Bruxelles, 28/10/2015 (Agence Europe) - Le partenariat euro-méditerranéen « doit être renforcé afin de pouvoir traiter collectivement, efficacement et durablement les nombreux défis qui se posent en Méditerranée », a plaidé Jean Asselborn, ministre des Affaires étrangères du Luxembourg et président en exercice du Conseil de l'UE. Il s'adressait, mardi 27 octobre, aux hauts fonctionnaires (ambassadeurs) en charge du processus de dialogue euro-méditerranéen réunis en session périodique.
Les « défis importants » auxquels est confronté l'espace euro-méditerranéen obligent à agir sur « les plans sécuritaire et socio-économique », a-t-il affirmé. « Les conflits, la migration et l'immigration clandestine, le terrorisme, les extrémismes, mais également l'emploi des jeunes, la faiblesse de la croissance et le changement climatique sont autant de défis partagés par l'ensemble des pays de la région et qui nécessitent des réponses urgentes, collectives et régionales ».
Il s'est félicité du rôle que joue l'UpM et de l'initiative prise par ses co-présidences (UE et Jordanie) d'organiser une réunion au niveau ministériel le 26 novembre à Barcelone, la première depuis la création de la structure commune en 2008, a rappelé M. Asselborn. Il est, selon lui, « important de faire le point sur ce qui a été réalisé en 20 ans de processus de Barcelone » afin « d'élaborer une feuille de route » et amorcer la relance d'un processus euro-méditerranéen qui peine à décoller. Il n'en a pas moins dressé un bilan relativement satisfaisant, en ce que l'UpM a identifié une série de projets qui nécessitent 5 milliards d'euros de financements. La mobilisation de fonds demeure cependant l'écueil principal à la réalisation de tels projets dans la création d'emplois et le développement durable.
Pour sa part, le Grand-Duché souligne l'intérêt d'une initiative qu'il a lancée en juillet dernier en faveur de la création d'emplois et qui devait être encore discutée par les hauts fonctionnaires. M. Asselborn espère que l'initiative sera lancée officiellement le 1er décembre à Barcelone en session ministérielle. Plus largement, dit-il, « vu les défis énormes, il me semble nécessaire de renforcer l'UpM » et « de lui fournir les ressources financières adéquates » et de lui conférer un « rôle accru » à la faveur de la révision de la politique européenne de voisinage.
Le président en exercice du Conseil a aussi abordé dans son discours les grands défis politiques posés aux pays de la région, en premier lieu le « dossier prioritaire » que représente « le flot de migrants (qui), nous met face à nos responsabilités». Il a regretté qu'en « temps de crise des velléités unilatérales, des réflexes nationalistes, voire populistes, ont malheureusement tendance à réapparaître ». Mais « aucun pays n'est capable d'affronter seul cette crise sans précédent », a-t-il prévenu, estimant que « le repli sur soi n'est pas la solution ». Il a espéré que le Sommet de La Valette (11-12 novembre 2015) définira une « approche globale ».
M. Asselborn a ainsi évoqué la Libye dont « l'appareil étatique est toujours en péril ». « L'augmentation de la violence et l'absence de contrôles des flux migratoires vers et en provenance de ce pays ont créé autant de conditions propices à l'émergence de réseaux criminels spécialisés dans les migrations clandestines et la traite d'êtres humains à destination de l'Europe ». La question est en lien aussi avec le conflit syrien. « Un Syrien sur six a désormais fui son pays. Un Syrien sur deux a dû abandonner son foyer. Chaque jour, 9 500 personnes s'ajoutent à cette liste des déplacés. Chaque minute, une famille est contrainte de laisser tout derrière elle ». À son avis, la solution ne peut être que politique, ni militaire, ni uniquement humanitaire. Il a aussi dénoncé « la barbarie destructrice du groupe terroriste Daech » et regretté par ailleurs « la situation extrêmement préoccupante » au Proche-Orient. « L'année 2015 a été le triste symbole de l'impasse d'un processus de paix qui n'en porte plus que le nom ». C'est « l'absence totale d'horizon politique crédible qui a mené aux violences actuelles faisant ressurgir le spectre d'une troisième intifada ». Il réitère sa foi dans la solution des deux États, mais « pour (la) sauver, il faut changer de méthode (…) L'heure n'est plus à la répétition des démarches qui n'aboutissent à rien ». Il faut « promouvoir un nouveau format de négociation » en y « associant davantage les Européens et les pays arabes, réactiver le rôle du Conseil de sécurité et fixer un délai raisonnable pour l'aboutissement des négociations », a conclu M. Asselborn. (Fathi B'Chir)