Bruxelles, 07/04/2016 (Agence Europe) - Les parlementaires de la commission de l'industrie (ITRE) et Leopoldo Rubinacci, directeur responsable de la défense commerciale à la Direction générale du commerce de la Commission européenne, se sont ouvertement opposés sur l'impact que pourrait avoir sur l'industrie européenne la reconnaissance du statut d'économie de marché à la Chine, lors d'un échange de vues organisé, jeudi 7 avril, au Parlement européen.
Le directeur a en effet considéré qu'une telle reconnaissance se traduirait en une perte d'environ 250 000 emplois pour toute l'Union européenne tous secteurs inclus, tandis que les parlementaires ont cité, de leur côté, des chiffres allant de un à plusieurs millions d'emplois détruits. Les estimations de la Commission ont ainsi semblé fortement sous-évaluées à certains eurodéputés, à l'instar d'Edouard Martin (S&D, français) qui s'est interrogé sur la méthodologie utilisée par la Commission.
Les parlementaires se baseraient sur une étude publiée en début d'année par le cabinet américain Scott, qui donne une fourchette de plusieurs millions d'emplois détruits. Or, selon M. Rubinacci, ces chiffres sont erronés et l'étude de la Commission est plus précise, car elle prend en compte les emplois concernés seulement par les mesures antidumping.
Une source parlementaire a indiqué à EUROPE que la Commission ne souhaitait pas, à l'origine, mener une nouvelle étude, mais, suite à la polémique suscitée par l'étude américaine, celle-ci avait décidé de mener une contre-étude. « La grande problématique, c'est que l'étude de la Commission ne prend en compte que les emplois directs et non ceux des sous-traitants, qui seraient également touchés par une telle reconnaissance », a-t-elle ajouté. Mais, même sur les emplois directs dans le secteur de l'acier, les résultats diffèrent, étant donné qu'Eurofer, l'association représentant le secteur de l'acier au niveau européen, annonce une destruction de 350 000 emplois directs, si la Chine est reconnue en tant qu'économie de marché, alors que la Commission prédit une perte de 55 000 emplois seulement.
Le Parlement européen mène de son côté une étude d'impact qui devrait être rendue publique en mai prochain. Par ailleurs le groupe d'action sur la reconnaissance du statut d'économie de marché à la Chine (MES Action group), lancé à l'initiative d'Edouard Martin, a soumis une méthodologie spécifique pour mener des études d'impact. Une réunion devrait se tenir à ce sujet le 20 avril prochain au Parlement européen.
Divergence sur le modèle américain. Les parlementaires ont par ailleurs demandé pourquoi l'Union européenne ne s'inspirait pas du modèle américain, bien plus efficace, selon eux (EUROPE 11513). Les enquêtes antidumping durent, par exemple, deux mois outre-Atlantique, alors qu'elles durent en moyenne neuf mois dans l'Union européenne. « Nous sommes très fiers du système européen », a rétorqué le directeur, « car le système européen est beaucoup plus équilibré que celui américain ». Il a rappelé ainsi que la Commission prenait en compte, non pas seulement les producteurs de certains produits, mais aussi les utilisateurs de ces produits, ainsi que le point de vue des consommateurs. Il a ajouté que le système américain était actuellement vivement critiqué par l'Organisation mondiale du commerce (OMC). « Que ferions-nous, si le système américain était modifié », s'est ainsi demandé M. Rubinacci.
Le collège des commissaires se réunira de nouveau le 13 juillet prochain en vue d'aborder ces différentes questions. « D'ici là, il n'y a rien à attendre de concret de la part de la Commission », a-t-il indiqué. Une position qui pourrait inquiéter le secteur, qui tire la sonnette d'alarme depuis plusieurs mois déjà quant à l'urgence de la situation (EUROPE 11513). (Pascal Hansens)