Bruxelles, 25/05/2016 (Agence Europe) - Plus de dix heures de négociations auront été nécessaires aux ministres des Finances de la zone euro pour finaliser, mercredi 25 mai au matin, la 1ère mission de suivi du 3ème plan de sauvetage grec doté de 86 milliards d'euros provenant du Mécanisme européen de stabilité (MES).
« Nous avons un accord global. C'est un moment important: la confiance revient », s'est félicité le président de l'Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem, en saluant l'implication « très constructive » de la Grèce. Selon une source, les discussions ont pris plus de temps que prévu parce que, schématiquement, les Européens attendaient que le FMI marque son accord sur les mesures possibles d'allègement de la dette grecque.
L'Eurogroupe a passé en revue toutes les mesures budgétaires et les réformes que le Parlement grec avait préalablement adoptées (EUROPE 11556). Il a notamment validé le frein budgétaire ('contingency mechanism') qui sera actionné uniquement si Athènes ne respecte pas la trajectoire menant à un excédent budgétaire primaire (hors service de la dette) de 3,5% du PIB en 2018. Le commissaire aux Affaires économiques, Pierre Moscovici, a jugé « crédible » ce frein, qui ne concernera pas les dépenses sociales et de défense.
Sous réserve de clarifications techniques ultérieures, l'Eurogroupe débloquera une tranche de 10,3 milliards d'euros qui permettra à la Grèce d'assurer jusqu'à l'automne son fonctionnement, d'honorer ses engagements financiers et d'injecter des liquidités dans l'économie. Cela nous aidera à « adoucir l'impact récessif de mesures que nous avons prises », a indiqué le ministre grec, Euclide Tsakalatos.
Sur cette enveloppe, 7,8 milliards d'euros seront versés mi-juin (sous réserve du feu vert des parlements nationaux des pays qui le nécessitent) et 2,5 milliards début septembre. Le directeur du MES, Klaus Regling, a précisé que des jalons conditionnant le versement de septembre avaient été posés et concernent la mise en place du fonds de privatisation, la gouvernance du système bancaire, l'agence de collecte des revenus et la libéralisation du secteur énergétique.
Un allègement de la dette non quantifié
Un accord politique sur un allègement supplémentaire de la dette publique grecque n'était pas une condition juridique indispensable à la finalisation de la 1ère mission de suivi. Néanmoins, pour permettre au FMI de participer au plan de sauvetage et à Athènes de faire valoir un succès auprès de l'opinion publique, l'Eurogroupe a précisé certaines mesures susceptibles d'aider la Grèce à refinancer sa dette seule, tout en ne franchissant pas la ligne rouge d'une décote sur les titres grecs. Ces titres sont désormais détenus à près de 65% directement par les pays de la zone euro ou via le MES.
Certaines mesures pourront être prises immédiatement, en jouant notamment sur les taux d'intérêt, et ne nécessiteront pas une approbation des parlements nationaux comme le Bundestag allemand. Mi-2018, si la Grèce a achevé avec succès son plan de sauvetage, d'autres mesures pourront être prises, parmi lesquelles un 'reprofilage' de la dette (périodes de grâce, allongement des maturités) et un transfert des profits (1,8 milliard d'euros) détenus par la BCE dans le cadre du programme 'SMP'. Elles nécessiteront vraisemblablement un feu vert spécifique des parlements nationaux dans les pays qui l'exigent. Enfin, un mécanisme optionnel ('contingency mechanism') pourrait être activé pour garantir la viabilité de la dette à plus long terme à condition que la Grèce respecte ses engagements au titre du Pacte de stabilité et de croissance.
Point faible: ni les Européens ni le FMI n'étaient en mesure, mercredi matin, de quantifier combien de milliards d'euros la Grèce sera en mesure d'économiser grâce à un allègement de sa dette. Tout dépendra des paramètres qui seront retenus au final. « Il y a peu de temps, je n'aurais jamais pu rêver à des mesures aussi ambitieuses », a pourtant assuré M. Dijsselbloem.
Malgré ce flou sur les bénéfices à attendre d'un allègement de la dette grecque, le représentant du FMI, Poul Thomsen, a vu d'un bon œil que « les Européens reconnaissent que la dette grecque n'est pas viable ». Il a souligné que le FMI, malgré son accord, aurait souhaité que les mesures préconisées soient finalisées au préalable ('upfront') et pas en 2018, à la fin du plan grec. L'expert a indiqué qu'il recommanderait au comité d'administration du FMI de s'impliquer dans le plan de sauvetage - une décision n'est pas attendue avant fin 2016 -, à condition qu'une nouvelle analyse démontre que les mesures préconisées rendent viables la dette grecque.
Voir: http://www.consilium.europa.eu/fr/press/press-releases/2016/05/24-eurogroup-statement-greece/ (Mathieu Bion)