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Bulletin Quotidien Europe N° 11470
Sommaire Publication complète Par article 26 / 26
SUPPLÉMENT HEBDOMADAIRE / Bibliothèque européenne

N° 1122

*** PHILIPPE HERZOG: Identité et valeurs: quel combat ? Imaginaire d'une renaissance culturelle. Editions Le Manuscrit (20 rue des Petits champs, F-75002 Paris. Tél.: (33-890) 711018 - fax: (33-1) 48075010 - Courriel: communication@manuscrit.com - Internet: http://www.manuscrit.com ). Collection « L'Europe après l'Europe ». 2015, 90 p., 10,90 €. ISBN 978-2-304-04544-4.

Cet essai est le fait d'un sage que guette le désanchentement, et qui ne se résigne pas à y succomber. D'où ces quelques dizaines de pages alertes et stimulantes qui prolongent un « chemin d'utopie » l'ayant conduit, après un détour par le communisme, au chevet de l'Europe communautaire dont la construction est - et reste plus que jamais, envers et contre tout ! - « le grand projet politique de notre temps ». Si sa foi européenne demeure intacte, cet ancien député européen et proche conseiller du commissaire européen « de l'autre bord politique » qu'était Michel Barnier sait combien « les démons sont de retour » sous la forme, entre autres, de nationalismes renaissants. Tout son propos consiste, dès lors, à discerner quels pourraient être les ferments d'une « renaissance culturelle » de l'Europe qui permette de prendre la mesure (et non plus de simplement subir) d'une « révolution anthropologique » liée à la mondialisation et, surtout, d'amener les citoyens à penser leurs valeurs et identité dans la perspective de l'Europe à désirer.

Dans une première partie, l'auteur propose un « retour critique aux fondamentaux » qui invite entre autres à réinventer la culture européenne en l'adaptant aux réalités du monde d'aujourd'hui et en veillant à ne pas oublier qu'elle « a précédé la culture nationale », la française étant tout particulièrement soupesée. A cet égard, même s'il se trompe en laissant croire que Jean Monnet aurait bel et bien préféré « commencer par la culture », Philippe Herzog observe que la renaissance qu'il a initiée au début des années 50 reste « inaboutie » car les États membres restent enfermés « dans l'État-nation », la République française défendant par exemple des valeurs républicaines qui ne font plus sens puisqu'elles sont contredites « par l'expérience du chômage et de l'exclusion ». Il importe dès lors de sortir du « carcan » que constitue désormais « le couple État-nation » et d'amener chaque citoyen, par-delà les corps dirigeants des nations, à reconcevoir leur identité nationale en la mâtinant de citoyenneté européenne afin de pouvoir honorablement « s'inscrire dans une société mondiale » qui est désormais le seul horizon possible. Il importe par conséquent de tout faire pour éviter, dans un premier temps, que l'Europe ne se décompose sous les coups de boutoir de l'immigration et du fait aussi, par exemple, que « l'Europe des règles a été dévoyée en régulocratie ». A cette fin, il convient de réinventer les promesses de paix et de prospérité en repensant notamment « le rapport du politique et de l'économie » en allant au-delà de « la régulocratie européenne » qui « tente de court-circuiter le politique défaillant et prétend gouverner par les normes et les objectifs ». En clair, il faut réinventer la politique, écrire un nouveau contrat social et cesser de « s'agripper à un État sclérosé pour qu'il change le cours des choses ». Vaste programme…

