Bruxelles, 06/04/2016 (Agence Europe) - Lors d'une conférence sur la politique agricole commune (PAC) 'au-delà de la crise, ouvrir la voie à une croissance durable', organisée mardi 5 avril à Bruxelles, plusieurs intervenants ont préconisé la création de nouveaux instruments pour permettre de relever les défis auxquels l'agriculture européenne est confrontée.
Depuis 2006, les États-Unis sont parvenus à doubler le revenu agricole alors que, dans le même temps, l'Union européenne a connu une stagnation, voire une légère baisse du revenu agricole au cours de la même période, explique le think tank Farm Europe. L'analyse de l'évolution du revenu agricole des deux côtés de l'Atlantique a été présentée à l'occasion du lancement mardi du Global Food Forum (GFF) de Farm Europe. L'objectif du Forum GFF sera de dépasser le pessimisme actuel en présentant des propositions pour une politique européenne mieux structurée autour de la création d'emploi et d'une croissance durable. Les recommandations seront présentées aux décideurs politiques à la fin de l'année.
Le commissaire européen à l'Agriculture, Phil Hogan, a reconnu que la crise sur les marchés agricoles, en particulier le lait et la viande de porc, était « susceptible d'être avec nous pendant un certain temps encore ». Il trouve, dès lors, utile de réfléchir à ce que la PAC peut faire non seulement pour les producteurs de denrées alimentaires, mais aussi pour la société.
Sachant l'initiative de Farm Europe, l'eurodéputé Michel Dantin (PPE, français) a estimé que « la PAC actuelle est enlisée dans une vision politique et des principes vieux de près de 30 ans ». Selon lui, la PAC n'est plus à la hauteur de l'ambition que l'Union européenne doit avoir pour son agriculture et son alimentation. Il convient donc de faire émerger un environnement qui permette à ces entreprises d'exprimer pleinement leur potentiel de croissance et d'emploi, a conclu M. Dantin.
Yves Madre, de Farm Europe, a présenté les questions clefs qui alimenteront les discussions lors du Forum GFF et qui sont structurées autour de trois piliers: la résilience, la durabilité et l'investissement. Les agriculteurs européens jouent-ils à armes égales avec leurs concurrents dans le monde ? Avons-nous besoin d'adaptations supplémentaires de la PAC afin d'encourager l'investissement et de mieux structurer la chaîne alimentaire ? Les paiements découplés sont-ils une réponse politique efficace pour faire face à la volatilité ? Peut-on augmenter l'efficacité du verdissement de la PAC à travers une politique fondée sur des objectifs ?
Xavier Beulin, président de la FNSEA, a estimé que les paiements uniques à l'hectare et un verdissement coercitif sont insuffisants pour définir une véritable PAC. « Nous avons besoin d'un véritable partenariat entre l'Europe et ses agriculteurs », a-t-il considéré.
Pour Mario Guidi, président de la Confagricoltura et du GFF, la crise agricole actuelle montre à quel point la PAC a besoin « d'une adaptation profonde de ses instruments pour les mettre en cohérence avec la réalité du monde économique d'aujourd'hui ». Il a préconisé de nouveaux instruments permettant aux agriculteurs de faire face aux défis de la compétitivité, de la volatilité des prix et de la durabilité. Il a insisté sur les instruments de gestion des risques.
Markus Neundörfer, directeur chez Südzucker, a souligné l'importance et la valeur du marché unique qui est une force pour l'économie européenne. « Toutefois, il y a de plus en plus d'approches divergentes de la part des États membres sur des sujets comme les règles d'étiquetage, l'interprétation des règles de concurrence, la gestion des crises, ou en termes de paiements couplés », a-t-il relevé.
Enfin, Paolo de Castro (S&D, italien) a souligné que la PAC avait besoin d'une révision à mi-parcours afin de réduire la bureaucratie et de renforcer la capacité de l'Union européenne à réagir collectivement aux crises de marché, « en évitant le piège de la renationalisation ». (Lionel Changeur)