Bruxelles, 27/10/2015 (Agence Europe) - Après le temps des promesses pour répondre à la crise migratoire, les États membres devraient penser à les mettre en oeuvre s'ils ne veulent pas voir la situation, comme leurs relations mutuelles, s'aggraver davantage.
Ce message est celui qu'ont porté, mardi 27 octobre, le président de la Commission européenne et la plupart des groupes politiques du Parlement européen, lors d'un débat en séance plénière à Strasbourg consacré aux résultats du Conseil européen du 15 octobre (EUROPE 11411) et du mini-Sommet organisé dimanche 25 octobre (EUROPE avait publié exceptionnellement un article en ligne) par M. Juncker et la chancelière allemande, Angela Merkel, sur la route des Balkans.
Devant le Parlement, M. Juncker est revenu sur les toutes dernières mesures prises dimanche par les 11 leaders de l'UE et hors de l'UE, notamment la création de 100 000 places d'accueil pour les réfugiés sur la route des Balkans, mais aussi sur les engagements, toujours non tenus, des Vingt-huit pris le 23 septembre lors d'une autre réunion consacrée au défi migratoire. Il a aussi pointé du doigt la faiblesse des engagements budgétaires et les limites atteintes par le budget de l'UE, qui fournira sur 2015 et 2016 environ 10 milliards d'euros pour gérer cette crise. Il a également critiqué le peu d'empressement des capitales européennes à répondre aux appels en personnel effectués par les agences européennes Frontex et EASO qui ont sollicité les États membres pour assurer l'enregistrement et l'identification des migrants arrivant aux frontières extérieures de l'UE. Il n'a pas hésité non plus à critiquer la lenteur dans la mise en oeuvre des décisions de relocalisation de 160 000 réfugiés au total. « Les États membres bougent trop lentement, ils devraient commencer à courir », a ironisé Jean-Claude Juncker devant les députés.
À ce jour, les États membres n'ont pas répondu à l'appel de Frontex de disposer de 775 garde-frontières supplémentaires, seule une poignée d'entre eux a promis de dépêcher 326 officiers. Pour l'EASO, sur les 374 demandées, seuls 145 personnes ont été promises, a dit M. Juncker. « Nous avons besoin urgemment d'experts » pour assurer ces missions d'enregistrement des migrants, a-t-il répété. Les États membres traînent par ailleurs à désigner des officiers de liaison en Grèce et en Italie, dispositif qui sert à définir avec le migrant concerné et l'État membre de départ (la Grèce ou l'Italie) le pays vers lequel il va être relocalisé. À ce jour, seuls 3 États membres ont désigné un tel officier de liaison pour la Grèce et 8 pour l'Italie. Seuls 9 États membres se sont aussi engagés à accueillir 700 réfugiés (sur 160 000).
L'UE n'est « pas en bonne forme »
Commentant plus précisément les résultats du mini-Sommet du 25 octobre consacré à la route des Balkans, M. Juncker a également déploré qu'il ait fallu convoquer une réunion pour amener les chefs d'État ou de gouvernement de ces pays à se parler entre eux et cesser de s'invectiver alors que les tensions entre la Slovénie, la Croatie, la Hongrie, mais aussi avec l'Allemagne ou l'Autriche, se sont multipliées sous le coup des arrivées incessantes de milliers de migrants en seulement quelques jours. Reconnaissant que les discussions lors de cette réunion ont pu être tendues, le président de la Commission a jugé étonnant « qu'on ait eu à convaincre les États membres de (…) s'informer entre eux sur les mouvements de réfugiés ». « Cela veut dire une nouvelle fois que l'UE n'est pas en bonne forme », a-t-il regretté.
Le président du Conseil européen, Donald Tusk, a également jugé que la situation était actuellement pleine de défis pour l'unité de l'UE comme pour l'espace de libre circulation Schengen. « Et ce qui est encore plus dangereux », a dit M. Tusk, c'est que cette crise a le potentiel « de créer des changements tectoniques dans le paysage politique européen » qui ne sont pas « pour le mieux ». Pour lui, « il est primordial d'assurer l'unité de nos États membres et nos institutions européennes. (…) Sinon, je ne veux pas penser à l'alternative », a-t-il mis en garde.
Ces craintes ont été partagées par la plupart des groupes politiques, le groupe PPE ayant aussi insisté sur la mise en oeuvre par les États membres de leurs engagements. « Dimanche dernier, il est devenu évident que le vrai dirigeant de l'Europe, c'est la Commission européenne », a réagi le député allemand Manfred Weber. « Ce sont les États membres qui ne remplissent pas leur rôle » et c'est « à eux, maintenant, de mettre en oeuvre ce qu'ils se sont engagés à faire », a-t-il insisté.
Premières décisions concrètes après le mini-Sommet du 25 octobre
Le 27 octobre, la Commission a fait savoir qu'elle avait enregistré les premiers résultats suite au mini-Sommet sur la route des Balkans. Lors de cette réunion, qui a duré plus de 7 heures, les leaders de 11 pays de l'UE (Autriche, Allemagne, Bulgarie, Grèce, Hongrie, Slovénie, Croatie, Roumanie) et hors UE (Serbie, ex-République yougoslave de Macédoine et Albanie) ont décidé qu'ils s'informeraient une fois par semaine de l'évolution des flux de migrants sous la houlette de la Commission. Une première 'téléconférence' doit avoir lieu jeudi 29 octobre. Chacun de ces pays a également désigné une personne servant de point de contact national.
En adoptant un plan d'action en 17 points, ces leaders se sont aussi engagés à mettre en place avec le Haut-Commissariat aux réfugiés des Nations unies 100 000 places d'accueil pour les réfugiés sur la route des Balkans dont 50 000 en Grèce. L'idée est à la fois humanitaire - ne pas laisser ces personnes dormir dehors sans nourriture ni assistance, surtout avec l'arrivée de l'hiver - et stratégique, ces places d'accueil permettant de fixer les réfugiés en un endroit et de maîtriser ainsi les traversées entre les États membres. La Grèce a accepté de mettre en place 30 000 places dès cette année (des hôtels, des logements vides devraient être réquisitionnés) mais le financement n'a pas été précisé. La Commission a seulement débloqué lundi 26 octobre une nouvelle aide d'urgence de 5,9 millions d'euros en faveur de la Grèce. (Solenn Paulic)