*** CÉLINE ROMAINVILLE (sous la dir. de): European Law and Cultural Policies / Droit européen et politiques culturelles. Presses Interuniversitaires Européennes / Peter Lang (1 av. Maurice, B-1050 Bruxelles. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com mailto: France.univers@wanadoo.fr - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection "Europe des cultures", n° 12. 2015, 343 p., 50,30 €. ISBN 978-2-87574-255-1.
Ce livre procède d'une intuition: les politiques culturelles initiées dans le cadre de l'Union européenne ne seraient « pas dénuées d'ambiguïté ». Ainsi que l'observe le Pr. Marc Verdussen dans sa préface, elle « s'est trouvée passablement confirmée » lors du colloque organisé au Parlement européen en novembre 2013 par le Centre de recherche sur l'État et la constitution de l'Université catholique de Louvain dont cet ouvrage rend compte amplement. Il voit différents spécialistes essentiellement issus du monde académique interroger de manière critique les voies par lesquelles l'Union s'est emparée de la question culturelle et l'a intégrée dans l'ensemble de ses composantes. En clair, précise Céline Romainville, « chef d'orchestre de cette partition scientifique » (dixit le préfacier), il s'est agi « de décrire, d'expliquer et d'évaluer les objectifs, la nature, la portée et l'impact des interventions européennes en matière de politique culturelle afin de déceler dans quelle mesure le droit européen assume, respecte, protège et promeut la multidimensionnalité des politiques culturelles et, in fine, de la culture elle-même ». Le concept de multidimensionnalité est d'emblée explicité par cette chargée de recherche du Fonds national de recherche scientifique qui enseigne dans trois universités belges: il recouvre à la fois une dimension de la culture liée à l'identité que chacun, personne ou groupe, a de soi, une dimension esthétique, une dimension bien entendu économique (le secteur culturel ne contribue-t-il pas à quelque 7,3% du produit intérieur brut mondial ?), une dimension sociale (la culture agissant « comme un capital que se transmettent les classes sociales, un ensemble d'habitus, qui situent les individus dans la société ») et, enfin, une dimension démocratique (avec « la contribution de la culture à la formation démocratique des citoyens mais également à la création et au fonctionnement d'un espace public vigoureux ».
Les contributions réunies dans cet ouvrage montrent clairement que l'aspect multidimensionnel de la culture et des politiques culturelles reste fort mal assumé par le droit européen. Là où les États ont rapidement conçu des « politiques culturelles nationalistes, de rassemblement » afin de faciliter « la sublimation du sentiment national », puis y ont ajouté, « sous l'influence du multiculturalisme et du communautarisme, des politiques visant à promouvoir la diversité culturelle et le dialogue interculturel » avant de s'ouvrir aussi aux potentialités économiques du secteur, l'Union européenne n'a, elle, consacré l'essentiel de son attention qu'à ce dernier domaine et aux « politiques culturelles négatives visant à la suppression des entraves, à la promotion de la diversité des biens et services culturels par la libéralisation des échanges ». Si l'argument culturel peut s'avérer parfois payant, notamment pour ce qui est de la protection des langues, d'autres mesures visant à assurer la diversité des expressions culturelles au sein des États membres risquent fort d'être refusées par la Cour de justice au nom de la bataille contre le protectionnisme - cela, précise Céline Romainville dans son chapitre introductif, même « si le protectionnisme économique culturel est justifié - voire même recherché au niveau européen » pour s'opposer au rouleau compresseur américain…
Telle est l'un des enseignements qui se dégagent de cet ouvrage structuré en quatre sections. Dans la première, différents intervenants s'emploient à élucider la portée des compétences proprement culturelles de l'Union et de cerner leurs relations avec les politiques culturelles des États membres. Dans la deuxième section, trois auteurs analysent l'intégration de préoccupations culturelles dans le droit européen de manière générale et dans des secteurs clés comme le droit des aides d'État, le droit de la concurrence ou le droit des libertés de circulation. Leur objectif commun est d'examiner dans quelle mesure le droit européen, en intégrant des considérations culturelles dans le droit du marché intérieur, parvient à protéger les politiques culturelles nationales et à promouvoir des politiques culturelles proprement européennes. L'objectif est ensuite, dans la troisième section, d'évaluer sous l'angle juridique l'impact du droit européen de la culture et des politiques culturelles. La dernière section est riche, quant à elle, d'analyses politologiques qui confirment elles aussi, ainsi que l'observe fort justement Céline Romainville, « l'existence de questions irrésolues, de malaises, voire de postulats impensés de l'intégration européenne et du droit européen ». Michel Theys
*** RUDOLF MUHR, MARLENE PEINHOPF: Wörterbuch rechtsterminologischer Unterschiede Österreich-Deutschland. Peter Lang (1 Moosstrasse, P.O. 350, CH-2542 Pieterlen. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection "Österreichisches Deutsch, Sprache der Gegenwart". 2015, 748 p., 99,95 €. ISBN 978-3-631-62079-3.
