Bruxelles, 07/04/2016 (Agence Europe) - La Journée mondiale de la santé a été célébrée d'une manière un peu particulière dans les rues de Bruxelles: deux hôpitaux de fortune - un pour les riches, un pour les pauvres - ont en effet été installés temporairement entre le Conseil et la Commission européenne, jeudi 7 avril. Les manifestants souhaitaient ainsi dénoncer la marchandisation, la commercialisation et la privatisation de la santé et de la protection sociale.
Cinq organisations sont derrière cet événement: la Fédération européenne des syndicats des services publics (EPSU), le Réseau européen contre la privatisation et la commercialisation de la santé et de la protection sociale, le People Health Movement, le réseau Alter Summit et la plate-forme belge d'action Santé et solidarité.
« Dans tous les pays, nous affrontons une même menace: l'appétit sans bornes des grandes entreprises, qui voient dans la santé un secteur qui leur rapportera beaucoup d'argent », déplore Sebastian Franco, coordinateur du Réseau européen contre la privatisation et la commercialisation de la santé et de la protection sociale. « Ces entreprises sont malheureusement appuyées par les différents gouvernements et les institutions européennes qui, depuis des décennies, construisent un marché européen de la santé où la concurrence et la compétitivité deviennent plus importantes que l'accès à la santé pour toutes et tous », ajoute-t-il. « Notre système solidaire non marchand est en train d'être mis à mal. Le risque, c'est de se retrouver avec un système à deux vitesses à l'américaine, une pour les riches et une pour les pauvres », met en garde Yves Hellendorff, secrétaire national de la Centrale nationale des employés (non marchand).
Il constate quatre tendances différentes: les pays du sud de l'Europe ont privatisé un système qui fonctionnait bien pour répondre à l'orthodoxie européenne ; les pays d'Europe centrale et orientale sont passés d'un financement étatique au développement du secteur privé ; les pays d'Europe occidentale (à l'exception du Royaume-Uni où le National Health Service est mis à mal) s'orientent vers une réduction des cotisations, ce qui devrait poser des problèmes dans le financement des services et faire peser la menace du privé ; la Scandinavie qui, selon lui, s'en sort plus ou moins bien pour le moment, malgré des appels à la privatisation. « Le problème, note Yves Hellendorff, c'est que l'opérateur privé a tendance à sélectionner les patients et les pathologies. En France, 40% des hôpitaux ont été transformés en cliniques privées, plus élitistes », explique-t-il. Il rappelle qu'un manifeste contre la privatisation et la commercialisation de la santé et de la protection sociale avait déjà été présenté en 2014 à la Commission Barroso II. « Malheureusement, cette initiative n'avait pas été suivie d'effets: les commissaires Borg et Andor nous avaient alors répondu que la santé était du ressort des États membres ».
L'événement de ce jeudi s'est déroulé en plusieurs temps: il s'est ouvert par une conférence sur la commercialisation de la santé en Europe et s'est terminé par une mobilisation sur le rond-point Schuman. Plusieurs activistes de People Health Movement ont donné des exemples de la situation dans leur pays: Feride Aksu a, par exemple, mentionné l'augmentation du taux de mortalité infantile en Turquie ; Elias Kondilis, la réduction de l'espérance de vie d'un an en Grèce ; et Jan Schriefer, l'émergence des cliniques privées au Pays-Bas. Au cours de la conférence, les organisateurs ont lancé un site Internet destiné à surveiller le phénomène (http://www.health-is-not-for-sale.org/?lang=fr ). « Ce site est un outil d'analyse et d'action pour contrer les mécanismes de privatisation », explique Mathias Maucher, chargé des politiques sociales et de santé à l'EPSU. Concrètement, les organisations sur le terrain sont invitées à introduire une alerte dès qu'un changement se produit sur leur territoire (par exemple, privatisation des entités, baisse des prestations remboursées, etc.). (Sophie Petitjean)