Bruxelles, 12/10/2015 (Agence Europe) - Le financement reconnu par tous comme le nerf de la guerre contre les dérèglements climatiques et la clé d'un accord climatique à Paris a pris du nerf, à la réunion des ministres des Finances du G20, vendredi 9 octobre à Lima (Pérou), en marge des réunions annuelles de la Banque mondiale et du FMI.
Les banques multilatérales de développement, au premier rang desquelles la Banque européenne d'investissement, ont pris de nouveaux engagements et les ministres des Finances se sont engagés à accélérer la montée en puissance de leurs contributions, à la grande satisfaction de l'UE, premier pourvoyeur de fonds pour le climat.
Laurent Fabius confiant. Encouragé par les estimations de l'OCDE selon lesquelles 61,8 milliards de dollars US étaient mobilisés à la fin de 2014 sur les 100 milliards par an promis aux pays en développement à l'horizon 2020 (EUROPE 11406) et les engagements additionnels pris à Lima, Laurent Fabius, le ministre français des Affaires étrangères et du Développement international qui présidera la COP 21, est désormais confiant.
« La conférence des institutions financières a apporté une nouvelle positive dans la lutte contre le changement climatique. Sur la base des évaluations de l'OCDE et des engagements annoncés à Lima, notamment par les banques de développement, les 100 milliards de dollars annuels pays par les pays du Nord envers les pays du Sud en 2020 doivent désormais pouvoir être atteints. Si les nouveaux efforts nécessaires des pays, des banques multilatérales et du secteur privé sont confirmés, cela constituera un atout essentiel pour le succès de la COP 21 », a-t-il déclaré dans un communiqué
L'UE et ses États membres sont, pour l'heure, le plus gros pourvoyeur de financement climatique en faveur des pays en développement avec 9,5 milliards mobilisés en 2013 en dons (de l'UE et des États membres) et 2 milliards de prêts de la Banque européenne de financement (BEI) dans les pays en développement. Les engagements pris par les États membres représentent près de la moitié des promesses faites jusqu'ici au Fonds vert pour le climat (4,7 milliards de dollars US), précise la Commission européenne.
L'engagement de l'UE à assurer sa juste part des 100 milliards par an promis à l'horizon 2020 demeure intact. La part du financement climatique assurée par le budget de l'UE fera plus que doubler d'ici à 2020 avec 20% au moins des dépenses qui sont consacrées à l'action pour le climat d'ici à 2020. Depuis 2007, l'UE a mobilisé environ 1 milliard d'euros de dons pour des projets climatiques dans les pays en développement par le biais de ses facilités d'investissement régionales (Amérique latine, Afrique, Asie) à hauteur de 25 milliards d'euros dans des projets d'énergie renouvelable, d'efficacité énergétique de gestion des déchets et de lutte contre la déforestation. Entre 2014 et 2020, l'UE mobilisera davantage d'investissements via ces instruments, à raison d'au moins 2 milliards d'euros de dons qui pourraient porter le total des investissements jusqu'à 50 milliards d'euros.
La BEI vise 35% de prêts pour le climat. À Lima, la Banque européenne d'investissement (BEI) a annoncé qu'elle portera de 25% à 35%, la part de ses prêts pour appuyer les investissements climatiques dans les pays en développement. Werner Hoyer, président de cette institution, a confirmé que la BEI augmentera ses prêts dans les pays identifiés par la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques et l'OCDE comme particulièrement vulnérables aux impacts néfastes des changements climatiques.
La nouvelle stratégie de la BEI visera à accroître le financement pour l'adaptation, à débloquer le soutien par des capitaux privés et à garantir que chaque projet qu'elle aide à financer minimisera les émissions de gaz à effet de serre et favorisera la résilience aux incertitudes climatiques.
« Au cours des cinq prochaines années, la banque de l'UE fournira bien plus que 110 milliards de dollars US pour des projets d'action climatique dans le monde entier. Nous devons faire tout ce qui est de notre pouvoir pour débloquer de nouveaux investissements dans les pays particulièrement vulnérables au changement climatique, notamment les États insulaires et les régions exposées à la désertification, à la sécheresse et aux inondations », a-t-il déclaré à Lima. En 2014, la BEI a mobilisé 25,4 milliards de dollars US de prêts pour des projets d'atténuation ou d'adaptation en Europe et dans le monde entier.
Un plan précis, pas de finasseries comptables. CAN Europe (Climate Action Network Europe) se félicite des nouveaux engagements pris par les ministres des Finances à Lima comme d'un élément essentiel pour la conclusion d'un accord climatique universel à Paris, mais souhaiterait davantage de précisions pour éviter les finasseries comptables. Aussi, le réseau d'ONG appelle-t-il l'UE à fournir, avant Paris, un plan détaillé sur la manière dont elle entend assumer sa juste part du financement climatique et à garantir que tous les fonds engagés serviront bien l'objectif d'autonomisation des pays en développement dans leurs efforts pour s'attaquer au changement climatique. Cela, d'autant que le rapport de l'OCDE a montré que, via l'inclusion de prêts et de garanties de crédit, les pays surestiment les transferts réels que les gouvernements des pays vulnérables reçoivent. Selon CAN Europe, respecter les engagements de financement ne doit pas se transformer en une question de comptabilisation intelligente d'investissements privés, mais se comprendre comme de l'investissement public auquel s'ajouteraient des financements privés. « Le financement public est essentiel pour les communautés les plus pauvres au monde qui ne vivent pas dans les lieux qui attirent l'investissement privé », précise CAN Europe. (Aminata Niang)