Bruxelles, 11/04/2016 (Agence Europe) - C'est mercredi 13 avril que le Parlement européen se prononcera, en plénière à Strasbourg, sur l'invitation que lui a faite sa commission de l'environnement d'objecter au projet de la Commission européenne visant à renouveler jusqu'en juin 2031 l'autorisation du glyphosate, cet herbicide très controversé qui défraie la chronique depuis des mois (EUROPE 11526).
Et il y a fort à parier que les députés retoqueront le projet de la Commission, pour inviter celle-ci à revoir sa copie, tant sont nombreux les motifs de préoccupation et de mécontentement de voir renouvelée pour quinze ans la commercialisation dans l'UE d'un perturbateur endocrinien reconnu comme probablement cancérogène pour l'homme par l'OMS, n'en déplaise à l'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA), laquelle a conclu qu'il ne l'était probablement pas (EUROPE 11525). À deux jours du vote, la campagne, lancée par les Verts pour inviter les députés à faire tester leur urine pour constater par eux-mêmes la présence de cet herbicide dans leur corps, bat son plein.
« Le projet de la Commission n'a plus aucune chance », affirmait, lundi 11 avril, Peter Liese (PPE, allemand), porte-parole de son groupe pour les questions de santé publique.
Principe de précaution oblige, ce que demande la commission de l'environnement, c'est la suspension, dès juin prochain, de l'autorisation aussi longtemps que ne seront pas levés les doutes sur les risques pour la santé publique, la santé des animaux et l'environnement de cet herbicide le plus utilisé dans l'UE (EUROPE 11517).
Le PPE, qui s'était abstenu lors du vote en commission de l'environnement, a déposé des amendements. « Notre groupe est en faveur d'un renouvellement limité de l'autorisation à des conditions strictes », annonce M. Liese. Angélique Delahaye (PPE, française) souligne, dans un communiqué, que le vote « ne doit pas être une simple opposition, mais un moyen de lancer des messages à la Commission et aux États membres », à savoir qu'il faut « trouver une voie de sortie permettant, non seulement de prendre en compte les enjeux de l'agriculture, mais aussi le bien-être des citoyens et la défense de l'environnement ».
Si le PE met son veto, comme c'est probable, ce sera la cinquième fois que la session plénière utilisera cette arme plus politique que contraignante, pour des raisons de santé publique. « Le PE a déjà objecté trois fois à l'autorisation d'OGM résistants au glyphosate et au projet de renouvellement de l'accord antifraude avec les cigarettiers, jugé inefficace », souligne Bart Staes (Verts/ALE, belge). Il rappelle que « des alternatives au glyphosate respectueuses de la santé publique, de l'agriculture durable et de l'environnement existent ». (Aminata Niang)