Bruxelles, 07/04/2016 (Agence Europe) - Il revient au gouvernement néerlandais de Mark Rutte de décider de la voie à suivre, après le rejet par ses citoyens de l'accord d'association entre l'Union européenne et l'Ukraine, lors du référendum consultatif organisé mercredi 6 avril, a commenté la Commission européenne.
« Triste », c'est le terme qu'a employé le porte-parole de la Commission pour décrire l'état émotionnel du président Jean-Claude Juncker après la publication des résultats préliminaires. Ceux-ci ne laissent pas de place à l'erreur: les Néerlandais ont massivement rejeté cet accord (64%), que seuls les Pays-Bas n'ont pas encore ratifié. Le seuil des 30% de participants ayant été atteint, le référendum est valide.
Ce référendum n'est peut-être que consultatif, mais il place le Premier ministre, Mark Rutte, tout comme ses partenaires européens, dans une position délicate. En effet, comme l'a rappelé la Commission, jeudi, cet accord a été ratifié par 27 États membres, le Parlement européen et est entré en vigueur, de manière provisoire, suivant une décision du Conseil prise à l'unanimité. M. Juncker avait d'ailleurs jugé les enjeux colossaux, un 'non' des Néerlandais ouvrant « la porte à une crise continentale majeure », avait-il dit en janvier (EUROPE 11466).
Aujourd'hui, la Commission estime qu'« il revient avant tout au gouvernement des Pays-Bas d'analyser le résultat (du référendum, Ndlr) et de décider de la voie à suivre », a affirmé son porte-parole, Margaritis Schinas. Il a tenu à souligner que l'institution européenne restait « profondément attachée au développement des relations avec l'Ukraine ».
Que compte faire M. Rutte ? Les résultats définitifs du référendum devraient tomber dans quelques jours, mais il a d'ores et déjà annoncé qu'il allait mener « pas à pas » des consultations avec les membres du Parlement et ses partenaires européens, ce qui pourrait prendre « des jours ou des semaines ». Il a déjà estimé, mercredi soir, qu'il sera impossible pour son pays de ratifier l'accord en l'état, a relaté Reuters.
Le résultat du référendum était tout aussi attendu à Londres, Kiev et Moscou qu'il l'a été à La Haye et à Bruxelles. Le Premier ministre britannique, David Cameron, a dit espérer que le résultat du référendum néerlandais « n'affectera pas » celui qui doit être tenu fin juin au Royaume-Uni sur son appartenance à l'UE, alors qu'il semble que de nombreux Néerlandais ont souhaité exprimer leur opinion sur « l'Europe » plutôt que sur les relations entre l'UE et l'Ukraine.
Le président ukrainien, Petro Porochenko, s'est voulu rassurant, jeudi, en déclarant que son pays allait continuer à se rapprocher de l'UE. « Je suis sûr que, stratégiquement, cet événement n'est pas un obstacle sur le chemin de l'Ukraine vers l'Europe », a-t-il dit, en mettant en avant le caractère consultatif d'un référendum qui a été initié pour être « une attaque contre l'unité de l'Europe ». « Dans tous les cas, nous allons continuer de mettre en oeuvre l'accord d'association, y compris l'accord de libre-échange », a-t-il ajouté. Le Premier ministre russe, Dmitri Medvedev, a, lui, interprété le résultat du vote comme une remise en cause par les Européens du « système politique ukrainien ». (Jan Kordys)