Philippe Herzog est-il un rêveur impénitent ? Sans doute. Le fait que ce cinéphile averti consacre la deuxième partie de son essai à « ce que le cinéma dit de l'Europe » tendrait même à le confirmer. Toutefois, la troisième partie est là pour démontrer que ses rêveries s'avèrent très pratiques et que, s'étant imprégné des réflexions philosophiques d'Heidegger sur la culture, il trace des chemins bien balisés « pour que l'esprit de la renaissance l'emporte sur les forces de décomposition ». Ainsi, dénonçant « l'impuissance de nos sociétés civiles, des gouvernements nationaux et de l'Union européenne face au chômage massif », il les invite à aller au-delà du mantra de la « croissance » prétendument salvatrice pour innover afin de « permettre à chacun de participer à l'activité selon ses capacités, récréer une cohésion sociale et réhabiliter l'environnement », le tout pour réaliser « un meilleur puis un plein-emploi des capacités humaines, et changer le mode de productivité par un gigantesque effort d'innovation » dont il esquisse quelques pistes concrètes. Il plaide également pour l'avènement d'une « démocratie participative » qui déborde les cadres de la société civile « professionnelle » pour embrasser les acteurs d'une citoyenneté active « ouverte en réseaux par-dessus les frontières ». Toutes ses idées susciteront-elles l'adhésion ? Pas sûr. Ainsi, il appelle de ses voeux une « Union politique différenciée » car « il faut prendre acte de la fragmentation de l'Union ». Sans doute, mais convient-il de le suivre lorsqu'il récuse une « prétention française à vouloir bâtir une avant-garde, caricature de nos égos politiques », là où bien des europhiles voient au contraire une voie pavée de bon sens ? Comment lui donner tort, par contre, quand il souligne la nécessité de « former société en Europe » et de créer un espace public européen pour pallier aux tares de nos sociétés ? « Dans le système politique national la règle tient lieu de morale, et le théâtre de la représentation produit de la passivité et de la bonne conscience », argumente-t-il en assénant que « seule une société civile active peut aujourd'hui réinventer la démocratie ». Personne ne s'étonnera bien entendu que ses idées soient bientôt ignorées dans les cénacles où siègent ceux qui « gouvernent » l'Union et ses États, même si ceux-ci savent que, cette fois, ce n'est pas Godot que les Européens attendent…

Michel Theys

*** Politique. Revue de débats. ASBL Politique (9 rue du Faucon, B-1000 Bruxelles. Tél.: (32-2) 5386996 - Courriel: secretariat@politique.eu.org - Internet: http://politique.eu.org ). Novembre/décembre 2015, n° 92, 84 p., 9 €. Abonnement: 40 €.

Dans ce numéro de la revue progressiste belge francophone, l'éditorialiste et rédacteur en chef Henri Goldman stigmatise « le logiciel social-démocrate » qui, faute d'une croissance vigoureuse, « tourne dans le vide, avec un personnel politique complètement formaté par une longue addiction au pouvoir et bien incapable de changer de paradigme ». Dans sa foulée, Thomas Lesuisse salue l'avènement, au Royaume-Uni (Jeremy Corbyn) et aux États-Unis (Bernie Sanders), de vétérans issus des « luttes post-matérialistes » qui « se trouvent en position d'incarner l'alternative à gauche » et, sans doute, d'appuyer les forces de la société civile qui s'emploient à transformer la société sans (fatalement) prendre le pouvoir. Un dossier très complet est consacré à ces initiatives, deux contributions portant notamment sur le modèle des « coopératives intégrales » en Espagne et à l'éclosion d'alternatives en Grèce où, selon Gabriel Maissin, prévaut une… « crise humanitaire », ce qui est « un terme ahurissant pour un pays européen ». Pour sa part, Etienne Lebeau s'intéresse au plan Juncker qu'il juge excellent sur le principe, mais largement insuffisant pour une triple raison: son « ampleur trop modeste compte tenu du marasme économique actuel », le caractère insuffisamment innovant des dispositifs qu'il annonce et, surtout, le fait que les véritables raisons du manque d'investissement n'y sont pas identifiées, la Commission européenne pensant avoir simplement affaire à une « récession classique » là où c'est une « récession profonde, pouvant dégénérer en dépression économique » qui touche l'Union.

