Bruxelles, 25/02/2016 (Agence Europe) - Les organisations et coopératives agricoles de l'UE réunies au sein du Copa-Cogeca ont présenté, jeudi 25 février, une « liste d'options visant à surmonter les crises actuelles du marché et à remédier aux problèmes de trésorerie ».
Les organisations agricoles de l'UE comptent bien peser dans le débat actuel sur d'éventuelles nouvelles mesures pour venir en aide à certaines filières en difficulté. Les États membres de l'UE avaient aussi jusqu'au 25 février pour présenter leurs idées pour faire face à la crise. La Présidence néerlandaise du Conseil présentera le 7 mars au CSA (comité spécial agriculture) un résumé des mesures suggérées dans les capitales. Le 7 mars également, à Strasbourg, le commissaire à l'Agriculture, Phil Hogan, débattra de la crise au sein de la commission de l'agriculture du Parlement européen.
La France avait tiré la sonnette d'alarme et provoqué un débat au niveau européen sur de nouvelles aides, après un paquet de 500 millions d'euros obtenu en fin d'année 2015. M. Hogan a rencontré jeudi à Paris, en fin d'après-midi, le Premier ministre et le ministre de l'Agriculture français.
Assurance-crédit à l'exportation. Le Copa-Cogeca propose ses pistes pour tenter de faire face à « la crise dans plusieurs secteurs: lait, viande porcine, viande bovine, fruits et légumes et céréales, entre autres ». Sur la plan commercial, l'Union doit se battre pour la réouverture du marché russe, notent, bien entendu, les organisations agricoles. Mais, rappelle la Commission, si l'on veut engager une vraie négociation avec Moscou, il faudra accepter une révision de la liste des personnes non autorisées à voyager dans l'Union, question qui relève de la diplomatie des États membres. Il faut aussi davantage mettre à profit les mesures de promotion et « développer l'utilisation de l'assurance-crédit en publiant des lignes directrices et en impliquant la Banque européenne d'investissement (BEI) dans un outil européen », souligne le Copa-Cogeca.
La réduction volontaire de la production de lait ne suscite pas un grand enthousiasme. Les organisations agricoles prônent par ailleurs « un meilleur fonctionnement de la chaîne alimentaire, y compris avec les secteurs en amont de l'agriculture, en améliorant la transparence des prix, en prévenant les retards de paiement et en luttant contre les pratiques commerciales déloyales ».
L'idée contenue dans le mémorandum français sur les marchés agricoles de donner des aides aux producteurs de lait pour réduire volontairement la production en période de crise ne fait pas énormément d'émules. Au Conseil déjà, plusieurs pays (dont le Royaume-Uni, l'Irlande et le Danemark) y sont opposés.
Pekka Pesonen, secrétaire général du Copa-Cogeca, a précisé que l'article 222 du règlement sur l'OCM (organisation commune des marchés) autorise des initiatives en faveur d'un gel ou d'une diminution volontaire de la production. Or, l'UE envisage, en termes de perspectives de marchés, une hausse d'environ 2% par an, a-t-il rappelé. « Allons-nous proposer une baisse substantielle de la production de l'UE, alors que nos concurrents, comme les États-Unis et la Nouvelle-Zélande, ne sont pas intéressés à faire cela ? », s'est-il interrogé. « Mais nous sommes dans une démarche de réflexion au sein de notre organisation » sur la question de savoir si nous pouvons soutenir un tel mécanisme, a-t-il dit. L'EMB (European Milk Board) défend une limitation centralisée des volumes de lait en période de crise. « Celle-ci pourrait être mise en oeuvre par le biais d'une réduction volontaire de la production. Cela permettrait de remédier à la saturation des marchés », explique l'EMB. Mais, selon cette organisation, la Commission et des pays comme l'Allemagne, les Pays-Bas et l'Irlande « continuent à promouvoir une politique d'augmentation des volumes et demeurent aveugles face à leur responsabilité de maintenir la paix sociale dans l'UE ». Farm Europe préconise une réduction de production, par le biais d'appels d'offres, sur un laps de temps limité et pour un volume prédéfini.
Relèvement du prix d'intervention. Le Copa-Cogeca préconise: - une hausse temporaire du prix d'intervention pour la poudre de lait écrémé et le beurre (à laquelle la Commission s'oppose toujours) ; - la prolongation de l'aide au stockage privé pour ces produits et la viande porcine ; - l'actualisation des dispositifs pour les fruits et légumes (relèvement du prix de retrait des tomates, un secteur en crise à cause des tomates marocaines). Il soutient aussi le projet annoncé en septembre, et pas encore mis en oeuvre, de distribution de produits laitiers aux réfugiés, avec une enveloppe de 30 millions €, tout en soulignant que l'aide alimentaire ne doit pas devenir un outil classique de gestion du marché.
Le Copa-Cogeca propose aussi des mesures pour « alléger la pression sur la trésorerie » des agriculteurs et coopératives: des instruments financiers simples dans le cadre du développement rural, du Programme européen pour les petites et moyennes entreprises (COSME) et de la BEI, susceptibles de les aider à poursuivre leurs investissements et à refinancer leurs emprunts. Il faut aussi « utiliser pleinement » les outils de gestion des risques disponibles dans le cadre du développement rural et au niveau national, souligne le Copa-Cogeca. La Commission va simplifier la procédure de modification des programmes nationaux de développement rural pour faciliter la mise en place d'outils de gestion des risques. Enfin, les organisations agricoles plaident pour une réduction des coûts des intrants « en supprimant les droits d'importation, notamment pour les engrais, l'équipement agricole et d'autres facteurs de production ». (Lionel Changeur)