Bruxelles, 12/10/2015 (Agence Europe) - La Commission européenne est d'avis que l'Espagne ne respectera pas ses objectifs de réduction du déficit public en 2015 et 2016, selon une opinion qu'elle a adoptée, lundi 12 octobre, sur le projet de budget 2016 que lui a soumis Madrid de façon préventive.
« Dans l'ensemble, la Commission estime qu'il existe un risque pour que le projet de budget de l'Espagne, qui fait l'objet d'une procédure pour déficit excessif, ne soit pas conforme avec les dispositions du Pacte de stabilité et de croissance », indique l'institution européenne. Elle demande aux autorités espagnoles de soumettre à l'échelon européen un projet de budget révisé, qui spécifie des mesures spécifiques en matière de dépenses régionales, une fois que le gouvernement issu des élections de fin décembre sera opérationnel.
Selon la Commission, le déficit espagnol en termes nominaux atteindra respectivement 4,5% du PIB national en 2015 et 3,5% en 2016 au lieu des objectifs de 4,2% pour cette année et 2,8% pour l'année prochaine convenus à l'échelon européen. Contestés par le gouvernement espagnol, ces écarts proviennent, pour 2015, d'une appréciation différente sur le volet 'dépenses publiques', notamment en raison de données incomplètes sur la situation budgétaire des régions et, pour 2016, d'un optimisme supérieur exprimé par Madrid dans ses prévisions de croissance. Dans son projet de budget 2016, le gouvernement espagnol estime que la croissance sera de 3,3% du PIB en 2015 et de 3% en 2016, alors que la Commission table sur une création de richesse de l'ordre du 3,1% cette année et de 2,7% l'année prochaine.
Selon la Commission, l'effort structurel (hors effet de la conjoncture) de l'Espagne serait « considérablement en deçà de l'effort requis » pour 2015 et 2016. Pour Madrid, le déficit structurel atteindrait 1,6% les deux années alors que la Commission anticipe des taux de 2,3% en 2015 et 2,5% en 2016.
Les chiffres macro-économiques contenus dans l'opinion de la Commission sont identiques à ceux avancés par le commissaire aux Affaires économiques et financières, Pierre Moscovici, lundi 5 octobre à l'issue de l'Eurogroupe (EUROPE 11403 et 11404). « Ce que j'ai fait il y a une semaine ressemble beaucoup à ce que j'ai fait aujourd'hui. Ce sont les mêmes chiffres, la même démarche », a-t-il indiqué. Il s'est inscrit en faux contre la presse espagnole qui fait une lecture politique du retard pris par l'institution européenne dans l'adoption de sa position. Cette opinion est « objective et factuelle, ni plus ni moins », et elle a été adoptée par le Collège « dans son ensemble », a souligné le commissaire, précisant qu'il ne s'agissait en aucun cas pour la Commission d'interférer dans la campagne électorale qui s'ouvre en Espagne.
« Les élections affectent la procédure, pas la substance », a assuré le commissaire chargé de l'Euro, Valdis Dombrovskis. D'après lui, la Commission a attendu presqu'une semaine pour adopter formellement son opinion sur le projet de budget espagnol pour 2016 afin de prendre en considération les dernières données récoltées à l'occasion d'une mission de suivi post 'plan de sauvetage du secteur bancaire espagnol' qu'ont réalisée les créanciers institutionnels de Madrid la semaine dernière.
Sous couvert d'anonymat, une source interne à la Commission a indiqué à EUROPE que la famille chrétienne-démocrate, majoritaire à la Commission et au pouvoir en Espagne, était mobilisée pour ne pas trop critiquer le projet de budget espagnol. Une autre source participant aux discussions de l'Eurogroupe avait noté, lundi 5 octobre à Luxembourg, la bienveillance vis-à-vis de l'Espagne de la part du ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, lui-même appartenant à la famille chrétienne-démocrate. « Cela montre que le PPE est très organisé, très coordonné, plus que le PSE », avait-elle noté. (Mathieu Bion et Elodie Lamer)