(MT)

*** GEORGE OIKONOMOU: La démocratie directe. Les autorités, les arguments, les possibilités. Editions Papazisi (2 rue Nikitara, GR-10678 Athènes. Tél.: (30-210) 3822496 - fax: 3809020 - Courriel: papazisi@otenet.gr - Internet: http://www.papazisi.gr ). 2015, 256 p., 13,85 €. ISBN 978-960-02-3064-2.

Dans les partis politiques et les médias, chez les intellectuels et sur Internet, la notion de démocratie est entourée de beaucoup de confusion. Ce livre d'un philosophe de l'Université de Crète est destiné à apporter certaines clarifications. Après être remonté aux origines historiques de la démocratie dans la Grèce antique et avoir rappelé quels sont les institutions et les arguments fondamentaux fondant ce système, George Oikonomou part du « mouvement des places » de l'été 2011 pour s'intéresser à la démocratie directe, entre autres à la lumière du parlementarisme et de la Constitution suisses. Il saisit aussi la démocratie dans sa « relation » avec les idéologies du libéralisme, du socialisme, du communisme et de l'anarchie. Enfin, il étudie quelles pourraient être les conditions pour changer aujourd'hui le régime oligarchique et les possibilités de participation directe des citoyens, en particulier dans le cas de la Grèce. Pour l'auteur, la crise qui frappe ce pays depuis 2008 a mis cruellement à nu les insuffisances et autres carences du système de démocratie représentative, rendant indispensable la réflexion sur la manière de parvenir à ce que le pouvoir politique soit réellement contrôlé par le peuple. La crise économique a remis au centre des débats la question du sens de la démocratie, laquelle doit à la fois garantir la possibilité d'une participation égale de tous dans la définition de la puissance et conférer à chacun la responsabilité de la mise en oeuvre des décisions politiques prises au nom du peuple. Voilà qui a nourri les perspectives d'organisation politique ayant mobilisé les mouvements et partis de gauche ces derniers temps, en Grèce mais pas seulement. Nombre d'entre eux revendiquent la démocratie directe comme étant leur propre acquis, mais l'auteur montre que ses «défenseurs» interprètent cette notion de façons différentes, parfois comme un accord de l'ensemble ou comme un consensus, parfois comme une invitation à se conformer à ce qui relèverait d'un nouveau centralisme démocratique. Il est très rare que la notion soit utilisée et interprétée comme l'instrument d'une majorité transcendant les clivages partisans.

(AKa)

*** Fedechoses… pour le fédéralisme. Presse fédéraliste (Maison de l'Europe et des Européens, 242 rue Duguesclin, F-69003 Lyon. Internet: http://www.pressefederaliste.eu ). Septembre 2015, n° 169, 40 p.. Abonnement annuel: 30 €.

Ce numéro d'une revue fédéraliste française toujours combative fait une large place aux « crises qui menacent l'Europe et la démocratie » (crise de la Grèce et de l'Europe, mais aussi « d'une gauche qui ne comprend pas l'Europe », est-il indiqué dans l'éditorial), le Lyonnais Rudolf Kalman parlant ainsi carrément de « guerre civile européenne » puisque l'Union se trouve, selon lui, « à nouveau en guerre avec elle-même », c'est-à-dire « l'Europe des banques contre l'Europe des peuples ». Pour sa part, l'économiste Michel Herland juge que la zone euro restera bancale tant qu'elle ne gèrera pas les situations diverses en son sein comme la France le fait avec ses propres régions, tout aussi diverses en termes de développement et de taux de chômage. Il rappelle au passage « que les défauts sur les dettes souveraines ne sont nullement des exceptions ». Quant à l'ancien député européen et fédéraliste britannique Andrew Duff, il constate que les réponses apportées jusqu'à présent à la crise née en 2008 ont consisté « à renforcer le caractère technocratique de l'UE et de compromettre sa légitimité démocratique » ; par conséquent, l'Union reste « piégée dans une situation d'incertitude entre une organisation confédérale (dont il est prouvé qu'elle ne marche pas bien) et une union fédérale (qui n'a pas encore été essayée) », la seule porte de sortie par le haut étant de procéder à une « révision radicale des traités ». Parmi les autres sujets abordés figurent la question des migrants et la question des langues minoritaires.

