Bruxelles, 14/03/2016 (Agence Europe) - Le Haut-commissaire de l'ONU aux Droits de l'homme, M. Zeid Ra'ad Al Hussein, a critiqué le message dommageable à la réputation de l'Union européenne qui consisterait à renvoyer en Turquie tout migrant arrivé irrégulièrement en Grèce en échange de la réinstallation en Europe des personnes pouvant prétendre à une protection internationale, lundi 14 mars à Bruxelles.
« L'Europe est véritablement capable de résoudre le problème » de l'afflux massif de migrants à condition d'agir sur la base de ses valeurs constitutives et de combattre les ambitions politiques personnelles à courte vue, a déclaré M. Zeid Ra'ad Al Hussein, à l'occasion de sa première visite à Bruxelles depuis sa nomination en septembre 2014, où il a notamment rencontré le commissaire à la Migration, Dimitris Avramopoulos, et le président du Parlement européen, Martin Schulz.
Le prince jordanien a critiqué les fermetures en chaîne des frontières nationales sur la route migratoire des Balkans, qui seraient destinées à restaurer l'ordre, mais qui, au final, contribuent plutôt à engendrer sur le terrain « une crise humanitaire ». « L'Union européenne n'a pas d'autre message que celui d'un 'Allez-vous-en !' », a-t-il déploré.
Dans leur déclaration adoptée à l'issue du dernier sommet UE/Turquie, les leaders européens avaient assuré que « les flux irréguliers de migrants le long de la route des Balkans occidentaux (avaient) désormais pris fin », lundi 7 mars (EUROPE 11506). « Ne venez pas en Europe. Ne croyez pas les trafiquants. Ne risquez pas vos vies et votre argent », avait lancé le président du Conseil européen, Donald Tusk, deux jours plus tôt depuis Athènes, lors d'une tournée des capitales situées sur la route des Balkans.
Selon le projet d'accord marqué par l'UE et la Turquie, l'UE s'engagerait à accroître son financement à la Turquie pour faire face à la crise migratoire et elle promettrait de réinstaller sur son territoire des réfugiés, notamment syriens, accueillis en Turquie, sur la base d'un migrant renvoyé de Grèce vers la Turquie pour un réfugié réinstallé de la Turquie vers l'UE (principe '1 pour 1').
M. Zeid Ra'ad Al Hussein a insisté sur le traitement individuel des demandes d'asile. « Nous ne voulons pas d'expulsions collectives, c'est une certitude », a-t-il ajouté, notant que 90% des personnes demandant l'asile sont des personnes fuyant la guerre dans leur pays et 40% d'entre elles sont mineures.
Interrogé sur le fait que la Turquie a ratifié partiellement la Convention de Genève sur le statut des réfugiés en apportant des limitations géographiques à son application, le Haut-commissaire de l'ONU aux Droits de l'homme a reconnu qu'une telle situation était « clairement en désaccord avec la législation européenne », à savoir la directive (2013/32) sur les procédures communes pour l'octroi et le retrait de la protection internationale. Celle-ci autoriserait le renvoi de la Grèce vers la Turquie de migrants sans examen complet de leur demande d'asile, si la Turquie est considérée comme un pays tiers sûr, chose possible si elle ratifie totalement la Convention de Genève.
L'Avocat général de la Cour de justice a rendu, début mars, un avis sur une affaire quelque peu similaire sur laquelle la Cour se prononcera définitivement jeudi, jour du sommet européen de nouveau focalisé sur la crise migratoire (voir autre nouvelle).
Pologne. Outre des critiques sévères à l'encontre de l'attitude de la Hongrie envers les migrants, M. Zeid Ra'ad Al Hussein a repris à son compte le récent avis de la 'Commission de Venise' du Conseil de l'Europe selon lequel la loi polonaise restreignant les compétences du Tribunal constitutionnel menace l'État de droit en Pologne (EUROPE 11510). (Mathieu Bion)