Bruxelles, 25/02/2016 (Agence Europe) - La lutte contre les effets de la volatilité des prix des matières premières agricoles constitue l'un des défis de la politique agricole commune (PAC) post-2020, ont estimé, mercredi 24 février à Bruxelles, des eurodéputés et des experts lors d'une audition sur le sujet.
Quels outils l'UE peut-elle mettre en place pour aider les agriculteurs à faire face à la volatilité des prix agricoles ? La commission de l'agriculture du Parlement européen a débattu de ce sujet à propos duquel l'eurodéputée Angélique Delahaye (PPE, française) prépare un rapport d'initiative. Elle souhaite répondre à cinq grandes questions:
- quelles corrélations entre volatilité et fluctuation des revenus ; - comment les États membres ont-ils mis en place l'outil assurantiel du second pilier de la PAC (développement rural) ; - comment s'inspirer des systèmes assurantiels existants aux États-Unis et au Canada notamment ; - comment prendre en compte la volatilité dans les accords de libre-échange en cours de négociation ; - comment mieux lutter contre la volatilité dans le cadre de la prochaine PAC.
« 61% des aides dans l'UE sont découplées, alors que chez les autres partenaires dans le monde c'est 0%. Nous sommes à contre-courant », a constaté Jacques Carles, délégué général de Momagri (Mouvement pour une organisation mondiale de l'agriculture). Maintenant que le marché européen est ouvert, les seuls outils nouveaux à la disposition des pouvoirs publics semblent être l'assurance (récolte ou revenus) et les aides contra-cycliques (qui se déclenchent uniquement en période de chute des cours).
Marc Tarabella (S&D, belge) a souligné le fait que l'UE avait abandonné aussi les mécanismes de régulation de l'offre, ce qui ne fait qu'accroître la baisse des prix. Pour José Bové (Verts/ALE, français), contrairement à ce qu'a dit un expert, les marchés financiers accentuent la volatilité des prix. Il a rappelé que le Conseil a refusé un mécanisme proposé par le PE visant à inciter financièrement les agriculteurs à réduire leur production en période de crise.
Jeroen Buysse, de l'université de Gand (Belgique), a évoqué une forme de prise en charge des risques liés au revenu. D'autres mécanismes sont envisagés par certains experts: un système de réserve d'argent alimentée chaque année dans laquelle les agriculteurs peuvent piocher à un moment donné pour investir ou encore des aides pour réduire l'utilisation d'intrants (d'engrais en particulier) afin de limiter la dépendance des agriculteurs, améliorer leurs marges et leur bilan écologique.
« On ne cherche plus à combattre la volatilité, mais à aider les agriculteurs à y faire face », résume Felice Adinolfi, professeur en économie agricole à l'université de Bologne. Il ajoute que, dans un marché ouvert à la mondialisation, la limitation de l'offre ne profite en définitive pas à ceux qui la mettent en oeuvre, mais aux autres qui continuent de produire. Et si l'UE devait sortir du dispositif actuel des aides directes, une combinaison d'aides contra-cycliques (pouvant être assorties d'incitation à la préservation de l'environnement) et d'assurances pourrait être la solution. Mais le problème de l'UE, contrairement aux États-Unis ou au Canada qui ont mis en place ce type d'outils, c'est le budget annuel très rigide qui ne peut varier d'une année sur l'autre.
La Commission continue de défendre le modèle actuel, qui permet de soutenir les revenus sans influencer les marchés. Tassos Haniotis, directeur à la direction générale de l'Agriculture de la Commission, a souligné qu'aux États-Unis, 90% des aides vont à trois cultures: le maïs, le soja et le blé. Selon lui, les mécanismes d'aides contra-cycliques et d'assurances ont permis aux agriculteurs américains de s'isoler des signaux de prix. Et il rappelle que « le revenu des agriculteurs européens, grâce aux aides directes, a été beaucoup moins volatil que celui des agriculteurs américains ces dernières années ». « Répondre à la volatilité des prix, cela revient à lier les aides aux productions. Nous ne pensons pas que ce soit une bonne idée. Mieux vaut traiter la volatilité des revenus », prévient-il. Sur ce point, la Commission attend beaucoup des nouveaux instruments d'assurance mis en place dans le cadre du second pilier (développement rural) de la PAC. Il va surtout falloir comprendre pourquoi cet outil n'a pas eu beaucoup de succès jusqu'à présent. (Lionel Changeur)