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Bulletin Quotidien Europe N° 11388
Sommaire Publication complète Par article 29 / 29
SUPPLÉMENT HEBDOMADAIRE / Bibliothèque européenne

N° 1106

*** VIRGILE PERRET: Monnaie et citoyenneté. Les citoyens à l'épreuve de la globalisation financière. Peter Lang (1 Moosstrasse, P.O. 350, CH-2542 Pieterlen. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). 2015, 380 p., 88,20 €. ISBN 978-3-0343-1632-3.

Virgile Perret est un spécialiste des liens qui existent, contrairement aux apparences, entre la monnaie - entendue à partir d'une définition qui englobe sa transformation en « finance » à travers la pratique du crédit - et la citoyenneté, thème auquel il a consacré sa thèse de doctorat pour laquelle il a reçu le Prix de la faculté des sciences sociales et politiques de l'Université de Lausanne en 2013. Il y propose des pistes de réflexion sur la nature de cette relation, en particulier sur les mécanismes politiques, symboliques, socioéconomiques et psychoaffectifs qui permettent à la monnaie de participer à la construction, au maintien ou à la transformation de la citoyenneté. Il montre ainsi, au fil d'une étude scientifique rigoureuse et marquée par son indépendance d'esprit, que « la monnaie n'est pas qu'un lubrifiant des échanges économiques », mais qu'elle est également « une institution politique et sociale qui a joué un rôle important dans la construction de l'État nation et la transformation de sa souveraineté, dans le développement de la régulation macroéconomique et dans le renforcement de la cohésion sociale entre les membres des communautés politiques ». Autant d'éléments et de clefs de compréhension qui, indirectement, jettent une lumière nouvelle sur le cas de la monnaie unique et sur la question de la dette publique, notamment lorsque l'auteur souligne « la capacité de la monnaie à participer à l'affirmation d'une autorité politique sur un territoire et la reconnaissance concomitante d'un droit à la protection souveraine aux membres de la communauté ». Sans doute les Grecs seront-ils les premiers à relever que, « à travers la notion de dette, la relation entre la monnaie et la citoyenneté » ne « revêt » pas vraiment, dans la zone euro, « la forme d'un lien de protection entre la population et le souverain »…

À partir d'une perspective qui combine les apports de l'économie politique internationale et de l'école de la régulation, l'auteur montre que le rôle de médiation de la citoyenneté que joue la monnaie ne mobilise pas seulement des mécanismes socio-politiques nationaux, mais aussi des mécanismes internationaux qui rétroagissent sur la sphère domestique des États et affectent leur capacité à définir leur régime de citoyenneté. L'institutionnalisation du système monétaire international de Bretton Woods en a constitué, après 1944, la preuve positive puisque la monnaie a alors été mise au service « d'une certaine conception du rôle de l'État dans la régulation économique et sociale et de sa capacité à définir l'orientation des politiques économiques en adéquation avec les attentes des citoyens dans la sphère domestique ». Le ver était toutefois dans le fruit car, à la fois sous la pression « des banques et des entreprises multinationales américaines » et avec le soutien actif des « autorités britanniques qui souhaitaient redonner à Londres sa position de première place financière mondiale », le dispositif de régulation du monde de la finance élaboré à Bretton Woods « s'est avéré incapable d'empêcher l'émergence, dès la fin des années 1950, d'un système financier transnational privé ». Au début des années 70, avec l'abandon par les États-Unis de leur soutien à la convertibilité du dollar en or et l'abolition du taux de change fixe, les dernières barrières à l'émergence de la globalisation financière et à l'établissement d'un « ordre capitaliste libéral » sautaient. Du coup, montre - et démontre - Perret, « en renforçant le pouvoir des nouveaux acteurs privés faiblement pourvus en légitimité démocratique » - à savoir les agences de notation et les investisseurs institutionnels en particulier - « dont les activités transnationales affectent la capacité des gouvernements à définir les politiques économiques et sociales », la globalisation financière « induit un affaiblissement corrélatif de la capacité des citoyens à s'autogouverner à travers l'exercice de leurs droits politiques ». Paradoxe supplémentaire, la promotion de cet ordre financier international a surtout répondu aux « intérêts politiques et économiques de la puissance hégémonique américaine et du Royaume-Uni », elle qui « ne correspond aux choix politiques que d'un nombre très restreint d'États », ce qui relativise encore d'autant son degré de légitimité démocratique. Le résultat en est aujourd'hui l'émergence d'une nouvelle forme d'État légitimée, dénonce l'auteur, à partir d'un discours politique néolibéral insistant sur la quête de compétitivité, la réduction de la protection sociale et la responsabilisation individuelle, la privatisation des régimes de retraite en étant l'une des conséquences…

