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Bulletin Quotidien Europe N° 11408
ACTION EXTÉRIEURE / (ae) syrie

Les Européens restent flous sur l'avenir à moyen terme de Bachar el-Assad

Luxembourg, 12/10/2015 (Agence Europe) - Les ministres des Affaires étrangères ont souligné, lundi 12 octobre, qu'il ne pouvait pas y avoir de paix avec le maintien de Bachar el-Assad, sans pour autant préciser s'il pouvait faire partie de la transition politique, une conclusion qui souligne la désunion européenne sur le sujet. Ils ont aussi appelé la Russie à cesser les frappes qui ne ciblent pas les organisations terroristes.

« Il ne peut y avoir de paix durable en Syrie sous la direction actuelle et jusqu'à ce que les revendications légitimes et les aspirations de toutes les composantes de la société syrienne soient satisfaites », soulignent les ministres dans leurs conclusions, sans être plus précis. « Il n'y a pas de solution pour Assad aujourd'hui », a résumé le Luxembourgeois Jean Asselborn, soulignant que l'UE soutenait les efforts de l'envoyé spécial de l'ONU, Staffan de Mistura, qui discute avec toutes les parties, dont Bachar el-Assad.

À leur arrivée au Conseil, les divergences étaient visibles. « Pour (avoir) la paix en Syrie, il faut une transition politique, elle doit se faire sans Bachar el-Assad, il n'y aura pas de paix en Syrie avec le maintien de Bachar el-Assad qui est le responsable de l'essentiel des victimes dans cette guerre civile », a souligné le secrétaire d'État français aux Affaires européennes, Harlem Désir. Mais le ministre britannique, Philip Hammond, s'est montré plus souple. « Nous ne pouvons pas travailler avec Assad en tant que solution à long terme pour l'avenir de la Syrie. Nous pouvons être flexibles sur la façon dont il devra partir (…) et sur le moment de son départ », a-t-il expliqué. « Mais si nous essayons de travailler avec Assad, nous ne ferons que conduire l'opposition dans les bras de Daesh, tout le contraire du résultat que nous voulons », a-t-il ajouté. « Nous passons trop de temps à spéculer sur l'avenir d'Assad et nous devrions plutôt nous concentrer sur la façon de résoudre la situation (…) ; nous devrions construire sur la réalité qui n'est pas de savoir qui nous aimons et qui nous n'aimons pas, mais de savoir qui est pertinent et qui ne l'est pas. Et aujourd'hui, il est pertinent », a souligné le ministre slovaque, Miroslav Lajcak. Dans leurs conclusions, les ministres rappellent que le régime porte « la plus grande responsabilité » des 250 000 morts et des millions de déplacés.

Le Conseil appelle aussi « toutes les parties syriennes à montrer un engagement clair et concret envers le processus dirigé par l'ONU et à participer activement dans le cadre des groupes de travail ». « L'UE souligne l'urgence, pour l'opposition politique modérée et les groupes armés associés, de s'unir derrière une approche commune afin de présenter une alternative au peuple syrien », ajoutent les ministres qui rappellent que cette opposition modérée « est un élément essentiel dans la lutte contre l'extrémisme et a un rôle clé à jouer dans la transition politique ». Les ministres exhortent aussi tous ceux qui ont une influence sur les parties, y compris sur le régime syrien, à s'en servir pour encourager un rôle constructif dans le processus menant à une transition politique et pour mettre fin au cycle de la violence.

Selon les ministres, la communauté internationale doit s'unir autour de deux pistes « complémentaires et interdépendantes »: la piste politique, « qui vise à mettre un terme à la guerre civile en abordant toutes les causes profondes du conflit et à établir un processus de transition politique inclusif afin de restaurer la paix dans le pays », et la piste sécuritaire, en se concentrant sur la lutte contre la menace régionale et mondiale de Daesh. La Haute Représentante a précisé que l'UE allait « travailler dur et concrètement » avec M. de Mistura sur le processus politique.

Les Européens dénoncent les frappes russes

Les ministres ont aussi souligné leur profonde préoccupation concernant les récentes attaques militaires russes qui vont au-delà des groupes terroristes. Elles « doivent cesser immédiatement », expliquent les ministres, selon lesquels l'action contre Daesh doit être étroitement coordonnée entre tous les partenaires et doit clairement viser Daesh, Jabhat al-Nusra et les autres groupes terroristes désignés par les Nations unies. « Les interventions dans le conflit doivent être coordonnées, sinon cela risque d'être extrêmement dangereux, non seulement d'un point de vue politique, mais surtout d'un point de vue militaire », a expliqué la Haute Représentante, Federica Mogherini. « La situation sur le terrain n'a pas changé ... mais ce qui a changé est la position et la force des acteurs individuels. Avec l'apparition (russe) (…), les efforts pour une solution politique sont devenus plus difficiles, plus complexes », a précisé le ministre allemand, Frank-Walter Steinmeier. Pour Mme Mogherini, l'intervention russe en Syrie « change la donne ». « Cela a des aspects préoccupants », a-t-elle ajouté.

« Cette escalade militaire risque de prolonger le conflit, ce qui compromet un processus politique, aggrave la situation humanitaire et augmente la radicalisation », expliquent les ministres qui appellent ainsi Moscou « à concentrer ses efforts sur l'objectif commun de parvenir à une solution politique au conflit ». Selon la ministre suédoise, Margot Wallstrom, les Européens doivent encourager les Russes à jouer un rôle en s'engageant davantage sur la piste politique que sur la piste militaire. « Dans ce contexte, le Conseil exhorte la Russie à faire pression pour une réduction de la violence et la mise en oeuvre des mesures de renforcement de la confiance par le régime syrien », ajoute le Conseil qui rappelle aussi que le régime Assad ne peut pas être un partenaire dans la lutte contre Daesh. (Camille-Cerise Gessant)

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