Strasbourg, 17/12/2015 (Agence Europe) - L'Union européenne doit approfondir ses relations commerciales avec la Chine tout en veillant au respect de ses propres valeurs fondamentales.
Tel est le sens d'une résolution non législative du Parlement européen adoptée mercredi 16 décembre à l'occasion du 40ème anniversaire des relations diplomatiques entre l'UE et la République populaire de Chine. Par contre, les députés ne se positionnent pas sur l'octroi ou non à la Chine du statut d'économie de marché qui permettrait à Beijing de se protéger des actions antidumping de l'UE.
Le rapport, préparé par le Néerlandais Bastiaan Belder (CRE), brosse des thèmes très différents, tels que l'accord bilatéral d'investissement en cours de négociation, les multiples contacts entre les deux parties, le respect des droits de l'homme ainsi que la politique intérieure et extérieure de la Chine. « La Chine est un partenaire stratégique et un acteur clé sur l'échiquier mondial. Elle sera bientôt la première puissance mondiale », a reconnu le député Antonio Lopez-Isturiz White (PPE, espagnol) lors du débat organisé la veille du vote.
Les investissements chinois en ligne de mire. Les eurodéputés se réjouissent de la volonté de la Chine de participer au plan 'Juncker', destiné à stimuler l'investissement en Europe. Ils affirment que ces investissements volumineux (entre 5 et 10 milliards d'euros) pourraient notamment être orientés vers le développement de liaisons ferroviaires, de ports et d'aéroports. Ils prennent toutefois le soin d'ajouter que le Fonds européen pour les investissements stratégiques (FEIS), le principal outil du plan Juncker, devrait rester « sous la gouvernance de l'Union européenne », et ce, même si les investissements chinois venaient à dépasser ceux des États membres. Dans ce contexte, la résolution exhorte la Haute Représentante de l'Union pour les Affaires étrangères, Mme Mogherini, et la Commission européenne à réfléchir aux effets de la politique d'investissement mondiale de la Chine ainsi que de ses activités en matière d'investissement dans l'Union européenne et dans ses pays voisins à l'Est.
Sources d'inquiétudes. Les eurodéputés rappellent qu'un partenariat avec la Chine doit se faire dans le respect des valeurs fondamentales de l'UE. Dans ce contexte, ils demandent que les accords bilatéraux d'investissements - et en particulier celui négocié depuis janvier 2014 avec la Chine - contiennent un chapitre lié au développement durable. Ils réclament des « engagements contraignants en ce qui concerne les normes fondamentales du travail de l'Organisation internationale du travail et les principaux accords multilatéraux sur l'environnement ». Le rapport soulève aussi la question des pratiques de dumping et le manque de transparence en ce qui concerne les politiques et les subventions du gouvernement chinois par l'intermédiaire de crédits d'impôt, de concessions de terres, de crédits à taux réduit et de matières premières subventionnées. Le PE réclame, dans ce contexte, « un traitement équitable des entreprises tant en Europe qu'en Chine ».
Enfin, les eurodéputés identifient un grand nombre de discriminations dans le pays: restrictions à la liberté d'expression, d'association, de réunion, de religion. Ils invitent le Service européen pour l'action extérieure (SEAE) à veiller à ce que les droits de l'homme figurent parmi les priorités de l'agenda des relations et des dialogues avec la Chine.
Plus de coordination européenne. En toile de fond, la résolution appelle à davantage de coordination européenne. Elle exhorte les États membres à se consulter davantage « notamment au regard du forcing diplomatique dont fait actuellement preuve Pékin et de sa volonté de redessiner l'architecture de la gouvernance mondiale ». Cette allusion fait notamment référence à la coopération qui s'est récemment mise en place entre la Chine et la Bulgarie, la Croatie, la République tchèque, l'Estonie, la Lettonie, la Lituanie, la Hongrie, la Pologne, la Roumanie, la Slovaquie et la Slovénie, via le 'groupe des 16+1'. Le Parlement, de son côté aussi, exige également d'être mieux associé aux travaux de l'UE: il demande au SEAE et à la Commission de lui présenter annuellement un rapport sur l'évolution des relations entre les deux parties.
Le statut de la Chine passé sous silence. Contre toute attente, le rapport ne prend pas position sur l'octroi à la Chine du statut d'économie de marché au sein de l'Organisation mondiale du commerce (OMC). Pour rappel, le pays est considéré depuis son entrée dans l'OMC en 2001 comme une économie non marchande. Ce statut lui vaut, par exemple, des amendes plus lourdes que si elle était considérée comme une économie de marché. Suite à l'adoption du rapport de Bastiaan Belder, le groupe S&D a considéré « prématurée » toute modification du statut de l'économie chinoise. (Sophie Petitjean)