Voilà qui, conclut Virgile Perret, offre un clef d'interprétation de la crise financière mondiale traversée depuis 2008 et de ses répercussions sociales, tant il est vrai qu'elle peut être interprétée « comme un transfert de risques de la sphère financière à la société » car, « au final, ce sont les citoyens ordinaires qui doivent payer pour la consolidation des finances publiques, la faillite d'États étrangers, la montée de taux d'intérêt sur la dette publique et les plans de sauvetage des banques nationales et internationales à travers leur épargne privée, des coupes dans les services publics et des impôts plus élevés ». N'est-ce pas là précisément la cure imposée à la Grèce ? Michel Theys

*** ARISTOS DOXIADIS: Le fossé invisible. Les institutions et les comportements de l'économie grecque. Editions Ikaros (4 rue Voulis GR-10562 Athènes. Tél.: (30-210) 3225152 - fax: 3235262 - Courriel: info@ikarosbooks.gr). 2015, 323 p., 14,90 €. ISBN 978-960-572-004-9.

Comment l'économie grecque fonctionne-t-elle ? Jusqu'à quel point est-elle différente des autres économies occidentales ? Quelles forces et quelles pratiques permettront-elles de surmonter la crise ? Pour Aristos Doxiadis, un enseignant en sciences sociales et économiques à Harvard et à Université de Londres qui a participé à des projets pilotes de la Commission européenne pour lutter contre la pauvreté en Europe, les réponses à ces questions ne se trouvent pas dans les chiffres de la macroéconomie, ni dans les discours simplistes. Elles se trouvent dans la composition des familles, dans la taille des entreprises, dans la façon de produire, dans l'organisation de l'État, dans les détails des lois, dans la manière de gouverner des dirigeants politiques. Ces institutions, formelles ou informelles, et les comportements quotidiens ont façonné l'économie qui s'est effondrée en 2009, et elles façonneront l'économie qui émerge. Dans ce le livre, il décrit et décrypte l'économie politique de la Grèce avec des outils de l'école néo-institutionnelle. Il relie la vie de tous les jours et la macroéconomie, le « peuple » et les « chiffres », le local et le global. Ses exemples, il les puise dans les secteurs du tourisme, du transport maritime, de l'agriculture, de l'administration publique et d'autres activités. Ils le conduisent à aborder ensuite des sujets tels que les déficits publics, le chômage ou la position de la Grèce en Europe. Avec des mots simples et humains, il décrit ce que la prospérité déformée du nouveau régime signifie dans la perspective d'un développement productif et tourné vers l'extérieur. Qui est à blâmer ? Qui sauvera la Grèce et les Grecs ? Quels sont les obstacles ? Ce sont autant de questions auxquelles il apporte des réponses en analysant aussi le mauvais fonctionnement de l'administration et le clientélisme du système politique grec. L'ouvrage est ponctué par une vaste bibliographie. (AKa)

*** NAPOLEON MARAVEYIAS: La promesse… de la croissance. Editions Papazisi (2 Nikitara, GR-10678 Athènes. Tél.: (30-210) 3822496 - fax: 3809020 - Courriel: papazisi@otenet.gr - Internet: http://www.papazisi.gr ). 2015, 320 p., 14,90 €. ISBN 978-960-02-3092-5.

