Bruxelles, 25/02/2016 (Agence Europe) - Les ministres de l'Intérieur des Vingt-huit ont fait le point, jeudi 25 février à Bruxelles, sur la situation migratoire dans l'UE, notamment sur la route des Balkans occidentaux, dans un climat tendu et sans percée significative pouvant laisser espérer une sortie de crise. Motif de cette tension: les récentes décisions prises par plusieurs pays membres, notamment l'Autriche qui a décidé d'encadrer les passages de migrants depuis son territoire vers l'Allemagne et s'est attirée les foudres d'Athènes en l'écartant de ses réflexions.
Certains ministres avaient commencé la journée par un petit déjeuner informel consacré à la situation sur la route des Balkans organisé par la Présidence néerlandaise du Conseil de l'UE, puis les Vingt-huit dans leur ensemble ont déjeuné avec le ministre délégué turc de l'Intérieur pour discuter de la mise en oeuvre du plan d'action UE/Turquie.
Au final, toutefois, les ministres ont échoué à dégager une position commune de nature à mettre un terme à la cacophonie actuelle. « On est coincé », a résumé une source diplomatique à l'issue de la réunion. Le scénario possible ? Après le sommet des chefs d'État ou de gouvernement, le 7 mars, en l'absence d'une réduction très visible des flux migratoires depuis la Turquie vers l'UE, les États membres pourraient décider de fermer davantage leurs frontières et poursuivre sur la voie des décisions unilatérales, anticipe cette source.
Le commissaire européen chargé de la Migration, Dimitris Avramopoulos, a lui-même martelé toute la journée du 25 février qu'il ne restait « plus que 10 jours » aux États membres pour trouver des solutions européennes avant que « tout le système ne s'effondre », a-t-il lancé à l'issue de cette réunion. Le commissaire a eu beau répéter que la situation dans les Balkans occidentaux était très « critique » et que la crise humanitaire menaçait la région - notamment la Grèce qui redoute d'être un « camp » de rétention des migrants en Europe « comme le Liban », a dit son représentant jeudi matin en arrivant à Bruxelles -, les Vingt-huit ne sont pas parvenus à dégager des pistes de solutions.
Le ministre néerlandais de l'Immigration, Klaas Dijkhoff, a lui-même reconnu, lors de la conférence de presse finale, que, si une solution européenne restait préférable et l'objet des travaux, il ne pouvait être garanti que, sans améliorations concrètes, les États membres ne poursuivraient pas dans la voie des mesures nationales. «Tout le monde travaille toujours sur des solutions européennes, mais on ne peut pas garantir que cette approche, qui reste la préférée, produise des résultats », a dit le ministre.
Concrètement, le petit déjeuner consacré à la route des Balkans occidentaux - qui réunissait l'Allemagne, l'Autriche, la Grèce, la Croatie, la Slovénie ainsi que la Serbie et l'Ancienne République yougoslave de Macédoine (ARYM) - a servi à tenter de reconstruire les canaux de discussion entre les acteurs principalement concernés, ces pays s'étant encore engagés, selon le ministre néerlandais, à impliquer dans leurs décisions tous les pays qui pourraient être concernés par leurs potentielles conséquences.
Mais ce petit déjeuner s'est tenu au lendemain d'une mini-réunion organisée à Vienne sur cette même route des Balkans sans l'Allemagne ni la Grèce, deux pays qui n'ont pas apprécié la démarche. En effet, ce mini-sommet a été l'occasion pour le gouvernement autrichien de pointer du doigt la politique allemande vis-à-vis des réfugiés, mais aussi de conforter la politique de rétablissement des contrôles aux frontières intérieures de l'espace Schengen. Craignant l'isolement et n'appréciant que très peu cette initiative unilatérale, la Grèce a ainsi rappelé son ambassadeur en Autriche, jeudi 25 février, officiellement pour mener avec lui des « consultations », a indiqué le ministère grec des Affaires étrangères.
Plusieurs logiques à l'oeuvre dans l'UE
Selon une source diplomatique d'un grand pays, plusieurs groupes s'opposent aujourd'hui dans l'UE, l'un de ces groupes s'étant formé autour de l'Autriche et de la Slovaquie, qui campent sur leurs positions et restent parmi les « plus pessimistes » et qui pensent qu'aucun progrès ne sera fait sur le front migratoire d'ici le 7 mars et après cette échéance. Ces pays ont confirmé que cette date était « décisive » et le Premier ministre turc sera très attendu sur les résultats du plan d'action. Les autres défendent une « solution européenne », mais celle-ci n'est pas complète. Les efforts de la Grèce en ce sens sont scrutés de près et, si les taux d'enregistrement des migrants en Grèce continuent à progresser, « on peut constater que cette solution européenne existe ».
Mais, tout en ayant reconnu dans leur ensemble que la Grèce avait réalisé des progrès très nets dans le traitement et l'enregistrement des migrants arrivant sur son sol, les ministres attendent aussi des signaux très clairs de la part d'Ankara d'ici au 7 mars et dans la foulée de ce Sommet, « par exemple via l'image d'un ferry qui repartirait en sens inverse depuis la Grèce », a imaginé cette source. Il y a également les attentes chiffrées: il y « a 20 000 personnes qui passent chaque semaine, on veut qu'il n'y en ait plus que quelques centaines (qui arrivent) par semaine », a dit cette source. Pour la Commission, il faudrait que cette baisse soit de 1 000 à 1 500 personnes par jour. Le vice-ministre turc de l'Intérieur, Sebahattin Öztürk, présent à Bruxelles jeudi midi, a accepté « ce principe », a indiqué cette source, mais « il faudrait le montrer maintenant ».
La Commission demande des explications à Budapest
La Commission a demandé des éclaircissements à la Hongrie sur le projet de référendum concernant les décisions de relocalisation des migrants prises en septembre 2015, a dit M. Avramopoulos. La Commission se demande comment un référendum sur une décision adoptée à la majorité qualifiée est possible.
La France en colère contre la Belgique
Le ministre de l'Intérieur français, Bernard Cazeneuve, a fait savoir jeudi à son homologue belge, Jan Jambon, qu'il avait jugé « étrange » la décision belge de rétablir des contrôles à la frontière franco-belge en raison du démantèlement de la jungle de Calais. Le ministre français s'est plaint de ne pas avoir été informé. (Solenn Paulic)