Bruxelles, 18/12/2015 (Agence Europe) - Réunis jeudi 17 à Bruxelles pour un 6ème sommet consacré à la crise migratoire en 2015, les leaders européens se sont concentrés, sans surprise, sur la protection des frontières extérieures de l'espace 'Schengen' de libre-circulation.
Ils ont insisté sur la nécessité d'établir des contrôles systématiques de sécurité. Ils ont, à nouveau, appelé à remédier aux défaillances constatées en ce qui concerne les décisions de relocalisation de 160 000 personnes dans l'UE et la mise en place des centres ('hotspots') d'enregistrement des migrants arrivant dans l'UE, alors que les flux d'arrivées atteignent encore 4000 personnes par jour.
Les leaders ont aussi eu un premier échange de vues sur les propositions de la Commission qui visent à créer une future Agence de garde-côtes et garde-frontières européens, à qui serait octroyé - en dernier ressort - un 'droit d'intervenir' à une section sensible des frontières communes de l'UE, même si l'Etat membre concerné n'en fait pas la demande explicite (EUROPE 11454). Cette disposition a été considérée lors de sa présentation comme une atteinte possible à la souveraineté nationale.
« Le débat a été assez apaisé », a pourtant relaté une source diplomatique.
Pour le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, la discussion des leaders européens a été l'occasion de constater « un accueil favorable » à ses propositions sur les garde-frontières. « On s'est mis d'accord pour adopter les textes d'ici à la fin de la présidence néerlandaise » du Conseil de l'UE (fin juin 2016), a-t-il indiqué. Il a aussi rappelé que la Commission présenterait rapidement une révision du règlement de Dublin sur le droit d'asile, et un paquet sur la migration légale au printemps 2016.
Aucune décision en tant que telle n'a été prise jeudi soir sur ce droit d'intervenir, qui sera essentiellement étudié au niveau des ministres de l'intérieur de l'UE, mais les leaders se sont en effet engagés dans leurs conclusions à adopter leur position sur cette Agence de garde-côtes et garde-frontières européens « sous la présidence néerlandaise », stipule le texte des conclusions que les Vingt-huit.
Réticences. Pour certains pays, comme la délégation polonaise, les propositions de la Commission doivent « être vues comme un paquet » global. Il ne faut pas uniquement se concentrer sur ce fameux « droit d'intervenir », avait fait valoir dans la journée le ministre polonais des Affaires européennes.
« Ce n'est certainement pas un thème mineur, cela touche à la souveraineté nationale », a renchéri le Premier ministre espagnol, Mariano Rajoy. « Il faudra en parler, en parler beaucoup. Et distinguer les pays selon les circonstances. L'Espagne assure bien le contrôle de ses frontières et nous avons la capacité de le faire dans le futur », a estimé l'Espagnol.
En attendant ces décisions, toutes les mesures devront être prises pour remédier aux vulnérabilités constatées en certains points des frontières externes de Schengen, a expliqué le président du Conseil européen Donald Tusk, se félicitant ainsi que l'agence Frontex et le gouvernement grec se soient mis d'accord pour lancer une opération RABIT en décembre (EUROPE 11446).
S'agissant du processus laborieux de relocalisation des migrants bénéficiant du droit d'asile dans l'UE, la chancelière allemande, Angela Merkel, a expliqué qu'il s'agissait d'« un processus d'apprentissage », « non linéaire mais exponentiel ». Le président français François Hollande a, lui, confirmé que des réflexions étaient menées pour rapprocher ces programmes de relocalisation (au sein de l'UE) et de réinstallation (d'un pays tiers vers l'UE), notamment le programme pour les réfugiés syriens actuellement en Turquie, qui a fait l'objet d'un mini-sommet jeudi (voir autre nouvelle). « Ces réinstallations peuvent parfaitement se faire, à condition que cela vienne justement par rapport aux engagements pris, et pas au-delà, et que, parfois, cela se fasse en substitution des relocalisations », a expliqué M. Hollande. (Solenn Paulic avec Camille-Cerise Gessant, Pascal Hansens et Mathieu Bion)