Bruxelles, 13/05/2016 (Agence Europe) - La Commission européenne pourrait proposer aux experts des États membres le renouvellement d'autorisation pour neuf ans du glyphosate, sans restrictions d'utilisation de cet herbicide qui alimente depuis des mois la polémique dans l'UE, sur fond d'avis scientifiques divergents de l'Agence internationale de recherche sur le cancer de l'OMS et de l'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA).
Inquiets à l'idée qu'une majorité qualifiée d'États membres pourrait accepter ce projet qui leur sera soumis lors de la prochaine réunion du comité permanent des plantes, des animaux, des denrées alimentaires et aliments pour animaux (18 et 19 mai), les Verts/ALE au Parlement ont lancé, jeudi 12 mai, un appel au sursaut des États membres.
Neuf ans , c'est moins que les 15 ans initialement envisagés par la Commission, mais c'est deux ans de plus que ce que peut accepter le Parlement sous couvert de restrictions importantes à l'utilisation du glyphosate (EUROPE 11531 et EUROPE 11540). À en juger par le projet de règlement de la Commission, qui a largement fuité, cette proposition de ré-autorisation, applicable du 1er juillet au 30 juin 2025, ne s'accompagnerait d'aucune des restrictions d'autorisation demandées par le PE. Seul le co-formulant POE Tallowamine serait interdit.
Le texte prévoit en outre que les entreprises sollicitant l'autorisation de mise sur le marché du glyphosate devraient « confirmer l'absence de propriétés perturbatrices endocriniennes à la Commission aux Etats membres et à l'EFSA d'ici au 1er août 2016 ».
« Nous ne pouvons que condamner cet avant-projet favorable au renouvellement de l'autorisation d'une substance probablement cancérogène pour l'OMS. En dépit de la demande du Parlement, rien n'est proposé pour interdire l'utilisation du glyphosate par les particuliers ou aux abords des parcs publics », a déclaré la Française Michèle Rivasi, vice-présidente du groupe des Verts/ALE. Elle s'étonne en outre que la Commission demande aux États membres d'être prêts à donner leur feu vert au glyphosate sans savoir s'il est un perturbateur endocrinien.
« C'est un scandale que la Commission tente de faire passer une proposition d'autorisation d'un pesticide toxique en ignorant toutes les mises en garde concernant les conséquences pour l'homme et l'environnement, et il serait irresponsable que les États membres l'acceptent », tonne Martin Haüsling (Verts/ALE, allemand), dont le pays serait prêt à accepter le texte. Compte tenu de l'existence de solutions alternatives, «une interdiction totale du glyphosate serait la solution », fait valoir l'eurodéputé..
Le texte revêt la forme d'un projet de règlement de la Commission concernant le renouvellement de l'autorisation de la substance active glyphosate en application du règlement 1107/2009 sur la mise sur le marché des produits phytosanitaires et modifiant l'annexe au règlement d'exécution 540/2011. (Aminata Niang)