Bruxelles, 15/03/2016 (Agence Europe) - Le président de la République de Chypre, Nicos Anastasiades, est resté ferme, mardi 15 mars, concernant l'ouverture de nouveaux chapitres d'adhésion pour la Turquie. Ankara lie la gestion de la crise migratoire à son processus d'adhésion à l'UE et souhaite l'ouverture de cinq chapitres, tous bloqués par Chypre (EUROPE 11506).
Ces cinq chapitres sont les chapitres 15 sur l'énergie, 23 sur les droits fondamentaux et l'appareil judiciaire, 24 sur la sécurité, liberté et justice, 26 sur l'éducation et 31 sur la politique étrangère.
« La République de Chypre n'a pas l'intention de consentir à l'ouverture de quel que chapitre que ce soit, si la Turquie ne remplit pas ses obligations comme décrites dans le cadre de négociations et le protocole d'Ankara », a expliqué M. Anastasiades à l'issue d'une conférence de presse avec le président du Conseil européen, Donald Tusk, à Nicosie. Selon lui, la crise migratoire n'est d'aucune façon liée à la redynamisation des négociations d'adhésion. « Il est déplacé, contreproductif, pour ne pas dire inacceptable, de déplacer la charge de la responsabilité de la crise migratoire sur les épaules de Chypre », a ajouté M. Anastasiades.
De son côté, M. Tusk a expliqué qu'il n'était pas à Nicosie pour mettre la pression sur Chypre. « La dynamique actuelle offre une occasion de redynamiser les relations entre l'UE et la Turquie. Mais laissez-moi être clair. L'UE est une Union de 28 États membres. Chypre est aussi important que l'Allemagne, la France, les Pays-Bas ou tout autre État membre. Aucun pays tiers ne peut jamais être plus important pour moi que l'un de nos États membres », a-t-il prévenu. Il a ajouté que les règles concernant l'adhésion à l'UE n'avaient pas changé. « La même stricte conditionnalité est applicable et l'accord de tous les 28 sera nécessaire pour avancer », a-t-il précisé. L'ouverture des chapitres se décide à l'unanimité.
M. Anastasiades a également prévenu que ces partenaires européens devaient comprendre que la possible acceptation des demandes de la Turquie sans que celle-ci ne mette en oeuvre ses obligations en suspens depuis longtemps constituerait, avec son consentement, « l'acceptation que la République de Chypre est en effet défunte ». La Turquie utilise ce terme pour caractériser la République de Chypre.
Lien entre réunification de l'île et ouverture de chapitres
« Une confrontation avec le gouvernement turc, particulièrement en cette phase critique de la négociation (pour la réunification de l'île, ndlr), est la dernière chose que nous recherchons », a ajouté M. Anastasiades. M. Tusk a précisé que « toutes les actions de l'UE visent à faciliter ces négociations ».
De son côté, le ministre néerlandais des Affaires étrangères et européennes, Bert Koenders, a souligné qu'une « synchronisation intelligente » des processus de réunification et d'ouverture des chapitres était nécessaire. « C'est à M. Tusk, au gouvernement chypriote, aux Turcs et aux Grecs, et aux dirigeants de prendre des mesures positives à la fin de cette semaine », a-t-il expliqué à l'issue du Conseil Affaires générales.
Plus tôt dans la journée, sur une vidéo du PPE, le ministre chypriote des Affaires étrangères, Ioannis Kasoulides, a précisé que la meilleure situation était que chacun soit patient jusqu'à ce qu'il y ait une solution au problème chypriote. « Et ensuite les chapitres seront automatiquement débloqués et d'autres problèmes, tels que les relations entre l'UE et l'OTAN, seront débloqués », a-t-il ajouté. (Camille-Cerise Gessant)