Avec ce livre, un professeur à l'Université agricole d'Athènes où il enseigne l'économie politique, la politique agricole commune et l'économie de l'intégration européenne tente d'apporter des réponses aux nombreuses questions fondamentales que se posent les citoyens grecs depuis le déclenchement de la crise. Qui est à blâmer pour celle-ci ? Que faire pour assurer le développement du pays ? Quelles sont les possibilités offertes par le cadre européen et les restrictions que celui-ci impose au pays ? Une solution hors de l'euro existe-t-elle ? Faut-il miser avant tout sur l'éducation, notamment en vue de réduire, à terme, l'évasion fiscale ? Le rythme des réformes est-il satisfaisant ? Quelle importance accorder à la pauvreté qui grandit, elle qui pourrait inciter la Grèce à militer pour des changements dans la politique économique européenne ? Quel est carrément l'avenir de l'Union européenne ? Quels sont les domaines prioritaires en vue de repartir sur des bases solides en surmontant les faiblesses qui handicapent depuis trop longtemps le pays ? De quelle manière convient-il d'améliorer les institutions publiques et le système politique en vue de bâtir un État moderne ? Comment limiter la corruption ? La liste de ces questions est longue. Aussi éditorialiste dans plusieurs journaux grecs, Napoléon Maraveyias y apporte des réponses après avoir passé en revue la chronologie des événements majeurs, parlant tour à tour du cauchemar de la drachme, de la puissance de la diaspora grecque, des mesures à envisager pour lutter contre le chômage. Il s'interroge également à propos de l'influence des États-Unis sur la politique économique européenne, la question la plus fondamentale à ses yeux étant de savoir s'il existe un moyen de sortir de la crise sans un changement dans la politique économique européenne.

(AKa)

*** IONISSIOS CHIONIS: La crise grecque. L'aventure de la dette. Éditions Papassotiriou (37 rue Panepistimiou, GR-10680, Athènes. Tél.: (30-210) 3323300 - fax: 3848254 - Courriel: alpap@papasotiriou.gr - Internet: http://www.papasotiriou.gr ). 2015, 170 p., 14,90 €. ISBN: 978-960-491-094-6.

Le problème avec l'économie est qu'il n'y a pas un site expérimental qui permette de vérifier les résultats des politiques que l'on songe à mettre en oeuvre. Ainsi, la principale caractéristique des divers programmes de stabilisation économique qui ont été lancés pour répondre à la crise de la dette grecque est la grande incertitude qui prévaut quant à leurs résultats financiers et sociaux ultimes. D'après Dionissios Chionis, professeur agrégé au Département des relations économiques internationales à l'Université Démocrite de Thrace, le Mémorandum et les autres médications administrées au patient grec sont les faits les plus importants survenus dans l'histoire financière récente du pays et il aurait été raisonnable de tenir compte des conséquences de ces choix pour le développement économique et social à court et à plus long terme. Si l'on n'a pas vu venir la crise et, partant, pu la traiter avec des décisions politiques appropriées, c'est en raison des idées préconçues et des stéréotypes dans lesquels baignait la société grecque ces dernières années. Dionissios Chionis estime qu'un débat est en cours, en Grèce et en Europe, sur la façon de lutter contre la crise, tant il est vrai que certains se demandent désormais très ouvertement, ce qui est nouveau, si l'assainissement budgétaire est le seul moyen de redresser la barre et d'ouvrir un dialogue constructif au sujet de la bonne combinaison des politiques à mettre en oeuvre. A ses yeux, envisager des politiques alternatives en vue de lutter contre la crise dans l'Union européenne découle d'une nécessité et non pas d'un choix politique. En tout cas, rien de bon ne peut sortir d'un système qui ne prévoit pas l'évaluation de l'application des mesures appliquées et des questions que celles-ci ont soulevées. (AKa)