(MT)

*** NIKOS MOUSSIS: L'Union européenne. Le droit, l'économie, la politique. Editions Papazisi (voir coordonnées supra). 2015, 606 p., 40,28 €. ISBN 978-960-023107-6.

Avec cet ouvrage, Nikos Moussis a voulu donner une image globale du processus d'intégration européenne et guider pas à pas le lecteur dans le labyrinthe des politiques européennes. Depuis très longtemps fonctionnaire européen, l'auteur est actuellement directeur à la DG « Entreprise » de la Commission, son long parcours lui permettant de donner une vue d'ensemble des institutions et des raisons de leur existence fondée sur la pratique et l'expérience personnelle. Au fil des pages, il analyse ainsi minutieusement les traités européens, la structure et les fonctions des institutions européennes, l'Union douanière, le Marché commun et l'Union économique et monétaire, ce en accordant une attention particulière aux droits des citoyens et à la protection des consommateurs, ainsi qu'aux dimensions de la politique régionale, de la politique sociale, de la politique fiscale et de la politique environnementale. Un chapitre est consacré aux politiques sectorielles (industrie, recherche et développement, énergie, transports, politique agricole et pêche), un autre l'étant aux politiques externes (politique commerciale et relations extérieures) et à leurs perspectives. Egalement professeur visiteur dans trois Universités américaines (Emory, Atlanta et Georgia), l'auteur se réfère à un certain nombre de références précises du Journal officiel, de sorte que le lecteur est guidé vers les dispositions du droit européen qui l'intéressent particulièrement. Il fournit des informations bibliographiques pour plus de 600 écrits internationaux très prestigieux et des articles de presse, sélectionnés par sujet, une vaste bibliographie et un glossaire ponctuant l'ouvrage.

(AKa)

*** ELISABETH LAMBERT ABDELGAWAD, HELENE MICHEL (sous la dir. de): Dictionnaire des acteurs de l'Europe. Editions Larcier (139/6 rue Haute, B-1000 Bruxelles. Tél.: (32-10) 482511 - fax: 482693 - Courriel: commande@deboeckservices.com - Internet: http://www.larcier.com ). Collection « Dictionnaires Larcier ». 2015, 409 p., 75 €. ISBN 978-2-8044-7168-2.

Ce Dictionnaire innove en ce qu'il ne s'intéresse pas seulement aux institutions européennes et à ceux qui les font fonctionner, mais accorde une large place, ainsi que l'explique ses deux coordinateurs, « à ceux au nom de qui l'Europe se fait (citoyens, électeurs, travailleurs, employeurs, justiciables…) et qui oeuvrent aussi au projet européen, pour le changer, l'empêcher ou le réaliser ». A cette approche peu habituelle de sociologie politique européenne s'ajoute la volonté des auteurs de ne pas se cantonner à « l'Europe de l'Union européenne » mais de s'ouvrir, bien au contraire, à « l'Europe des droits de l'homme ». La grande majorité des 118 entrées concerne les différents acteurs, tandis que d'autres portent sur des concepts transversaux en lien avec ceux-ci. Les plus de quatre-vingt rédacteurs de ces entrées, tous issus du monde académique (ce livre est aussi une vitrine des recherches conduites en sociologie politique européenne à l'Université de Strasbourg), rendent compte de la complexité des divers phénomènes dont ils traitent, laissant à l'appréciation du lecteur les controverses existantes et les questions en suspens. Les entrées vont des « Acteurs du local » aux « Verts » en passant, entre autres, par les « Citoyens » - qui peuvent être « citoyens de papier », « citoyens en actes » ou « citoyens participants » -, les Directeurs généraux de la Commission, le « fédéralisme budgétaire », les « Lobbyistes », les « Militants », les « Protestations » et les « Souverainistes ». L'ouvrage est assorti d'un index et enrichi par un index des noms propres.

(PBo)

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