Cet ouvrage se présente sous la forme d'un dictionnaire de terminologie juridique se focalisant sur les différences en la matière entre l'allemand d'Allemagne et l'allemand d'Autriche. Il est le résultat des travaux de terminologie conduits par les institutions européennes et est animé par la volonté de défendre la spécificité de l'allemand d'Autriche au sein de ces institutions, en donnant par la même occasion la possibilité de mieux connaître le système juridique de ce dernier pays. Les auteurs sont ambitieux: ils analysent pas moins de 2 000 termes juridiques autrichiens en donnant leur définition en allemand, ainsi que les sources juridiques se référant aux termes définis ; dans la foulée, ils proposent l'équivalent en allemand d'Allemagne, en français et en anglais. Une table de conversion en fin d'ouvrage permet de passer de l'allemand d'Allemagne à l'allemand d'Autriche. Un ouvrage qui comblera les passionnés de terminologie tout comme les juristes. (GLe)
*** MANUELA LUDEWIG: Beendigungstatbestände als notwendige und dynamische Elemente der Mitgliedschaft in internationalen Organisationen unter besonderer Berücksichtigung von Art. 50 EUV. Peter Lang (voir coordonnées supra). Collection "Studien zum Öffentlichen Recht, Völker und Europarecht". 2015, 384 p., 78,95 €. ISBN 978-3-631-65841-3.
Manuela Ludewig traite dans sa thèse de la question de savoir en quoi la possibilité de cessation d'appartenance d'un État à une organisation internationale constitue un élément nécessaire à la survie de ladite organisation ou si cette possibilité ne constitue qu'un élément dynamique, c'est-à-dire que son existence n'est pour l'organisation qu'un moyen de mieux parvenir à ses fins. L'auteur traite de la nature juridique et du contenu exact d'une telle clause. A titre pratique, Manuela Ludewig centre son analyse sur l'Union européenne en tant qu'organisation internationale, interrogeant notamment la nature de l'article 50 du Traité sur l'Union européenne qui prévoit l'éventualité que l'un des États membres quitte l'Union. Elle aborde cette éventualité en n'oubliant jamais le caractère spécifique de l'Union et en s'intéressant aux conséquences résultant de l'existence même d'une telle éventualité, de la possibilité d'en faire usage dans le cadre de négociations ou, enfin, de sa réalisation. (GLe)
*** Südosteuropa Mitteilungen. Südosteuropa-Gesellschaft (49 Widenmayerstrasse, D-80538 München. Tél.: (49-089) 212154-0 - fax: 2289469 - Courriel: info@sogde.org - Internet: http://www.sogde.org ). 2015, n° 03-04, 170 p., 12 €. Abonnement: 60 €.
Cette édition de la revue Südosteuropa est essentiellement consacrée à la Grèce et donne un éclairage sous plusieurs angles de la situation générale de ce pays. Les conditions dans lesquelles sont négociés les prêts et les transferts financiers sont, de manière logique, amplement analysés, notamment dans l'article de Heinz-Jürgen Axt ; quant aux répercussions de ces négociations au niveau européen et pour la Grèce, elles sont traitées par Jens Bastian. La revue tente également de replacer la crise grecque actuelle dans une perspective historique, notamment avec l'article de Ioannis Zelepos qui retrace l'histoire de la Grèce depuis l'indépendance, en décrivant des cycles de faillites récurrentes de l'État (dont une avant la reconnaissance même de l'État grec indépendant !) et de crises économiques et politiques, rythmant la vie du pays. Ce thème, qui apparaît occasionnellement dans les médias, est ici traité en détail et solidement documenté. Hagen Fleischer s'intéresse quant à lui aux indemnisations et dommages de guerre accordés à la Grèce par la République fédérale d'Allemagne du fait de l'occupation du pays entre 1941 et 1944, la problématique de son article étant de savoir si la question est définitivement réglée ou non. L'article fait preuve d'une précision et d'une érudition certaines, mais il défend un point de vue très à charge à l'encontre de la République fédérale. En effet, à sa lecture et au vu de l'argumentation développée, les revendications grecques à l'égard de l'Allemagne en la matière paraissent grandement - sinon intégralement - justifiées. Mais il peut paraître dommage, voire lacunaire, que sur une question si délicate ne soit pas proposé un article défendant le point de vue opposé, afin de permettre au lecteur de se forger une opinion plus solidement étayée sur la question. En fin d'ouvrage, Sören Keil tente de déterminer quelles sont les conditions politiques propices au développement économique des pays des Balkans occidentaux. La revue est parachevée en fin d'ouvrage par des recensions et des rapports traitant de différentes problématiques propres à l'Europe du Sud-Est, avec, pour les rapports, un éclairage particulier sur l'ex-Yougoslavie. (GLe)
*** STATHIS KALIVAS: Les catastrophes et les triomphes. Les sept cercles de l'histoire grecque moderne. Éditions Papadopoulos (9 rue Kapodistriou, Metamorfosi, GR-14452. Tél.: (30-210) 2846074-5 - fax: 2817127 - Courriel: info@epbooks.gr - Internet: http://www.epbooks.gr ). 2015, 328 p., 15,50 €. ISBN 978-960-569-334-3.
