Bruxelles, 04/03/2016 (Agence Europe) - L'Union européenne et la Turquie feront le point, lundi 7 mars, sur les progrès dans leur relation bilatérale lors d'un sommet focalisé sur la crise des migrants qui continuent d'affluer en Grèce via la Turquie. Des résultats de ce sommet et du Conseil européen, qui se tiendra dans la foulée, dépendra en partie l'avenir de l'espace de libre circulation Schengen que la Commission européenne croit possible de restaurer complètement d'ici à fin 2016 (voir autre nouvelle).
Les Européens mettent l'accent sur la politique de réadmission en Turquie des migrants ne pouvant prétendre à une protection européenne. Le Premier ministre turc, Ahmet Davutoglu, et moi-même sommes d'avis que nous pouvons réduire les flux encore trop élevés de migrants à travers un programme de retours « à grande échelle » de migrants irréguliers, a déclaré le président du Conseil européen, Donald Tusk, vendredi 4 mars dans sa lettre d'invitation aux leaders européens. « La volonté politique est là mais cela pose un problème logistique, d'où la nécessité d'aider la Grèce. Le Premier ministre Davutoglu a aussi confirmé que la Turquie était prête à reprendre tous les migrants appréhendés dans les eaux territoriales turques », a-t-il ajouté, de retour d'une tournée des pays situés sur la route migratoire des Balkans qui s'est achevée à Ankara.
Pour le commissaire européen à la Migration, Dimitris Avramopoulos, le sommet UE/Turquie devra permettre d'« endiguer les flux vers la Grèce, d'accélérer les retours et les réadmissions et de lutter contre les trafics de migrants ». Il n'a pas avancé d'objectifs chiffrés de migrants irréguliers à renvoyer en Turquie.
Le commissaire a jugé que le plan d'action 'migration', mis au point fin novembre par l'UE et la Turquie (EUROPE 11441), commençait « à porter ses fruits » même si, selon lui, les flux de migrants doivent diminuer « de manière plus importante ». Selon M. Tusk, 128 000 migrants ont pris la route des Balkans via la Grèce depuis janvier 2016 après les 880 000 migrants les ayant précédés en 2015.
M. Avramopoulos est aussi d'avis que le sommet UE/Turquie devra évoquer les voies légales de migration vers l'UE, en l'occurrence le programme volontaire de réinstallation dans l'UE de réfugiés syriens installés en Turquie. Ankara appelle de ses voeux un tel programme qu'il veut voir aller de pair avec ses propres efforts pour reprendre les migrants irréguliers qualifiés de migrants 'économiques'. Si cette option n'est pas accordée aux Syriens, alors ceux-ci continueront à venir en Europe, a mis en garde de son côté l'ambassadeur turc auprès de l'UE, Selim Yenel, jeudi 3 mars (EUROPE 11504).
Derniers efforts à faire sur les visas
Un rapport publié vendredi par la Commission fait état de progrès réalisés pour se rapprocher du régime de libéralisation des visas pour des séjours de courte durée. Ankara pourrait bénéficier de ce régime à l'automne si, en contrepartie, la Commission estime que les Turcs remplissent leurs obligations en matière de réadmissions de migrants irréguliers. L'accord UE/Turquie sur les réadmissions doit entrer en vigueur en juin.
Dans son rapport sur les visas, la Commission note que la Turquie a accéléré les réformes demandées depuis novembre 2015, notamment en permettant aux réfugiés syriens d'accéder à son marché du travail et en instaurant des règles plus strictes en matière d'admission et de délivrance de visas à l'égard des ressortissants des pays d'où partent les principaux flux migratoires irréguliers à destination de la Turquie et de l'UE.
D'ici à octobre, date à laquelle le pays devrait bénéficier d'une libéralisation des visas, la Turquie devra commencer à délivrer des passeports comportant les empreintes digitales du titulaire, conformément aux normes de l'Union. Le rapport appelle aussi la Turquie à: - réduire l'arriéré dans le traitement des demandes d'asile ; - intensifier la coopération avec tous les États membres avec lesquels elle possède une frontière commune en ce qui concerne la réadmission de migrants irréguliers, ainsi qu'en matière policière et judiciaire, et ; - renforcer la lutte contre la corruption et la criminalité organisée.
La Commission invite aussi Ankara à adopter une législation sur la protection des données à caractère personnel conforme aux normes de l'Union, à conclure des accords de coopération avec Europol et Eurojust et à définir des mesures globales destinées à faciliter l'inclusion sociale des Roms.
Premiers projets d'aide aux réfugiés syriens installés en Turquie
Vendredi, la Commission a promis l'octroi de 95 millions d'euros pour financer des projets destinés à améliorer l'accueil et l'insertion de réfugiés installés en Turquie. Sur cette somme émanant de l'enveloppe de 3 milliards d'euros sur deux ans servant à financer le plan d'action UE/Turquie sur la migration, 55 millions d'euros faciliteront la scolarisation d'enfants syriens et 40 millions d'euros serviront à fournir une aide humanitaire à travers le Programme alimentaire mondial (WFP) en coopération étroite avec le Croissant rouge turc, a-t-elle indiqué dans un communiqué. (Solenn Paulic et Mathieu Bion)