Bruxelles, 15/03/2016 (Agence Europe) - S'appuyant sur une étude préparée par l'agence d'information et d'étude sur l'énergie Wise, proche du mouvement antinucléaire, et dévoilée mardi 15 mars par sa présidente, l'Allemande Rebecca Harms, le groupe Verts/ALE au Parlement européen juge « illusoire » le programme indicatif nucléaire (PINC) 2016 de la Commission, que cette dernière doit dévoiler la semaine prochaine, mais qui a déjà largement fuité dans la presse internationale (EUROPE 11498).
Pour les Verts, le PINC 2016, qui sera, selon eux, « ironiquement » publié entre le 5ème anniversaire de la catastrophe nucléaire de Fukushima (Japon) et le 30ème anniversaire de celle de Tchernobyl (ex-URSS, Ukraine), s'annonce encore plus favorable à l'égard du nucléaire que le précédent PINC, celui de 2007 actualisé en 2008, et fait montre d'un déni total de réalité quant aux risques et aux coûts du nucléaire.
Le PINC 2016 ne reflète pas les « changements spectaculaires » intervenus depuis le précédent PINC, et notamment la tendance au déclin du nucléaire, en perte de vitesse face aux énergies renouvelables en pleine expansion ; au contraire, il utilise des arguments biaisés pour exagérer la contribution du nucléaire à la sécurité énergétique et l'atténuation du changement climatique, explique l'étude du Wise.
En outre, le PINC 2016 ne rend pas compte de l'état et la tendance réels de l'énergie nucléaire dans l'UE, où aucun nouveau réacteur n'a été mis en activité ou dont la construction n'a commencé depuis 2007, alors que 21 réacteurs ont été arrêtés. Au contraire, la Commission introduit des objectifs « très ambitieux et apparemment irréalistes » pour le maintien de la plupart de la capacité nucléaire européenne jusqu'en 2050, combinant de nouvelles constructions et un vaste programme d'extension de durée de vie.
D'autre part, au plan de la sûreté, le PINC 2016 ne prend « pas sérieusement en compte » les conséquences de la catastrophe de Fukushima, en particulier la nécessité de renforcer la sûreté des réacteurs existants, la préparation et les préoccupations transfrontalières liées aux conséquences des accidents majeurs, et le niveau insuffisant de la responsabilité civile couverte par des opérateurs par rapport au coût d'une catastrophe telle que celle de Fukushima.
L'étude du Wise critique aussi « l'aveuglement » de la Commission devant les difficultés rencontrées par les nouveaux réacteurs nucléaires pour être compétitifs et financés sur le marché européen de l'électricité, comme le prouvent les « catastrophes financières » des projets EPR à Olkiluoto (Finlande) ou Flamanville (France) ou les obstacles à la décision d'investissement relative à Hinkley Point C (Royaume-Uni).
Au lieu de critiquer la dérive des coûts de production et les aides d'État qui sont impliquées dans la construction de ces projets, le PINC 2016 continue d'utiliser une méthodologie biaisée pour minimiser la hausse des coûts et assurer qu'ils pourraient diminuer à l'avenir, niant ainsi que la construction de nouvelles centrales nucléaires n'est pas rentable, juge l'étude du Wise, dénonçant aussi la sous-estimation des coûts et défis des programmes d'extension de vie des vieux réacteurs.
Enfin, les besoins d'investissement présentés par le PINC 2016 sont sous-estimés d'au moins un tiers pour les nouveaux réacteurs et d'au moins la moitié pour l'extension de vie, ce qui rend encore moins probable que ces investissements seront effectués, tandis que les coûts possibles pour le déclassement et l'élimination des déchets sont sous-estimés de plus de moitié, à cause « d'hypothèses faibles et d'omissions ».
« À travers une mauvaise représentation des difficultés, un manque d'autocritique à l'égard de ses évaluations antérieures et une cécité face aux véritables défis, le PINC 2016 apparaît comme illusoire. Contre la preuve qu'une forte révision de sa stratégie nucléaire est nécessaire, la Commission met l'UE face au risque de soutenir les développements nucléaires irréalistes tout en créant plus de problèmes connexes », conclut l'étude. (Emmanuel Hagry)