Strasbourg, 08/03/2016 (Agence Europe) - L'enquête SPACE (Statistiques Pénales Annuelles du Conseil de l'Europe) menée pour le Conseil de l'Europe (COE) par l'Institut de criminologie et de droit pénal de l'université de Lausanne a été publiée mardi 8 mars et confirme la baisse du surpeuplement carcéral.
Les chiffres - relevés auprès de 50 des 52 administrations pénitentiaires des 47 États membres du COE à la date du 1er septembre 2014 - passent en effet de 99 détenus pour 100 places en 2011 à 96 en 2013 et 94 en 2014.
Le taux de population carcérale a, quant à lui, baissé de 7% en 2014 par rapport à l'année précédente, passant de 134 à 124 détenus pour 100 000 habitants. Ce qui n'empêche pas les prisons d'Europe de rester proches de la saturation de leur capacité d'accueil avec 1 600 324 personnes détenues.
Le nombre d'administrations pénitentiaires souffrant de surpeuplement a, pour sa part, nettement diminué, passant de 21 en 2013 à 13 en 2014, mais il faut noter que certains pays affichent encore un taux inquiétant. Il s'agit - par ordre décroissant de gravité de la situation - de: la Hongrie, la Belgique, l'ex République yougoslave de Macédoine, la Grèce, l'Albanie, l'Italie, l'Espagne (hormis la Catalogne), la Slovénie, la France, le Portugal, la Serbie, la Roumanie et l'Autriche.
L'enquête révèle par ailleurs que les mesures non privatives de liberté sont encore rarement utilisées en lieu et place de la détention provisoire ce qui - tout comme les lourdes peines - contribue à la surpopulation carcérale, a indiqué Marcelo Aebi, professeur de criminologie à l'Université de Lausanne, venu présenter l'étude à Strasbourg.
L'enquête indique également que les ressortissants étrangers représentaient 21,7% de la population carcérale (avec un fort différentiel entre les pays d'Europe centrale et orientale - jamais plus de 10%) et ceux d'Europe méridionale et occidentale (de 25 à 96%)) et elle précise que, parmi ces détenus étrangers, 34,6% étaient des citoyens de l'Union européenne. « Un élément à mettre en exergue dans le contexte anti-migrants actuel », a souligné Marcelo Aebi.
Interrogé sur l'incidence de la crise économique de 2008 en matière d'augmentation de la population carcérale, Marcelo Aebi a répondu qu'aucun effet n'avait pu être noté. « C'est la grande différence entre l'Europe et d'autres régions: nos systèmes de sécurité sociale et les assurances-chômage qu'ils entraînent donnent aux gens une possibilité de survie sans tomber dans la délinquance », a-t-il ajouté. (Véronique Leblanc)