investissements qui bénéficieraient d'une garantie publique du Fonds européen pour les investissements stratégiques (FEIS), le bras financier du plan, devaient s'additionner à ceux qui verraient normalement le jour.

Les députés ne sont pas fondamentalement hostiles à la requête de la Commission de prolonger l'expérience. Le groupe PPE semble le plus enthousiaste, à l'image de l'Autrichien Othmar Karas pour qui le plan 'Juncker' doit être « approfondi et élargi ». D'autres élus estiment qu'il est encore trop tôt pour tirer des conclusions sur le plan 'Juncker'.

De nombreux députés sont néanmoins d'avis que le plan d'investissement doit être réorienté afin qu'il se focalise sur les territoires en retard de développement et favorise les projets dans les secteurs d'avenir. « Il est temps de penser à un véritable plan d'investissement public qui favorise la cohésion économique et sociale », a considéré Miguel Viegas (GUE/NGL, portugais). Comparant le plan 'Juncker' à un « saupoudrage qui relève plus de l'homéopathie que du remède de cheval nécessaire », Philippe Lamberts (Verts/ALE, belge) a plaidé pour que les États membres renforcent leur contribution au plan et que celui-ci soit « concentré » sur les pays en difficulté économique et sur les projets à valeur ajoutée européenne dans les secteurs d'avenir, comme « la transition et l'indépendance énergétiques ».

En mobilisant de l'épargne privée disponible, « le plan d'investissement semble fonctionner », a déclaré le commissaire chargé de la Croissance et de l'Investissement, Jyrki Katainen. Le plan 'Juncker' a dépassé le cap des 100 milliards d'euros d'investissements privés depuis son lancement (EUROPE 11559). « La question principale n'est pas de l'élargir, mais d'agir là où le marché ne fonctionne pas », a considéré le commissaire, citant les difficultés observées en matière de prises de participation directe dans le capital des PME.

M. Katainen a au aussi évoqué l'idée de la Commission de bâtir sur l'expérience du FEIS en vue de créer un outil innovant de financement projets dans les pays en développement afin d'affronter « les causes profondes » de la migration (EUROPE 11567). Même s'il a souhaité ne pas vanter excessivement les mérites d'une telle idée. Sander Loones (CRE, belge) et Marco Valli (ELDD, italien) ont estimé qu'une telle initiative devait s'accompagner de mesures de contrôles afin d'éviter que les fonds disponibles ne s'évaporent dans la nature.

Nigel Farage (ELDD, britannique) a profité de la tribune pour plaider en faveur de la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne, à deux semaines du référendum britannique. (Mathieu Bion)

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