Dans cet ouvrage (également publié en anglais aux États-Unis) est offerte une évaluation aussi complète que décapante de l'histoire de la Grèce moderne, de la conquête de l'indépendance jusqu'à la crise actuelle. Professeur de science politique à l'Université de Yale et éditorialiste régulier du quotidien grec Kathimerini, Stathis N. Kalivas a pour objectif, dans ces pages, de donner des clés d'interprétation permettant une compréhension plus précise de la crise qui frappe le pays depuis 2009 et, donnant, en même temps, quelques raisons de faire preuve d'optimisme pour l'avenir. Pour l'auteur, la Grèce moderne est le fruit de sept cycles consécutifs, chacun d'entre eux s'ouvrant sur un objectif trop ambitieux qui, même s'il est atteint, conduit toujours à des désillusions qui, à leur tour, sont le terreau du rêve suivant. Un exemple parlant est l'objectif de la « Grande Idée », à savoir le triomphe de la Grèce avec le traité de Sèvres qui contenait en germe la catastrophe d'Asie mineure. Les sept cycles triomphes-catastrophes répertoriés sont tour à tour la rébellion armée contre les Ottomans pour établir un pays indépendant, la construction au XIXème siècle de l'État moderne, d'une nation cohérente et d'une démocratie parlementaire, le développement progressif d'une économie et d'une infrastructure moderne qui débute à la fin de ce même siècle, l'expansion territoriale du nouvel État au début du XXème, le « saut économique énorme et la sortie de la pauvreté permanente » au cours de la période entre la catastrophe d'Asie mineure et la chute de la dictature des colonels, la consolidation de la démocratie libérale après 1974 et, enfin, l'intégration de la Grèce dans l'Union européenne. L'auteur se garde bien de prévoir que la sortie de la crise actuelle passera in fine par la sortie de la zone euro, considérant plutôt que l'intervention étrangère actuelle vise à éviter une détérioration permanente de la situation de la Grèce et peut conduire celle-ci à se doter d'un nouvel objectif national, par exemple le lancement de nouveaux modèle de production et système administratif plus conformes aux normes européennes. Il va de soi que cet objectif est loin de susciter l'adhésion de tous dans le pays, ce livre important aidant à comprendre quelles en sont les raisons. À noter qu'une vaste bibliographie complète le livre. (AKa)
*** NIKOS KOTZIAS: Grèce: une colonie de la dette. L'Empire européen et le leadership allemand. Editions Patakis (38 Panayi Tsaldari, GR-10437 Athènes. Tél.: (30-210) 3650000 - fax: 3811940 - Courriel: bookstore@patakis.gr - Internet: http://www.patakis.gr ). Collection « Sciences sociales et politiques ». 2015, 485 p., 19,90 €, ISBN 978-960-16-4966-5.
Ministre des Affaires étrangères confirmé par Alexis Tsipras, Nikos Kotzias avance, dans ces pages, une explication des implications politico-institutionnelles de la crise grecque et, partant, européenne. À la lumière de l'histoire des empires ayant compté plus de 500 ans d'existence, il défend l'idée que l'Union européenne se transforme de nos jours en un empire fondé sur: a) les marchés financiers ; b) la bureaucratie de Bruxelles ; c) l'influence de l'Allemagne. Professeur de théories politiques au sein du Département des hautes études internationales et européennes à l'Université du Pirée, il constate que l'égalité formelle des États membres est devenue une vue de l'esprit puisque l'Allemagne, à la tête des pays prétendument « forts », détient désormais l'initiative au sein de l'Union, l'Europe du Sud n'ayant quasiment plus voix au chapitre. Berlin et ses acolytes du Nord seraient travaillés par « un nationalisme culturel et économique », voire même carrément par une forme de « racisme ». De la sorte, avec la Grèce transformée en colonie de la dette, l'Union serait entraînée par l'Allemagne dans la création d'une sorte d'« État impérial », d'une « nouvelle Rome » devenant le véritable centre du projet européen. Sur la base de son savoir théorique et d'une série de comparaisons, l'auteur formule une définition précise de ce qu'est une « colonie de la dette » avant d'analyser le régime de tutelle actuellement mis en oeuvre en Grèce actuellement et la manière dont il fonctionne, ce qui lui permet ensuite de dénoncer les activités qu'il juge destructrices de la Troïka et des Allemands, ainsi que les énormes responsabilités de l'oligarchie grecque et de la corruption. Les conséquences de la transformation de la Grèce en une colonie de la dette pour la société et l'économie sont ensuite passées en revue, Nikos Kotzias formulant enfin des propositions pour redresser la barre aux niveaux social et économique. (AKa)