*** SOPHOKLIS MOUSOULOS: Dans le sanctuaire de la crise économique à Chypre. Éditions Kostas Epiphaniou (B.P. 22451 Cy-1521 Nicosie, Chypre. Tél.: (357) 22679058 - fax: 22675511 - Courriel: costas.epiphaniou@cytanet.com.cy). 2015, 308 p., 16,23 €. ISBN 978-9963-704-66-8.

L'économiste chypriote Sophocle Mousoulos présente et analyse, dans ce livre, les données de l'évolution de l'économie de Chypre et la façon dont elle a été précipitée dans une crise sans précédent, avec des effets destructeurs pour la société chypriote. Il montre la structure de l'économie chypriote telle qu'elle s'est formée au fil du temps depuis la création de la République. Elle a été basée, selon lui, sur un clientélisme fiché au coeur de la culture politique locale, ce qui a conduit à un secteur public en surpoids et favorisé, à un incontrôlable secteur bancaire avec des superpuissances, des pratiques scandaleuses et de mauvais investissements. Avec pour résultat, in fine, le système bancaire qui perd des milliards d'euros. Les graves erreurs de l'administration sous l'ex-président de la République Christofias, l'incapacité à résoudre la crise économique, le gaspillage du gouvernement, l'effondrement de la Banque populaire, la signature du Mémorandum de la « troïka », les multiples rebondissements soudains, la montée de la misère, les enquêtes menées afin de punir les coupables sont autant de sujets abordés par l'auteur. Celui-ci explique avoir écrit cet ouvrage pour obliger les dirigeants politiques du pays à se rendre compte que tous leurs actes et leurs discours ne seront plus, cette fois, oubliés. (AKa)

*** HASAN GÜRAK: Economic Growth and Development. Theories, Criticisms and an Alternative Growth Model. Peter Lang (voir coordonnées supra). 2015, 258 p., 59,95 €. ISBN 978-3-631-66072-0.

Exclusivement réservé à ceux qui ont assez de connaissances en économie pour pouvoir déchiffrer les formules mathématiques, cet ouvrage voit un chercheur turc spécialiste du champ de l'économie hétérodoxe instruire le procès des théories et modèles économiques relevant de l'idéologie néoclassique dominante. Ce sont, à ses yeux, de fausses théories scientifiques dans la mesure où elles se révèlent reposer, dans la pratique, sur des « hypothèses irréalistes et utopiques ». Dans ces pages, il leur oppose des théories nouvelles et alternatives capables de supplanter les « paraboles » de celles qui conduisent le monde à condamner 80% de sa population à vivre dans une relative ou absolue pauvreté. (PBo)

*** JANUSZ KUDLA, KONRAD WALCZYK, ROBERT KRUSZEWSKI, KATARZYNA KOPCZEWSKA, AGATA KOCIA: Modeling Fiscal Policy in the European Union. Peter Lang (voir coordonnées supra). Collection « Polish Studies in Economics », n° 5. 2015, 139 p., 34,95 €. ISBN 978-3-631-65830-7.

Illisible pour tous ceux qui ne maîtrisent pas le langage des économistes et ne partagent pas leur amour des formules mathématiques, cet ouvrage est le fruit du débat en cours depuis des années au sein de l'Union à propos d'une harmonisation fiscale en son sein, un débat que les crises de la dette ont bien entendu ravivé plus que jamais. Tous spécialistes académiques actifs à Varsovie, les auteurs réunis dans ces pages s'y emploient à jauger des modèles d'analyse économique permettant d'évaluer les conséquences qu'impliqueraient diverses formes d'intégration fiscale à court et moyen terme. En conclusion, ils formulent des recommandations politiques à l'intention des décideurs européens. (PBo)

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